Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
21. Linda
Chapitre 21
LINDA
— Leandro !
Merde ! Je commence à paniquer, ma respiration s’accélère, toute pensée logique s’évapore. Josh se retourne vers moi et me secoue par les épaules.
— Linda, ma belle…
Je ne réagis pas. C’est comme si mon cerveau s’était mis sur pause au moment de l’effondrement. Mon corps ne me répond plus, j’ai perdu le contrôle. Je ne perçois plus aucun son, ma vision devient soudain floue. Je ne peux pas affronter le fait de l’avoir perdu, alors je me laisse dériver.
Une brûlure au niveau de ma joue me ramène à la surface. La douleur est bien présente, les sons reviennent petit à petit. Je tourne la tête de droite à gauche, ce n’était vraiment pas le moment pour une crise d’angoisse.
— Désolé ma belle, je n’ai pas eu le choix.
C’est à cet instant que je comprends que Josh m’a giflée. Je grimace, frotte ma main sur ma joue avant de me relever. C’est un chaos sans nom dans ce qu’il reste du couloir. On est abrités derrière un bloc de béton. Gary nous couvre pendant que je reprends mes esprits. Je secoue la tête et mets mes émotions de côté.
— Un résumé de la situation ? je demande à mon ami.
— J’en ai éliminé deux, je dirais qu’il en reste quatre de ce côté. Mais rien ne nous dit qu’il n’y en a pas d’autres au niveau de l’entrée. Donc, je pense qu’il n’est pas envisageable de sortir par là. Pas de sniper, mais je ne parierais pas là-dessus non plus. Aucun contact possible avec Leandro pour l’instant, me dit Josh.
Pas de contact avec Leandro
Pas de contact avec Leandro
Ce sont les seuls mots que mon cerveau retient. Ils n’ont pas pu le tuer, ce n’est pas envisageable. Je regarde autour de moi, la seule issue qu’il nous reste c’est l’étage. Une partie de l’escalier est détruite, il ne manque pas grand-chose avant qu’il ne s’effondre totalement. Malheureusement, on va devoir l’emprunter.
— Josh, on va monter. Je sais que c’est risqué, mais on est encore plus exposés ici. Tôt ou tard, ils vont en avoir marre de jouer et vont prendre d’assaut la maison. Il faut qu’on trouve une faille dans leur disposition, ils ne peuvent pas être meilleurs que nous, dis-je avec un sourire forcé.
Du moins, j’espère que ce n’est pas une équipe des forces spéciales, ou je ne sais quoi d’autre. Sinon, on est mal.
Je pose ma main sur l’épaule de Gary pour le prévenir qu’on détale d’ici. Il tire encore plusieurs fois avant de nous rejoindre, en rechargeant son arme.
— Bon les gars, on va prendre la pièce la plus au nord. Certes, ça nous expose s’il y a une armée qui nous attend devant, mais on aura un meilleur point de vue. Josh, tu as pris les lunettes thermiques ou c’est Leandro qui les avait ?
— Non, j’en ai une paire.
— OK, alors on se dépêche. Dès qu’ils vont comprendre qu’on n’est plus dans la pièce, ils vont venir nous chercher.
— Si ce n’est pas déjà ce qu’ils sont en train de faire, grogne Gary.
Je ne lui réponds pas, je le pousse pour qu’il avance derrière Josh. Je ferme la marche, mon arme pointée vers la cuisine, à l’affût du premier connard qui se montrerait sa tête. Le doigt sur la détente, je serais ravie d’en faire une passoire. On progresse rapidement et aussi silencieusement que possible. Je suis étonnée de voir que Gary se débrouille si bien, mais ce n’est pas le bon moment pour lui poser des questions. Je me fais la promesse qu’il aura droit à un interrogatoire en bonne et due forme quand tout sera fini. Si cela ne se finit pas avec la mort de l’un d’entre nous. Josh nous conduit dans une chambre, de la fenêtre on aperçoit une partie du lac et surtout la grande allée menant à l’entrée de la maison, mais aussi au garage. Tout est beaucoup trop silencieux. On se baisse juste en dessous de la fenêtre.
— Pourquoi on n’entend plus rien ? chuchote Gary.
— Parce que ça pue, souffle Josh.
Mon cœur se serre douloureusement à la pensée de Leandro, seul en bas. Je secoue la tête, une chose à la fois. Je lui fais confiance, il s’en sort. Il le faut, putain !
— Josh, tes lunettes, dépêche-toi !
