Correspondance - Tome II

Gustave Flaubert · Chapitre 10 sur 50

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Correspondance - Tome II

À Louise Colet .................................................................. 21

J’oubliais de vous dire que l’institutrice est arrivée de-puis 10 jours. Son physique ne m’impressionne pas du reste. Je n’ai jamais été moins vénérien.

Adieu, je t’embrasse, pauvre femme aimée. C’est bien grossier d’écrire une lettre de quatre pages pour ne parler que de soi. C’est qu’en vérité, c’était déjà beaucoup. Deux longs baisers. À bientôt.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] mardi soir. [11 novembre 1851.]

Je ne me suis jamais piqué, ma chère, d’être un homme de goût ni de jolies manières ; la prétention eût été trop vani-teuse, vous n’avez pas besoin de me le rappeler. Que votre cousine ait l’intelligence des choses du cœur, tant mieux pour elle. Je n’ai pas même, moi, celle de l’esprit. Chacun fait ce qu’il peut. – Voyons, point d’aigreurs entre nous. – Que diable voulez-vous que je vous écrive que vous ne sa-chiez aussi bien que moi ? Je ne peux vous donner aucune nouvelle ni du monde que je ne vois pas, ni de moi qui ne change. – Et comme je trouve en outre, pareillement à vous, qu’il faut garder ses douleurs pour soi sans en fatiguer les autres, et que je pense que j’ai fait un peu abus de ce cha-pitre vis-à-vis de vous, je n’ai donc rien de mieux à faire que de ne rien faire, c’est-à-dire me taire. Si vous saviez dans quelle plate monotonie je vis, vous vous étonneriez même que je m’aperçoive encore de la différence de l’hiver à l’été et du jour à la nuit.

 

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