Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
23. Linda
Chapitre 23
LINDA
Une jambe repliée sous ma cuisse, un pied à terre, je continue à me balancer. Je ne me retourne pas pour la regarder. Pour un début de relation avec la belle-famille, ça commence plutôt mal. Heureusement que je m’entends bien avec Shayane et Maria, sinon je crois que mes nerfs lâcheraient.
— Toi, je lance pour me placer sur le même ton hautain.
Elle vient s’asseoir sur les marches devant moi, allonge ses jambes et s’adosse à la rambarde.
— Je crois que je ne t’aime pas.
— Tu crois ? Au moins, me voilà fixée, je grogne.
Je suis peut-être un peu agressive, mais je ne suis pas une femme qui se laisse marcher sur les pieds. Peu importe mon interlocuteur. J’ai une grande gueule. En vingt-sept ans, elle m’a attiré bien des ennuis et pourtant je ne me maîtrise toujours pas. À quoi bon ? Cela fait partie de mon caractère. Une tension palpable s’installe entre nous.
— Qu’est-ce que tu veux, Nalia ?
— Je te retourne la question.
Je lui lance un regard noir, ne sachant pas où elle veut en venir.
— Qu’attends-tu de lui, Linda ? Tu sais, tu n’es pas la première que je rencontre, même si ça n’a jamais été aussi… officiel. Mon frère est quelqu’un de fortuné, d’influent dans certains milieux. Ne crois pas que tu sois la seule à vouloir l’utiliser. Tu ne seras qu’une de plus qui soit passée dans son lit.
Je serre les dents, je comprends qu’elle veuille le protéger, mais il y a des limites qu’elle va apprendre à connaître.
— Écoute Nalia, tout ça, est bien noble de ta part, mais Leandro est un adulte. Il est capable de prendre ses décisions tout seul. Je ne suis pas là pour profiter de lui, c’est tout ce dont tu as besoin de savoir. Le reste ne te regarde pas.
Je laisse le silence retomber entre nous. Je ne vais pas ressasser indéfiniment les mots cruels qu’elle m’a dits. Ils ne vont avoir aucune emprise sur mes sentiments pour lui ou sur notre couple. Leandro me l’a dit lui-même, il m’a montré plus qu’à n’importe quelle autre.
Tu ne seras qu’une de plus qui soit passée dans son lit.
Non ! Je suis bien plus que ça. Il ne m’aurait pas menti en me disant ces trois mots. Je secoue la tête, Nalia a quand même réussi à semer le doute dans mon esprit. Doute que je dois combattre, je ne lui permettrai pas de détruire notre couple !
— C’est tout ce que tu avais à dire ? je l’interroge.
— Non.
Intriguée, j’attends qu’elle développe.
— J’aime beaucoup ton t-shirt.
Je cherche la moindre trace de sarcasme ou de moquerie dans le ton de sa voix, mais il n’y en a pas. Je crois avoir trouvé plus bizarre que moi.
— Tu passes souvent du coq à l’âne comme ça ?
— Souvent. C’est une chose qui énerve Leandro, mais qui m’amuse, répond-elle en haussant les épaules.
— OK…
Je ne sais plus quoi dire, tout d’abord elle m’agresse puis l’instant d’après me complimente sur ce que je porte.
— Linda ?
— Hum.
Je continue de la fixer et vois un sourire sincère éclore sur ses lèvres. Son visage n’exprime plus qu’une amabilité authentique.
— Je suis désolée mais j’étais obligée de te dire ça. Beaucoup ont voulu jouer avec lui et quand je leur faisais mon petit discours elles ne montraient aucune émotion et je comprenais que l’histoire allait se répéter, encore. Elles ne pensaient vraiment qu’à l’argent. Tu es la seule à ne pas être montée sur tes grands chevaux. À m’avoir remis à ma place sans hausser le ton. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais je sens désormais qu’avec toi… il y a une chance pour qu’il trouve le bonheur.
— Donc si je comprends bien, c’était un test ?
— En quelque sorte, dit-elle l’air penaud.
— Tu sais, si j’étais une garce, j’irais tout raconter à Leandro. Mais comme ce n’est pas le cas et que je te comprends un peu, on va se contenter d’oublier cette conversation… !
Elle se lève et se poste devant moi.
— Est-ce que tu peux te lever, s’il te plaît ?