Dans notre équipe, bizarrement et surtout malgré ce qu’en pense Todd, c’est moi le meneur. Ce qui est arrivé tout à l’heure dans la cuisine est une première. Et la dernière ! Je ne peux pas me permettre de ne pas rester concentrée dans des moments qui peuvent être mortels.
— Ils sont trois devants. Ils avancent vers la porte d’entrée.
— OK. Dès qu’on peut, on escalade la fenêtre et on saute sur le toit du perron. Je nous donne une minute pour y arriver. Josh tu y vas en premier, Gary tu suis et moi je couvre la porte de la chambre.
Josh guette le moment où les hommes rentrent dans la maison. Dès qu’il est possible d’y aller, il me fait signe de la main et ouvre la fenêtre. Il l’escalade sans difficulté. Son atterrissage sur le toit n’a pas fait énormément de bruit, il n’y a plus qu’à prier pour que nos assaillants ne l’aient pas entendu. Gary commence à passer une jambe par-dessus la fenêtre, quand un invité surprise arrive dans l’embrasure de la porte. Je ne réfléchis pas et fais feu avant qu’il ne presse sa détente.
— Grouille, Gary, je viens de leur donner notre position.
Son saut est plus bruyant que celui de Josh. Je me hâte vers la fenêtre, mais suis repoussée en arrière. Mon dos heurte brutalement le sol. Fait chier ! Je ne l’ai pas entendu arriver celui-là, ni le coup de pied en plein dans mon estomac. Je me plie en deux. Reprenant mon souffle, je fais un croche-pied à l’homme devant moi avant de me jeter sur lui. Je ne suis pas bien lourde, je ne vais pas garder l’ascendant sur lui bien longtemps. Je laisse parler mon instinct, mes tripes, et frappe de toutes mes forces sur sa carotide. Alors qu’il est temporairement paralysé, j’en profite pour lui mettre un coup de poing sur le nez et recule. Je me retourne vers la fenêtre. Mais avant de réussir à l’enjamber, une main me retient la cheville. Putain, il est coriace ! Je fais volte-face et lui tire une balle en pleine tête.
— Désolé vieux, mais tu ne m’as pas laissé le choix, je marmonne.
Haletante, je rejoins Gary et Josh qui sont postés à un coin de la maison.
— Il s’est passé quoi ? m’interroge Josh.
— J’ai eu un petit tête à tête. Il faut…
Une explosion m’interrompt, les murs se fissurent. On se regarde tous les trois, la même angoisse se lit sur nos visages. La maison est sur le point de s’écrouler.
— Il faut aller chercher Leandro, on n’a plus de temps à perdre. On tire sur tout ce qui bouge, la discrétion sera pour un autre jour.
Cette fois-ci, c’est moi qui suis en tête du groupe. Je nous mène rapidement jusque derrière la maison, en jouant sur les ombres pour ne pas être repérée tout de suite. Je m’arrête sur le côté d’une baie vitrée brisée. Des éclats de voix se font entendre de là où était piégé Leandro. Je jette un coup d’œil dans la pièce, cinq hommes sont campés, jambes écartées, autour de quelqu’un au sol. Un autre est étendu, raide mort, près d’un canapé.
— Putain, mais trouvez-moi ce connard. Sinon c’est moi qui vous tue, crie une voix masculine.
Il laisse échapper un gémissement de douleur, et un sourire narquois apparaît sur mes lèvres. Leandro a dû lui tirer dessus. Des bruits de pas écrasant du verre se font entendre. Je me retourne vers Josh et lui fais signe qu’il en reste un dans la pièce, et cinq autres en train de se tirer ailleurs. Un nouveau regard dans la pièce m’apprend que le blessé a fermé les yeux, visiblement sous la douleur. Je leur dis d’attendre là, Josh me donne un 9 mm qu’il a armé d’un silencieux. Je franchis la fenêtre, aussi silencieusement que possible, en évitant les bouts de verre. Je m’approche de l’homme et lui tire une balle en plein cœur.
Eux ou lui. Le choix est vite fait.
