Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
1. Linda
Joh Harper
Collision
Dangerous Game – 1
Emma
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Chapitre premier
LINDA
— Allez, Linda, profite un peu au lieu de tirer la tronche.
— De quoi veux-tu que je profite ?
— De moi, dit Josh en haussant plusieurs fois les sourcils.
Josh, c’est mon collègue depuis deux ans, d’ailleurs c’est le seul que je supporte. J’ai quitté l’armée dans le but de m’occuper de ma mère. Je suis souvent en déplacement, mais mes missions sont moins longues que lorsque je travaillais pour l’État. Ce qui permet de passer plus de temps avec elle. Aujourd’hui, je suis agent de protection rapproché, du moins officiellement. Nos rôles peuvent changer une fois arrivé sur le terrain. Notre agence de sécurité a de multiples facettes, la recherche de personnes disparues, la protection de personnes importantes, mais aussi la mise en sécurité de convois dans des pays étrangers, de l’espionnage industriel ou gouvernemental.
On vient tout juste de rentrer d’une de nos missions à Londres, et Josh m’a entraînée dans un bar où toutes les femmes se retournent sur son passage, de vrais piranhas. Et vu les regards qu’elles me lancent, elles ne feraient qu’une bouchée de moi. Heureusement que j’aime ce bar, l’ambiance est intimiste et il y a une petite piste de danse un peu plus loin. Je n’y vais que quand je suis pompette, et je le serai sûrement ce soir.
— Je crois que tu as un harem, là-bas, qui ne demande pas mieux. Moi, je vais profiter de mon mojito en attendant. Et peut-être que je serais assez saoule pour ne pas envoyer paître tous ceux qui veulent me parler.
— Tu es désespérante, ma belle.
— Tu es…
— Un chaud lapin, je sais, je sais ! Une vraie pile Duracell, rien ne peut m’arrêter !
— Mais ce n’est pas du tout ce que je voulais dire, répliqué-je alors qu’il s’esclaffe.
Je lève les yeux au plafond.
— Allez, file, Sophia va arriver.
À peine ai-je prononcé ce prénom qu’il stoppe net. À mon tour d’éclater de rire.
— Je le savais, dis-je en le pointant du doigt. Tu l’aimes bien !
— Je ne vois pas de quoi tu parles. Excuse-moi, mais mon harem crie mon nom.
Je le regarde s’éloigner, un sourire idiot collé sur mes lèvres. Je secoue la tête, Josh ne se sent pas prêt à se mettre en couple et il sait que Sophia fait partie de ces femmes que l’on épouse. À trop attendre, il va finir par louper le coche.
— Bonsoir.
— Pas assez saoule, grogné-je sans même me retourner.
— Pardon.
Je sens des effluves d’alcool arriver jusqu’à mon nez. Mon Dieu, prenez une pastille à la menthe avant d’aborder des femmes.
— Désolée, je suis prise.
— Je suis sûr que si tu me regardais, tu changerais d’avis.
Dépitée, je me retourne pour l’envoyer voir si les melons ne sont pas plus mûrs ailleurs. Je le détaille du regard, et effectivement, je change d’avis. J’ai carrément envie de fuir, maintenant. Il fallait que ça tombe sur moi ! Les cheveux gras, brun, la chemise hawaïenne, un parfait tour de taille… non je rigole et pour couronner le tout : la marque encore bien visible d’une bague de mariage à l’annulaire, tout juste retirée.
— Mon mojito et moi-même avons un rendez-vous galant, alors si vous pouviez draguer une autre personne, ce serait fort gentil de votre part.
Je n’ai jamais été aussi sympa, Josh serait fier de moi.
— Mais…
— Oh, tu laisses ma femme tranquille, s’insurge une voix derrière nous.
Un énorme sourire éclaire mon visage. Je me retourne pour faire face à ma sauveuse, Sophia. Une petite blonde, avec un visage angélique et des yeux verts envoûtants. Si j’étais lesbienne, je tenterais volontiers ma chance avec elle. L’intrus nous regarde à tour de rôle, les yeux remplis de lubricité.
— Même pas en rêve, assène Sophia qui a anticipé sa question.
L’homme s’en va en grognant, ce qui permet à Sophia et moi-même de nous sauter dans les bras.
— Putain, tu m’as manqué, me dit-elle. J’en pouvais plus, d’attendre ton retour !
— Ha, mais je ne suis partie que deux mois.
Pourtant, elle m’a manqué aussi. On s’est rencontrées dans ce même bar, elle venait de renverser son verre sur mon pantalon. La façon dont elle s’est fondue en excuse était tellement hilarante que je lui ai offert un verre. Avant que je parte, elle voulait absolument que j’accepte une virée shopping, pour se faire pardonner. Sophia peut être du genre tenace quand elle le souhaite, alors je lui ai donné mon numéro dans l’unique but de me débarrasser d’elle. On voit comment deux ans après, ça a marché.
— Ne t’inquiète pas, j’ai continué à faire la fête sans toi.
— Ça ne m’étonne pas, ma poule.
Elle commande une Tequila Sunrise et se retourne vers moi.
— Alors, dis-moi, quoi de beau dans ta vie ? lui demandé-je.
— Absolument rien, mon boulot de caissière m’énerve plus qu’autre chose et ne parlons pas de Raphaël, éternellement à fond dans ses jeux vidéo.
— Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as emménagé avec lui. Vous passez la plupart de votre temps libre loin l’un de l’autre.
Elle hausse les épaules, résignée.
— Au début c’était parfait, et puis le temps a fait que l’on a plus les mêmes envies. Bref assez parlé de moi, et toi ?
— Boulot, boulot, et ma mère.
— Comment va-t-elle ?
