Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
13. Linda
Chapitre 13
LINDA
Le chemin jusqu’à la chambre de Josh est court, sa chambre n’est qu’à quelques portes de la mienne. Gary s’arrête devant et se retourne pour me faire face.
— Vous êtes sûre ?
Je hoche la tête pour lui faire comprendre que je suis prête, j’ai la gorge trop serrée pour parler. Je sais ce que je vais voir derrière cette porte, je sais que mon cœur va arrêter de battre pendant quelques secondes. J’inspire un grand coup et lui dis :
— Allons-y !
Il ouvre, s’efface pour me laisser passer, mais je reste figée sur le seuil. Je ferme les yeux, serre les poings et tente de me calmer. Son visage est tuméfié et couvert de bleus, une de ses paupières est violette et gonflée. Le drap ne recouvrant qu’une partie de son corps, mon regard reste bloqué sur les bandages qui entourent son torse. En le voyant si fragile, mon cœur et mon âme demandent vengeance. Je suis assoiffée de sang ! Je n’ai jamais été aussi déterminée à éliminer des ennemis. Je ne sais pas quel genre de personne ça fait de moi et je m’en moque totalement. Rien ne compte à part cette envie de tout massacrer sur mon passage. Mes ongles appuient plus fort contre mes paumes, ma respiration s’accélère. Je fais un pas en arrière, ma rage fait place à la tristesse. Il ne sera plus jamais le même, je n’ai pas pu le sauver à temps pour ça. Une main presse mon épaule, je me retourne et suis immédiatement prise dans un étau confortable. Gary se contente de me serrer dans ses bras – pas de mots réconfortants, juste la chaleur de son corps.
— Merci, dis-je.
Il se détache et me regarde longtemps. Il penche un peu la tête sur le côté comme s’il tentait de résoudre une énigme.
— Ne culpabilisez pas, Linda ! Josh a besoin de vous, maintenant plus que jamais. Il n’a pas ouvert une seule fois la bouche à part pour vous appeler. Une fois qu’on lui a dit que vous étiez saine et sauve, il s’est calmé.
Mes genoux sont sur le point de lâcher, je m’appuie contre le mur.
— Il est donc conscient ?
— Il alterne les phases d’éveil, courtes, et les périodes d’endormissement où il est plongé dans un sommeil très lourd. Son corps a besoin de repos, de paix, me répond-il.
Je hoche la tête.
— Est-ce qu’on peut m’apporter de quoi dormir dans sa chambre ?
— Bien sûr, je pense que ça lui fera du bien quand il se réveillera, de vous voir.
— Merci, Gary.
— Pas de quoi, jeune demoiselle, me dit-il avec un clin d’œil.
Je lève les yeux au ciel, mais ne réplique pas.
— Je vous laisse, je vais organiser votre transfert.
Je m’avance jusqu’à la chaise près du lit de Josh. Je ferme les yeux, invoquant des images de lui en bonne santé, souriant et charmeur. Brun, les yeux bleu intense. C’est un beau mec, il faut l’avouer, mais je le considère comme un frère. Mon Josh d’autrefois, je me demande s’il aura encore la même insouciance après une telle épreuve.
Un murmure à peine audible me sort de mon sommeil. La fatigue a fini par me rattraper, je me suis endormie dans ce fauteuil.
— Linda, dit-il un peu plus fort.
Je relève les yeux et croise le regard de son seul œil encore valide. Les larmes menacent de couler, autant pour lui que pour moi. Mon Dieu, Josh, que t’ont-ils fait ? Je rapproche ma chaise et serre sa main doucement. Il crispe ses doigts sur les miens, comme pour s’ancrer dans la réalité.
— Je suis là Josh, je chuchote, la voix rauque.
Une plainte lui échappe et ma main libre presse ma cuisse pour m’empêcher de hurler.
— Repose-toi, tout va bien maintenant.
Mensonge ! Mais il faut vraiment qu’il se repose. Avant de s’endormir, il murmure ces mots qui font froid dans le dos.
— Ne fais confiance à personne… Absolument personne.
Il replonge dans le sommeil juste après. Est-ce une mise en garde ou était-il encore dans les vapes d’un cauchemar ? De toute façon, qu’il ne s’inquiète pas, il n’y a plus personne à qui faire confiance ou non, je suis toute seule. Leandro est je ne sais où, Todd & compagnie ne répond pas, Jackson est avec ma mère. Seule, totalement et irrémédiablement déprimée. Ce n’est pas le moment, Gary m’a dit que Josh a besoin de moi, je dois être forte ! Quand on parle du loup, on en voit la queue… Je secoue la tête, heureusement que je n’ai pas dit ces mots à voix haute !
— Je t’ai apporté à manger, j’ai pensé que tu devais avoir faim, me dit gentiment Gary. Ça ne t’embête pas si on se tutoie… ?
— Non, c’est parfait. Merci.
Il pose le plateau-repas sur la table de lit amovible et la pousse jusqu’à moi. À la vue du contenu, je grimace.