Devant nous il ne reste qu’un couloir, cinq hommes à éliminer et un à sortir de là. Trois contre cinq, un jeu d’enfant. Il est temps de leur prouver qu’ils ne se sont pas attaqués à un petit poisson. Je jette un coup d’œil à Josh et Gary, je leur fais signe de me suivre. Il y a cinq portes devant nous, toutes ouvertes. On vérifie les trois premières pièces, la tension monte un peu plus chaque fois. On retient notre souffle dès que je rentre dans l’une d’entre elles avant de murmurer « claire ». Notre équipe est rodée, encore une fois je m’étonne de l’adaptation de Gary. Il me suit pendant que Josh nous couvre dans le couloir. Rapides, silencieux et efficaces. Il ne nous reste plus qu’une seule pièce. Lorsqu’on commence à s’avancer vers elle, des coups de feu retentissent, une fumée s’échappe par l’entrebâillement de la porte.
— Merde, grogne Josh.
Je n’aurais pas dit mieux. Bien que mon cœur me crie de courir, je ne peux pas me permettre de mettre en danger Gary et Josh. On ne connaît pas la situation là-dedans, il serait complètement suicidaire de plonger tête baissée. Arrivés dans l’embrasure de la porte, on se plaque contre le mur. Le calme est revenu, je regrette de ne pas avoir de miroir de poche. Ce silence est plus angoissant encore que le bruit des balles qui sifflent. J’inspire un grand coup et pousse un peu plus la porte. En grinçant, elle dévoile derrière elle un homme à terre. Visiblement mort.
Ne repérant pas de danger immédiat, je m’engage dans l’escalier qui descend à la cave. Seule une ampoule permet d’y voir un minimum. Il y a beaucoup de zones sombres et se suivre à la file indienne dans un espace si étroit fait de nous des cibles de choix.
On arrive au bas de l’escalier sans encombre et c’est bien le souci. C’était trop facile. Je regarde autour de moi, pas de signe des autres assaillants ni de Leandro. Mon angoisse essaie de remonter à la surface, je la muselle et la refoule au fin fond de mon cerveau. Ce n’est pas le moment. Je lance un regard à Josh et il comprend. Leandro a dû prendre le passage secret. Et si ceux qui le poursuivent ne sont pas là, c’est qu’ils ont dû le trouver aussi. On fait le tour de la cave, avant de sentir un courant d’air sur notre droite. Dans un renfoncement, un trou pas plus grand qu’un enfant de dix ans révèle un tunnel. Je frissonne rien qu’à l’idée d’être obligée de passer par là. Je déteste les endroits comme ceux-là. Un paradis pour les souris, je suis sûre de rencontrer la cousine germaine de Xena.
Je souffle, prends une grande inspiration avant de m’accroupir et m’avancer dans le passage. Josh et Gary suivent le mouvement. Plus on avance, plus le tunnel se rétrécit. On finit même par se mettre à ramper. Au bout d’une centaine de mètres, on déboule en pleine forêt.
« Je vous préviens, ça ne va pas être une promenade de santé. »
Non, sérieux ? Putain, Leandro, j’espère que la sortie de ton passage secret donne sur un ponton ou un magasin rempli de muffins et de tonnes de chocolat !
— Tu fais chier Leandro, je marmonne.
Au loin, on entend le bruit d’une nationale. Il fait nuit noire, ce qui ne va pas nous aider. Heureusement, la lune éclaire par-ci par-là la végétation. La brise nocturne nous enveloppe, faisant naître la chair de poule sur ma peau. La forêt est dense. Je ferme les yeux et tends l’oreille à l’affût du moindre bruit. Un craquement, puis d’autres se font entendre à l’est. Sans un mot, j’indique notre direction à Gary et Josh. Essayant d’être aussi légers qu’une plume, évitant les basses branches des arbres et les souches au sol, on accélère nos pas. Puis des murmures, des bribes de conversations nous parviennent.
Trop loin
On n’y arrivera jamais
Prévenir le patron
Devait juste tuer tout le monde
On se regarde tous les trois, se demandant si on doit intervenir maintenant. Alors que je m’apprête à donner l’assaut, un hurlement nous fait sursauter. On avance encore de quelques pas, avant de se cacher derrière les arbres. La scène devant nous est cocasse. Un homme est pendu par les pieds à une branche, en plissant les yeux je remarque qu’un piège à ours est refermé autour de sa cheville gauche. Aïe ! Je ne voudrais pas être à sa place, sa jambe va finir par céder, déchirée par le piège.
Un mouvement furtif attire mon attention à droite, la silhouette silencieuse se déplace vite. Avant de s’immobiliser. Je ne comprends pas ce qu’il se passe jusqu’à ce qu’un des hommes tombe au sol. Rapidement, les deux autres se mettent à couvert et tirent dans toutes les directions. Je me plaque contre le tronc quand une balle passe tout près de mon oreille.