Je fronce les sourcils, mais m’exécute tout de même. Soudain, Nalia m’écrase contre sa poitrine. Les bras ballants, je ne sais pas quoi faire. J’imagine à quel point cela doit énerver Leandro de ne pas savoir sur quel pied danser avec elle. C’est déroutant. Je finis par lui rendre son étreinte.
— Bienvenue dans la famille, Linda.
Elle se détache de moi, un énorme sourire aux lèvres et les yeux légèrement humides.
— Je le pense vraiment.
— Merci… Et moi je pense que tu es une fille bien étrange… !
Elle me fait un clin d’œil et rentre dans la maison. Complètement étourdie par cette conversation hors norme, je m’affale sur la balancelle. Eh bien, cette fille est vraiment très bizarre, mais elle a un côté attachant.
Je profite du calme et de l’air frais de la nuit pour apaiser mon esprit. Le libérer de tout le stress qu’il a ressenti. Les yeux dans le vide, je repense à cette bonne soirée. C’est la première fois qu’on a un réel moment de détente avec Josh, depuis le début de cette affaire. Même s’il montre qu’il va bien, l’éclat dans son regard s’est éteint. Il n’est plus le même, le Josh que j’ai connu est mort dans cette prison. Je prie pour que celui qui a pris sa place nous autorise à l’aider, qu’il pense à s’appuyer sur nous pour aller mieux.
Puis je réfléchis au couple que nous formons avec Leandro. Tout est allé très vite, je lui ai pardonné tous ses mensonges, aussi énormes étaient-ils. Est-ce que cela fait de moi une personne faible ? Les gens ont tendance à dire que l’amour nous rend plus forts. Certes, mais pas seulement. L’amour se révèle être aussi notre faiblesse, on serait prêts à tout ou presque pour garder l’être aimé.
Josh débarque essoufflé à côté de moi.
— Qu’est-ce qui se passe, Josh ?
— Suis-moi, je vais te l’expliquer en même temps qu’aux autres, ça m’évitera de raconter tout une deuxième fois… !
Anxieuse, je lui emboîte le pas. Il a déjà prévenu Leandro et Gary qui sont dans le salon. À l’instant où Leandro me voit, il m’ouvre les bras. Je suis heureuse d’avoir cette protection face à l’annonce que ne va pas tarder à faire Josh. Je suis certaine qu’elle va briser la tranquillité de cette soirée.
— C’est à propos de Sophia.
Mon corps se tend, mes poings se crispent. Leandro qui a ressenti mon angoisse me caresse le dos.
— Elle va bien ma belle, me dit Josh en se tournant vers moi.
Je relâche mon souffle. Je ne supporterais pas qu’il lui arrive quoique ce soit par notre faute.
— Par contre, elle a reçu de la visite il y a vingt minutes. Deux hommes baraqués, qui voulaient nous faire passer un message.
— C’était pour nous dire qu’on n’est à l’abri nulle part, l’interrompt Leandro.
— Elle va bien ?
— Oui, juste un peu sous le choc, mais tu la connais, elle a très vite retrouvé sa bonne humeur.
Je suis un peu soulagée, un peu seulement car je ne la crois pas du tout hors de danger.
— Je vais lui affecter une équipe de protection, dit Leandro.
Il dépose un baiser sur mes cheveux et s’éloigne pour passer un coup de téléphone. Je me laisse tomber sur le canapé derrière moi.
— Putain, ça me tue de ne pas être là-bas ! Ça devrait être à moi d’aller vérifier si elle va bien, s’exclame Josh.
— Josh, si tu y vas, tu la mettras encore plus en danger. Tu sais que tu peux faire confiance à Leandro pour se charger de sa protection. Ne crois pas que tu sois le seul à en souffrir, c’est mon amie aussi.
— Je sais. J’ai… j’ai besoin d’aller faire un tour.
Je le laisse partir. Sophia compte pour lui, plus qu’il ne veut l’avouer. Espérons qu’il ne s’en rende pas compte trop tard. J’observe Gary qui n’a pas dit un mot depuis que je suis arrivée. Les bras croisés sur le torse, et appuyé au chambranle de la baie vitrée, il a l’air calme, bien trop.
— Gary, tout va bien ?
Il se redresse, secoue la tête comme pour revenir parmi nous.
— Nickel, jeune demoiselle, je suis juste pressé que tout ça soit fini.
Je me lève et m’approche de lui. On n’a pas passé beaucoup de temps ensemble, mais il était présent pour moi quand j’étais au plus bas.
— Si jamais tu as besoin, je suis là, hein.
