Correspondance - Tome II

Gustave Flaubert · Chapitre 19 sur 50

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Correspondance - Tome II

À Louise Colet .................................................................. 36

À LOUISE COLET

[Paris,] 1 heure du matin.

[9 janvier 1852.]

La Banque que j’avais projetée échoue ; mon compte fait et ma place payée il me restera 3 francs. Il m’en aurait fallu au moins une dizaine. J’en suis vexé. Enfin !… c’eût été de l’argent agréablement jeté par la fenêtre ! et j’en ai tant jeté sottement.

Adieu, pauvre cœur, adieu. J’ai entendu tout à l’heure le bruit de tes deux portes se refermer. Demain soir je serai là-bas ; je ne sortirai plus de chez toi comme tous ces jours-ci. Quand tu liras ce billet je serai déjà rentré dans ma longue vie habituelle.

Adieu, ne te décourage pas. Grandis de plus en plus. L’orgueil est un dur consolateur, mais il console.

Adieu encore, je t’embrasse de tous mes membres et de toute mon âme. Ton G.

 

À LOUISE COLET

[Croisset,] lundi matin, midi.

[12 janvier 1852.]

Calmons-nous, ma chère enfant. – Le pronostic du serre-papier a menti jusqu’à présent du moins. Il n’y a rien de bri-

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Tu recevras mes ms. probablement demain soir. Le pa-quet est fait et parti.

Bouilhet a été très sensible à ta lettre. Il viendra avec moi à mon prochain voyage et je te présenterai ce jeune drôle.

À la fin de la semaine je t’écrirai. J’ai bien du mal à me remettre au travail. Ces 15 derniers jours de repos m’ont tout à fait dérangé. Pour le moment mon sujet me manque entièrement. Je ne vois plus l’objectif. La chose à dire fuit au bout de mes mains quand je la veux saisir.

J’ai jeté les yeux sur l’Éducation avant-hier au soir. – Tu auras du mal à t’en tirer. – Il y a beaucoup de ratures qui sont à peine indiquées. Comme c’est inexpérimenté de style, bon Dieu ! Va, il faut que je t’aime bien pour te faire de pa-reilles confidences à cette heure ; j’abaisse mon orgueil litté-raire devant ton désir. – En somme tu verras que ce n’est pas raide.

Adieu, chère Louise. J’embrasse tes yeux.

À toi, ton

GUSTAVE.

 

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