— Une soupe, sérieusement ? Est-ce que j’ai la tête de quelqu’un qui boit son repas ? J’ai encore toutes mes dents, Gary !
— Oui, et je vois que tu sais mordre, Linda. Mais depuis combien de temps tu n’as pas mangé ? Ton estomac a besoin de se réadapter un peu.
— J’aurais préféré qu’il s’adapte à un bon Big Mac, ou un kebab, ou à un poulet rôti et des muffins.
— Plus tard, promis, réplique-t-il, amusé.
— Pas trop tard non plus, hein.
De mauvaise grâce, je mange ma soupe et mon yaourt. Je suis presque tentée de sortir en douce pour aller chercher ma dose de vraie nourriture, mais je suis certaine que Gary veille au grain. D’ailleurs, il n’a pas bougé de sa place, au coin de la pièce, les bras croisés, la mine sombre.
— Gary, j’ai besoin de réponses. Je ne pourrais les obtenir si je reste ici. Tu as un endroit sûr pour nous ?
— Leandro s’est occupé de tout avant de partir. Et c’est lui qui t’a acheté des vêtements.
— Pourquoi ça ne m’étonne pas…, je marmonne, en colère contre lui. On pourra partir quand ?
— On reste ici encore une nuit et on s’en va.
J’ai toujours eu l’habitude de travailler en équipe sur les missions les plus dangereuses. Cette fois, je dois apprendre à me débrouiller sans ordres ou concertations avec mes collègues.
— Comment as-tu connu Leandro ?
— Longue histoire entre un patient têtu et un médecin. Tout ce que tu as à savoir c’est que tu peux me faire confiance.
— La confiance se gagne.
— Comment je peux parvenir à avoir la tienne ?
— Mène-moi à Leandro.
— Impossible, je ne sais même pas où il est parti ni ce qu’il a en tête.
Je réfléchis de longues minutes. Ma seule idée c’est de continuer mon enquête sur cette entreprise louche, en poussant plus loin. Je suis sûre que Leandro a le même projet que moi. Il a juste une longueur d’avance sur moi.
— Il faut que je retourne à ma planque.
— Ce n’est pas trop risqué ?
Je hausse les épaules.
— Pas plus que ce que doit faire Leandro en ce moment.
À cette pensée, mon cœur saigne d’inquiétude pour lui.
— Je préfère être le chasseur que la proie, il est temps qu’ils l’apprennent, dis-je, déterminée.
J’ai réussi à convaincre Gary qu’il était dans notre intérêt de remonter à la source de nos problèmes. Il m’a dit qu’il ferait tout pour m’aider, mais qu’ensuite je devrais plaider sa cause auprès de Leandro pour qu’il ne lui abîme pas le portrait. Quant à moi, je sais exactement ce que je ferai une fois que je le retrouverai. Attaché au lit, il sera à ma disposition et je jouerai avec son corps, longtemps, pour le faire payer. Je serai patiente, faisant monter la pression jusqu’à ce point de non-retour, jusqu’à ce que je permette enfin à nos corps de ne faire plus qu’un.
Je secoue la tête, ce n’est pas le moment de fantasmer, mais de mettre mon plan en action. Je réfléchis aux détails qui auraient pu m’échapper. Le plus simple serait de discuter avec Josh, mais il n’a pas repris conscience depuis qu’il m’a mise en garde. Il est encore très faible, et je le soupçonne de ne pas se battre suffisamment. Il va falloir que je le surveille de près.
J’ai tellement de choses à faire que je ne sais par où commencer. Je m’allonge sur le lit que Gary a rapporté dans la chambre et fixe le plafond. J’ordonne mes idées, résume tout ce qui a planté dans cette mission. Avant même qu’elle débute, Josh m’a paru bizarre et m’a dit de faire attention. Rapidement, plus personne de l’équipe n’a été joignable, puis il y a eu cette personne que je n’ai pas réussi à identifier. Entretemps, Leandro s’est fait une place sur le podium des mecs les plus envoûtants que j’ai connus. Sans lui, peut-être aurais-je eu le temps d’identifier l’homme mystère. C’est sûr, il faut que je retourne à ma planque pour récupérer mes données et mon matériel. Je croise les doigts pour que personne ne m’ait suivie. Prière vaine, s’ils sont aussi doués que je le pense, ils n’attendent que ça, mais je n’ai pas d’autre choix.
Je me rends compte qu’en me disant de ne faire confiance à personne, Josh incluait peut-être également Gary dans l’équation. Mais j’ai besoin du soutien logistique de Gary, pour l’instant. Totalement seule et même avec toute la volonté du monde, je n’y arriverais pas. Je plonge ma tête dans les oreillers, chaque chose en son temps, sinon je vais devenir parano. Pour commencer, une bonne nuit de sommeil, pour me remettre d’aplomb et surtout pour avoir les idées claires.