Il me fait un petit sourire, je vois bien la tristesse dans ses yeux. Sans un mot, il m’ouvre ses bras. Je m’y réfugie autant pour le réconforter lui que moi. Au bout de quelques minutes, il desserre son étreinte et dépose ses lèvres sur mon front.
— Merci, mon ange.
— Tiens, plus de jeune demoiselle, dis-je pour le faire sourire.
— Pas pour ce moment.
Sur ces mots, il s’éloigne. Je le suis du regard jusqu’à ce qu’il ne soit plus dans mon champ de vision. Leandro arrive et m’annonce qu’une équipe est en route pour aller chez Sophia. Josh n’est toujours pas rentré, je sais qu’il ne fera pas de bêtise, mais je m’inquiète tout de même pour lui. Je fais part de mes craintes à Leandro, il me dit de lui laisser du temps. On monte se coucher, conscients que le cauchemar est loin d’être fini et qu’il faudra sûrement très vite bouger encore une fois.
Je m’assois sur le bord du lit, dépitée de cette fin de soirée. Je veux juste souffler un peu, merde ! Je me promets qu’à la fin de tout ça, je prends des vacances à Miami. Leandro passe par la salle de bains avant de me rejoindre. Il passe son bras autour de mes épaules et me serre contre lui.
— C’est bientôt la fin, ma puce.
— Comment peux-tu en être sûr ? On ne sera jamais tranquilles, ils vont nous pourchasser aux quatre coins du monde… !
— Fais-moi confiance.
— Te faire confiance ne change rien au fait qu’on est devenus des cibles.
Et que ton père est celui qui nous chasse.
Je suis bien trop épuisée pour continuer cette discussion. Je me lève et me débarbouille dans la salle de bains. Les mains de part et d’autre du lavabo, j’essaie d’enterrer l’angoisse qui menace de refaire surface. Putain ! Todd nous a vraiment foutus dans un bordel sans nom. Mon autre souhait avant mon voyage est de l’étriper de mes propres mains. Lentement, très lentement.
J’inspire un grand coup, sors de la pièce et me glisse sous la couverture près de Leandro. Je pose ma tête sur sa poitrine et me laisse bercer par les battements de son cœur. Au moment où je suis sur le point de m’endormir, Leandro susurre à mon oreille.
— Je t’aime minha querida, ne l’oublie jamais.
Il resserre ses bras autour de moi et l’instant d’après, je m’endors.
Je me réveille en sursaut, j’ai froid. Je tâtonne à côté de moi à la recherche de Leandro, mais ma main rencontre du vide. Je me frotte les paupières et plisse les yeux. Un coup d’œil sur l’horloge m’indique qu’il est 5 heures du matin. Je grogne, il est beaucoup trop tôt. Je ramène la couverture sur moi et me rendors aussitôt.
Neuf heures, cette fois, c’est une heure plus convenable pour se lever. J’attrape mes affaires de rechange et file à la douche. Leandro ne m’a pas rejointe cette nuit, il doit être en train de superviser l’équipe de protection pour Sophia et sûrement un changement de planque.
Je descends dans le salon, tout le monde est sur le pied de guerre. J’en aurais presque honte. Presque. Oh ça va, je pense que j’ai le droit à un tout petit peu de repos, non ? Je cherche du regard Leandro, mais ne le vois pas. Je m’approche de Josh pour lui demander où il se trouve, il me répond qu’il le pensait avec moi. Je fais le tour des personnes présentes et toutes me répondent la même chose. Alexeï tente de le joindre sur son téléphone, et tombe sur le répondeur. Il contacte l’équipe envoyée à Sophia, Leandro n’est pas avec eux.
Deux heures plus tard, nous n’avons toujours aucune nouvelle. Je fais les cent pas dans le salon, essayant de comprendre ce qu’il se passe. Il est peut-être juste sorti comme ça, mais il aurait prévenu quelqu’un ou il n’aurait pas coupé son téléphone.
Soudain, les mots qu’il m’a murmurés à l’oreille hier soir me reviennent en mémoire, et leur caractère… définitif. « Je t’aime minha querida, ne l’oublie jamais. » Et je comprends.
L’enfoiré ! Il est parti régler ça tout seul ! Les hommes et leur complexe de superhéros. Je t’en foutrais moi des collants et un slip rouge ! Mon poing fait la malheureuse rencontre du mur du salon. Putain, ils ne disent pas que ça fait aussi mal, dans les films. Pourtant, même la douleur ne m’aide pas oublier. Je n’arrive pas à croire qu’il ait recommencé. On devait régler ça ensemble ! J’appuie mon front contre la cloison, les larmes au bord des yeux. Une main se pose sur mon épaule.
