Correspondance - Tome II
À Louise Colet .................................................................. 59
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Quels vers que ceux de l’ami Antony Deschamps !
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Oui, tu es pour moi un délassement, mais des meilleurs et des plus profonds. – Un délassement du cœur, car ta pen-sée m’attendrit. – Il se couche sur elle, comme moi sur toi. – Tu m’as beaucoup aimé, pauvre chère femme, et maintenant tu m’admires beaucoup et m’aimes toujours. Merci de tout cela. – Tu m’as donné plus que je ne t’ai donné, car ce qu’il y a de plus haut dans l’âme, c’est l’enthousiasme qui en sort.
Adieu, chère et bonne Louise, merci de ton fragment de la Chine. Un bon baiser sous ton col.
À LOUISE COLET
[Croisset,] lundi soir.
[16 février 1852.]
J’ai une occasion de faire revenir d’Angleterre tes auto-graphes ? Veux-tu que je dise qu’on me les rapporte ? Je crois que là-bas tu n’en tireras pas grand-chose, ou du moins il faudrait attendre peut-être bien longtemps. Réponds-moi donc là-dessus.
Schiller et Goethe ont été traduits par Marmier dans le format Charpentier.
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Tu peux dire au capitaine d’Arpentigny que la famille Fouet est dans les honneurs et la fortune. – Le papa est con-seiller à la Cour d’appel, le fils substitut et on vient d’épouser 60 000 francs de rentes, ou 30, mais enfin pas mal.
Sais-tu que le fin Sainte-Beuve engage Bouilhet à ne pas ramasser les bouts de cigares d’Al[fred] de Musset. – Dans un article où il louangeait un tas de médiocrités avec force cita-tions, c’est à peine s’il l’a nommé, et sans en citer un vers. En revanche beaucoup de coups d’encensoir à l’illustre M. Houssaye, à Mme de Girardin, etc. – Ce qu’il en dit est ha-bile au point de vue de la haine, parce qu’il passe dessus, comme sur quelque chose d’insignifiant. – Je n’ai jamais eu grande sympathie pour ce lymphatique coco (= Sainte-Beuve). Mais cela me confirme dans mon préjugé. – Il est pourtant d’ordinaire trop bienveillant pour que la chose vienne entièrement de lui. Il y a là-dessous quelque histoire, d’autant qu’il a été publié, il y a trois semaines environ, un article dans le Mémorial de Rouen, qui est de la même inspi-ration. C’est-à-dire louange de toute la Revue de Paris (sauf Maxime toutefois), à l’exclusion de Bouilhet, toujours écrasé par M. Houssaye qui se trouve dans les environs. Tu connais Sainte-Beuve, tu devrais bien nous savoir le fond de cette histoire-là. Je serais simplement curieux que tu causasses avec lui pendant quelque temps de Melænis, comme si tu n’avais pas lu son article. Il a paru dans Le Constitutionnel lundi dernier.
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Depuis que je suis parti de Paris, j’ai eu une fois cinq lignes de Du Camp, voilà tout. Il a écrit à Bouilhet qu’il était trop occupé pour écrire des lettres. Quand il voudra revenir
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à moi, il retrouvera sa place et je tuerai le veau gras et je crois que ce jour-là, elle lui semblera douce, car il s’achemine à de tristes mécomptes ; enfin !
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J’ai un Ronsard complet, 2 vol[umes] in-folio, que j’ai enfin fini par me procurer. Le dimanche nous en lisons à nous défoncer de la poitrine. Les extraits des petites éditions courantes en donnent une idée comme toute espèce d’extraits et de traductions, c’est-à-dire que les plus belles choses en sont absentes. – Tu ne t’imagines pas quel poète c’est que Ronsard. Quel poète ! quel poète ! quelles ailes ! C’est plus grand que Virgile, et ça vaut du Goethe, au moins par moments, comme éclats lyriques. – Ce matin, à 1 h[eure] 1/2, je lisais tout haut une pièce qui m’a fait presque mal nerveusement, tant elle me faisait plaisir. C’était comme si l’on m’eût chatouillé la plante des pieds. – Nous sommes bons à voir. – Nous écumons, et nous méprisons tout ce qui ne lit pas Ronsard sur la terre. Pauvre grand homme, si son ombre nous voit, doit-elle être contente ! Cette idée me fait regretter les Champs-Élysées des anciens. – C’eût été bien doux d’aller causer avec ces bons vieux que l’on a tant ai-més pendant que l’on vivait. Comme les anciens avaient ar-rangé l’existence d’une façon tolérable ! – Donc nous avons pour deux ou trois mois de dimanches enthousiasmés. – Cet horizon me fait grand bien et jette de loin un reflet ardent sur mon travail. – J’ai assez bien travaillé cette semaine. J’irai à Paris 5 à 6 jours dans trois semaines environ, lorsque je serai à un point d’arrêt. Adieu, je te baise les seins et la bouche.
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