— Beaucoup mieux, dis-je un sourire aux lèvres.
Penser à elle me met du baume au cœur. Ma mère est le centre de mon existence, celle pour qui je ferais n’importe quoi. Pour qui je ne cesserai jamais de me battre.
— Ça me fait plaisir d’entendre ça. D’ailleurs, il faut absolument que je passe chez toi pour prendre de ses nouvelles.
— Pour prendre de ses nouvelles, hein. Ce n’est pas plutôt pour rencontrer l’infirmier qui s’occupe d’elle ?
— Mais pour qui me prends-tu ? Pour les deux, bien évidemment. Allez, on recommande et puis on va danser.
Comme prévu, je me retrouve pompette sur la piste de danse avec Sophia. On s’amuse comme des folles. Très vite, Josh nous rejoint. En sandwich entre nous deux, il doit être l’homme le plus heureux du monde. Je finis par m’éloigner pour les laisser seuls, je suis sûr qu’ils ne se rendront même pas compte de mon absence.
Au bout d’une heure, il est temps de rentrer pour moi, si je veux avoir une tête présentable demain matin au boulot. Mais Josh et Sophia n’ont pas l’air prêts à partir, alors je leur dis que je m’en vais. Je jette un dernier coup d’œil amusé dans leur direction, un jour ils finiront bien par reconnaître leur attirance l’un envers l’autre.
Le lendemain
— Tu as vraiment besoin de tirer un coup, ma belle, dit une voix suave.
Je sursaute.
— Non, mais ce n’est pas vrai. Josh, tu m’as fait peur !
— Tu devrais te regarder dans une glace avant de me dire ça, réplique-t-il avec un grand sourire.
Je n’ai pas vraiment le temps de me reluquer dans le miroir. Je suis plutôt bien foutue – selon les dires de Josh – les cheveux châtains et avec de grands yeux verts. Mais, je sais que ce matin j’ai une tête de déterrée, la faute à l’alcool. Plus jamais je ne toucherai une goutte d’alcool.
Et mon cul c’est du poulet frit, susurre ma conscience.
— Linda ! Dans mon bureau tout de suite, lance Todd avant de claquer sa porte.
— Hum, je n’aimerais pas être à ta place. Tu as fait une connerie ? me demande Josh.
Je lui fais non de la tête tout en partant vers l’enfer. Todd c’est notre patron, un vrai con c’est le cas de le dire. On est une équipe de huit agents – tous des hommes sauf moi et évidemment je suis la seule qu’il appelle par son prénom. Si seulement je pouvais lui faire ravaler son sourire de connard. Je secoue la tête pour retirer toutes pensées négatives de mon esprit et plaque un sourire forcé mais convaincant sur mon visage.
— Oui, M. Peters ?
Rien qu’à le voir, mon cerveau commence déjà à établir une liste d’injures, toutes plus fleuries les unes que les autres. Dans son costume taillé sur mesure, il a l’air d’un homme à qui l’on donnerait le Bon Dieu sans confession. Quelle erreur ! C’est un prédateur. Son visage parfait met en émoi plus d’une femme, mais ses yeux marron reflètent la promesse des pires sévices. Je ne l’ai pas remarqué tout de suite, mais ce beau brun a tout du psychopathe.
— J’ai une mission pour vous. Départ demain pour Paris, ce n’est que pour de la reconnaissance et de l’identification, mais il se peut que ça bouge un peu plus…
Lui et moi savons parfaitement ce qu’il veut dire par : un peu plus. On reste peut-être bien une minute sans rien se dire, à se regarder comme deux pitbulls prêts à se jeter dessus. Je lui dirais bien où il peut se mettre sa mission, sachant que je viens à peine de rentrer, mais j’ai besoin de ce boulot. Puis il me dit, tout simplement :
— Je n’attends pas de vous l’excellence comme les autres. Juste que vous ne posiez pas de questions et que vous exécutiez les ordres.
Intérieurement, je fulmine. Non, mais ça veut dire quoi ça, « comme les autres » ? Quel abruti !
— Je ferais aussi bien que les autres, voire mieux. Je vais me préparer, j’attends que vous m’envoyiez le dossier et les coordonnées par mail, je partirai très tôt demain, dis-je sur un ton froid.
— Bien.
Je tourne les talons et l’insulte de tous les noms, une fois la porte fermée et une distance minimum de sécurité. Josh est toujours installé à mon bureau quand j’y reviens.
— Non, mais tu n’as rien d’autre à faire ?
— Si, mais je ne raterais pour rien au monde ton débriefing.
— Argh, je le tuerais bien de mes propres mains celui-là, tu sais. Bref, j’ai une mission demain sur Paris, donc tu vas devoir trouver quelqu’un d’autre pour t’accompagner prendre un café le matin.
— Oh, dit-il en détournant le regard.
— Comment ça oh ? Qu’est-ce que tu me caches, Josh ?
— Rien du tout, c’est que… c’est que cette mission j’en ai entendu parler.
— Et ?
— Et… écoute, fais juste ce qu’on te demande et rentre vite à la maison, OK ?
— C’est tout ce que tu comptes me dire ? Tu te fous moi ?
— Absolument pas Linda, je ne la sens pas cette affaire, mais tu verras par toi-même. Si ça se trouve, je me fais juste des films.
— Mouais…
— Allez, je file, j’ai du boulot. On se voit à ton retour, hein ? Et fais attention à toi, ma belle.
Je n’ai pas le temps de répondre qu’il est déjà parti. Il est bizarre depuis quelque temps, il faut que je le cuisine, il y a quelque chose qui cloche. Josh est plutôt joyeux et taquin d’habitude et là c’était vraiment suspect. Le bruit d’arrivée d’un nouveau mail me ramène à la réalité.
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