— On va le retrouver ma belle, me dit Josh.
— Non. Il est parti en finir avec cette histoire.
Je jette un coup d’œil à sa famille. Je ne crois pas qu’elles soient au courant que Felipe est en vie. Josh qui a compris le message m’emmène dans la cuisine. Une fois à l’abri des oreilles indiscrètes, il reprend la parole.
— Pourquoi voudrait-il régler ça tout seul ?
— Alex Wilkes, c’est son père, dis-je laconiquement.
Josh fronce les sourcils.
— OK… Mais comment pourrait-il savoir où est son père ?
— J’en sais rien putain !
Je m’appuie contre l’évier et ferme les yeux aussi fort que possible. Il faut que je me calme. J’inspire profondément et tente de réfléchir. Quand a-t-il trouvé une piste… ?
— Le blessé, dit soudainement Josh.
— Quoi ?
— Le pendu de la forêt, Leandro lui a parlé.
— Merde ! Tu penses qu’il a servi de messager ?
Il hoche la tête. Merde ! Je m’avance et m’appuie contre le chambranle de la porte. Je regarde la petite foule dans le salon. Sa famille. Leandro l’a déjà prouvé, il est capable de se sacrifier pour eux. Il vient de le faire encore une fois.
— Tu crois qu’on devrait leur dire ? je le questionne en les montrant du menton.
— Je ne pense pas, c’est à Leandro de le faire.
Oui, sauf qu’il n’est pas là pour le faire. Je pousse un soupir.
— Je vais dans la chambre, je trouverais peut-être quelque chose dans ses affaires.
— D’accord.
Je monte quatre à quatre les marches menant à l’étage. Je retourne toutes les choses qu’il a laissées ici. Rien. Pas le moindre indice. Il s’est jeté dans la gueule du loup sans nous donner une chance de l’en sortir. Je m’affale sur le lit.
Réfléchis Linda, réfléchis.
Je ne fais que ça, et toujours pas une seule idée brillante à l’horizon. Je m’allonge en chien de fusil et contemple le mur. Je serai bientôt à même de dire combien il y a feuilles sur l’arbre qui y est peint.
Des coups frappés à ma porte m’empêchent de continuer mon calcul.
— Oui.
La petite tête de Shayane passe dans l’embrasure. Je me redresse et lui fais signe d’entrer. Elle s’assoit sur le lit, ouvre plusieurs fois la bouche, mais aucun son n’en sort. Je lui presse la main pour l’encourager.
— Est-ce que cette mission est devenue personnelle pour Leandro ?
— Pourquoi penses-tu ça ?
— C’est la première fois, depuis que l’on est réellement installés qu’on doit changer de maison. Dis-moi ce qui se passe Linda, s’il te plaît.
Je l’observe en silence, en pesant le pour et le contre de ce que je dois lui dire.
— Oui, cette mission est personnelle. Leandro est parti sans prévenir ce matin. On pense qu’il est en route pour aller voir… le responsable de cette histoire, dis-je sans rentrer dans les détails.
— C’est bien son genre. Et vous n’avez aucun moyen de savoir où il est ?
— Non. Si j’avais su, j’aurais mis un mouchard sur lui.
Comme il l’avait fait avec moi.
— Personne pour vous aider ?
Todd & Co sont peut-être bien morts à l’heure qu’il est. Sinon nos opposants n’auraient pas mis autant de personnes sur nous. On doit être les derniers à éliminer. Donc, non nous n’avons plus que…
— Shayane, tu es un génie !
Je cours jusqu’au téléphone et compose le numéro de sa ligne sécurisée.
— Louis.
— Bonjour, c’est Linda. Je vais avoir besoin de toi.
— Dis-moi tout.
Je lui fais un rapide récapitulatif de la situation et de ce dont j’ai besoin. On finit par se mettre d’accord, et on se donne rendez-vous dans quatre heures. Shayane qui a été témoin de notre discussion, du moins d’une partie, est intriguée.
— Je crois qu’on va pouvoir retrouver ton frère.
Je descends les marches et regroupe notre équipe élargie dans le salon. Je refais un bref topo et leur indique ce qu’ils doivent faire. Tout le monde se disperse après cette réunion improvisée.
J’espère que notre plan marchera et qu’on s’en sortira tous sains et saufs.
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