Je suis réveillée par des hurlements glaçants, il me faut dix secondes pour comprendre qu’ils viennent de Josh. Je saute de mon lit, allume la lumière, mais je n’ose pas le toucher. Sa respiration est saccadée, son corps pris de tremblements et il serre tellement les poings que j’ai peur qu’il se blesse. Je m’avance près de lui et parle assez fort dans l’espoir de le sortir de son cauchemar.
— Josh, tu es en sécurité maintenant. Tout est fini…
Je répète ces mots plusieurs fois. Les infirmières sont sur le pas de la porte, je leur fais signe de ne pas avancer. Je connais Josh, il va se sentir démuni, fragile, à leur merci si on lui administre un calmant. Peu à peu son corps cesse de s’agiter, ses paupières papillonnent jusqu’à ce qu’il pose les yeux sur moi. Les larmes coulent sur mes joues, mais je ne le laisserai pas tomber.
Je comble la distance qui nous sépare et lui prend la main.
— Josh…
Je n’arrive pas à prononcer d’autres mots, tellement ma gorge est serrée. Il tapote le lit à côté de lui. Je m’allonge et le serre autant que je peux sans lui faire mal.
— Je suis désolé, ma belle, murmure-t-il.
— Chut, Josh, repose-toi. Tu n’as pas à t’excuser.
— Si, j’aurais dû te prévenir que cette mission allait partir en vrille.
— On en reparlera plus tard. Ce qui importe c’est que tu te remettes.
J’ai plein de questions à lui poser, mais ce n’est pas le moment. Ça ne ferait que raviver encore et encore ce qu’il a vécu. Il souffre déjà assez comme ça. On finit par s’endormir dans les bras l’un de l’autre, se rassurant par notre présence mutuelle.
Une main sur mon épaule me secoue un peu. Je me retourne et vois Gary qui affiche un grand sourire.
— Je ne sais pas si Leandro serait d’accord avec ça, dit-il en désignant Josh et moi du menton.
Je me dégage doucement de l’étreinte de Josh et pousse Gary dans le couloir.
— Ce que tu peux croire sur ce qui se passe ici m’importe peu et Leandro n’est pas là pour donner son avis, je grogne.
J’ai déjà dit que je n’étais pas du matin ? Il lève les mains en signe de reddition.
— Tout doux, je rigole. Je sais ce qui s’est passé cette nuit, reprend-il plus sérieusement. Il va devoir être suivi, tu sais.
— Oui, j’ai conscience que ça ne se résoudra pas à coup de baguette magique, mais on doit déjà en finir avec cette affaire.
Il hoche la tête et s’appuie contre le mur.
— Je t’ai réveillé pour te dire que tout était en place. On peut partir dès que vous êtes prêts.
— D’accord, mais changement de plan. Tu mets Josh à l’abri et me donnes une voiture pour que je me rende à ma planque.
— Mais je ne peux pas te laisser seule Linda !
— Essaie de m’en empêcher ! Tu ne ferais que me ralentir, j’ai besoin d’aller vite, de rester concentrée et surtout de passer inaperçue. Ce n’est pas avec toi que ça va être possible.
— Hum, ça veut surtout dire que je suis tellement irrésistible que c’est ma beauté qui risque de te déconcentrer !
— Tu arrives encore à passer les portes ? Parce qu’avec un ego comme le tien, j’ai peur qu’il prenne trop de place. Un régime de l’orgueil, ça te tente ?
— Je t’aime bien, Linda, répond-il avec un sourire amusé.
— Ce n’est pas réciproque.
— Allez, prépare-toi, petite teigne, je vais te trouver une voiture en attendant.
Je m’avance vers la porte et pose ma main sur la poignée.
— Merci, Gary.
— De rien, jeune demoiselle !
Je lève les yeux au ciel, mais un sourire se dessine tout de même sur mes lèvres. Je m’approche de Josh et le réveille en douceur. Une fois ses yeux ancrés dans les miens, je lui dis :
— Il faut qu’on parte, on va se mettre au vert quelque temps. Comment est-ce que je peux t’aider à te préparer ?
— Si tu me trouves une infirmière sexy pour me filer un coup de main, ce serait parfait.
Heureuse de retrouver mon Josh, du moins en partie, je me mets à rire franchement. Puis je le serre dans mes bras doucement et lui chuchote à l’oreille :
— Tu m’as manqué, ma grenouille.
— Grenouille ?
— Je t’expliquerai, un jour.
— Hum, réplique-t-il sceptique.
C’est le cœur un peu plus léger que je me prépare dans la salle de bains. J’appelle une infirmière pour l’aider, il l’accueille avec un magnifique sourire. Je les entends rire, c’est un miracle qu’il semble autant lui-même malgré tout ce qu’il a enduré.
— Faites attention, je suis réputée pour être une sorcière !
— J’ai hâte de voir quel sort vous allez me jeter.
Je secoue la tête et sors de la chambre pour lui laisser un peu d’intimité. Je m’assois sur une chaise non loin de là, et fais un inventaire de tout ce qu’il me reste à faire. Beaucoup trop à mon goût…
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