J’émets un sifflement que Josh connaît par cœur. On se déplace pour avoir un point de vue dégagé sur les tireurs. Gary ne bouge pas, continuant à faire diversion. Arrivée à bonne distance, je tire une première balle dans la cuisse de l’un d’eux, alors que Josh élimine l’autre d’une balle en pleine gorge.
Un genou à terre, le survivant continue de faire feu, je mets fin à la mascarade en l’abattant d’une balle entre les deux yeux.
Le silence est revenu.
Oppressant.
Ce n’est que lorsque je vois Leandro surgir devant moi que je relâche mon souffle. Je me contente de le dévisager pour être sûre que je ne rêve pas. Il s’approche doucement comme s’il avait affaire à un animal blessé. Il tend la main et m’enlève mon arme. Mon poing se serre, je n’ai plus rien à me raccrocher. Mes yeux s’embuent, mon corps se met à trembler. Pendant ces dernières minutes, j’ai cru que je l’avais perdu. Qu’il était mort, qu’ils avaient gagné la partie en emportant une part de moi. Je n’ai jamais eu aussi peur que pendant ces courts instants. Même en étant en mission que ça soit pour Todd ou l’armée, l’angoisse qui me saisissait n’était pas aussi forte, aussi suffocante que maintenant.
Je recule d’un pas, l’émotion qui me submerge est trop intense. J’ai besoin de reprendre mon souffle. Mais Leandro, ne me laisse pas le choix. Il comble la distance qui nous sépare et me prend dans ses bras. D’abord crispé, mon corps finit par se détendre. Je me cramponne à son t-shirt.
— Je suis là ma puce, chuchote-t-il en me caressant les cheveux. Je suis là.
Un cri me sort de ma torpeur. Je regarde derrière moi avant de me retourner vers Leandro.
— On fait quoi du pendu ?
— On va aller le cuisiner.
Je me détache de son étreinte et observe sa démarche déterminée, ses épaules droites. Une aura meurtrière se dégage de son corps. Je jette un coup d’œil au malheureux, une chose est sûre, Leandro ne va en faire qu’une bouchée.
Je me hâte de le rejoindre pour ne pas en perdre une miette. Leandro défait le piège et l’homme tombe lourdement au sol. Je grimace au bruit sourd de la chute de son corps et aux cris qu’il émet.
— Je pense que les présentations ne sont pas nécessaires, dit Leandro d’une voix froide. Je vais juste te poser une question, et si tu réponds je te laisserai peut-être la vie sauve.
L’homme à l’agonie hoche frénétiquement la tête.
— Bien. En fait, je vais t’en poser deux. La première est la suivante : est-ce qu’Alex Wilkes est votre patron ?
Une fois encore, l’inconnu hoche la tête. Trop mal pour ouvrir la bouche.
— Votre mission était-elle de tuer tout le monde ?
Il a peur que la réponse scelle son sort. Il baisse les yeux et marmonne :
— Oui.
Leandro se penche vers lui, murmure quelque chose que je n’entends pas à son oreille, et défait le piège avant de tourner le dos à l’individu, qui s’enfuit sans demander son reste, dérapant sur le sol avec sa jambe blessée. Je fronce les sourcils, surprise. Quand je rattrape Leandro, je lui demande ce qu’il lui a dit et pourquoi il l’a laissé en vie.
— J’ai assez de sang sur les mains pour ce soir, il ne faisait qu’obéir aux ordres. Et je crains qu’il ne passe pas la nuit, de toute façon. On doit retourner à la maison, récupérer un max d’affaires et partir d’ici au plus vite.
— Comment tu as fait pour le piège, au fait ? Rien n’était dit qu’ils passent par là.
— J’avais de l’avance et j’en ai des tout près sur le côté de la maison, dans des caches spéciales. Une fois que j’aie posé celui-là, je les ai conduits jusque-là, tout simplement.
Je me tais, ressassant cette soirée de folie. J’ai été moins clémente que lui, est-ce que cela fait de moi une personne sans cœur ? Je trébuche sur une souche d’arbre. La fatigue me submerge, l’adrénaline fait une chute libre et mon corps aussi par la même occasion. Avant que je n’atteigne le sol, Leandro me rattrape et me soulève dans ses bras. Je suis trop crevée pour me plaindre. Je me blottis contre lui et me laisse flotter. Profitant de mon havre de paix, tant que je le peux.
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