Correspondance - Tome II

Gustave Flaubert · Chapitre 49 sur 50

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Correspondance - Tome II

À Louise Pradier ............................................................. 140

Tu te les rappelleras nos 48 heures de Mantes, ma chère Louise. Ça a été de bonnes heures. Je ne t’ai jamais tant ai-mée ! J’avais dans l’âme des océans de crème. Toute la soi-rée ton image m’a poursuivi comme une hallucination. Il n’y a que depuis hier au soir que je me suis remis à travailler. Jusque-là j’ai passé mon temps dans le désœuvrement et la rumination des moments écoulés. J’ai besoin de me calmer.

Prends courage, un temps viendra où nous nous verrons plus souvent. Dans deux mois, quand ma première partie se-ra faite, j’irai passer quelques jours à Paris et au mois d’octobre nous retournerons à notre maison de campagne, voir jaunir les feuilles. Une fois mon roman fait, je prends un logement à Paris. Nous en ferons l’inauguration solennelle.

Adieu, je t’écrirai plus longuement la prochaine fois, à la fin de la semaine ou vers le commencement de l’autre.

Je t’embrasse, je te baise partout.

À toi, mon amour.

 

À LOUISE PRADIER

[Croisset,] samedi soir. [12 juin 1852.]

Je serais venu à Paris, chère Madame, si j’avais su que vous y fussiez. Mais je vous croyais encore à Marseille. – Une lettre de Mme d’Arcet que j’ai reçue mercredi matin ne m’a point dit le jour de l’inhumation de ce pauvre Pradier. Et

– 140 – c’était ce jour-là même, mercredi (comme je l’ai appris ce ma-tin dans une PRESSE que j’ai trouvée par hasard).

Je ne saurais vous dire combien cette mort m’a été dou-loureuse. – On ne s’aperçoit que l’on aime les gens que le jour qu’on les perd. Depuis le commencement de la semaine la figure de Pradier ne me sort pas de la tête. Je ne puis croire que je ne le verrai plus. Dites bien à John combien je le plains. J’ai passé par tout ce qu’il éprouve. Le voilà seul maintenant et chargé d’un nom qui ne périra pas. Ce nom restera comme celui du plus grand statuaire de son siècle. – Ce sera toujours pour moi un grand honneur que d’avoir connu cet homme illustre. Et mieux que cela une grande douceur que de me rappeler l’amitié qu’il m’a constamment témoignée. Je ne peux rien pour son fils, mais s’il a jamais besoin de moi plus tard, il me trouvera. À la fin du mois pro-chain j’espère vous voir et l’embrasser tendrement.

Et vous, chère Madame, que devenez-vous au milieu de tout cela ? Y a-t-il quelque chose de changé dans votre vie ? Thérèse va-t-elle entrer à Saint-Denis comme Mme d’Arcet me l’écrit ? Est-ce que Charlotte ne devait pas en sortir cette année ? – Écrivez-moi une longue lettre où vous me donne-rez de plus amples détails.

***

Vous êtes bien bonne de m’avoir gardé le lévrier, et puisqu’il est si beau je l’accepte de grand cœur et tout de suite. Vous pouvez l’envoyer par le chemin de fer à l’adresse de mon frère à l’Hôtel-Dieu en m’écrivant le jour, je l’enverrai chercher.

 

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