Correspondance - Tome II

Gustave Flaubert · Chapitre 24 sur 50

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Correspondance - Tome II

À Henriette Collier ....................................................... 51

J’ai repensé au père d’Arpentigny. C’est une bonne balle, son système est curieux et j’ai envie de le connaître à fond.

Aujourd’hui dimanche tu vas avoir ta petite société. – Je ne sais pourquoi j’ai idée que le jeune Simon est amoureux de ta seigneurie. Il doit aspirer à l’épaule, comme le nez du père Aubry à la tombe. – (pour, de là, s’élancer au paradis).

Je m’en vais écrire un mot à Maxime, dont je n’entends pas plus parler que s’il était mort. Je ne sais s’il est encore à Coutances ou de retour.

Adieu, chère femme, toutes sortes de baisers.

À toi. G.

 

À HENRIETTE COLLIER

Croisset, 1er février

[nuit du 31 janvier au 1er février 1852].

Est-ce que vous m’oubliez, chère Henriette ? Je vous avais écrit, lors des derniers événements de décembre. Ma lettre, sans doute, se sera alors perdue. Il n’y avait point à cette époque grande sécurité pour les correspondances.

 

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Êtes-vous malade comme j’en ai peur ? Que Clemy soit donc assez bonne pour me donner de vos nouvelles.

Je vous avais parlé de l’album de Mme Colet. Je sais que vous avez été le retirer de chez le libraire et je vous en re-mercie bien. Si vous ne trouvez pas à le vendre avantageu-sement en totalité ou en partie, renvoyez-le-moi, par l’occasion que vous jugerez la plus sûre, ou par la poste tout simplement. Je vous recommande la chose bien précieuse-ment. – Par suite de la suspension des journaux toute la pauvre gent de lettres se trouve maintenant dans la gêne. Si vous saviez quelle misère en France ! La propriétaire de cet album serait bien heureuse si vous pouviez en tirer quelque argent. Je vous en serais bien reconnaissant pour moi, ce se-rait une bonne action.

Tout est triste ici. Le temps, les hommes, les choses, – beaucoup de brouillard et la haine dans tous les cœurs. Pourquoi rester dans sa patrie ? pourquoi ne peut-on pas al-ler vivre dans quelque beau pays aimé du soleil loin de toute politique avec ceux qu’on aime ? – Me voilà revenu à Crois-set. J’y travaille tout seul, et beaucoup. – Si je suis content du livre que je fais maintenant, je le publierai l’hiver pro-chain et vous l’enverrai. – Vous le liriez en pensant à moi. Y pensez-vous quelquefois ? Êtes-vous comme toutes mes vieilles affections qui me quittent une à une (comme mes cheveux) ? Les unes s’en vont par la mort, d’autres par l’indifférence. On ne revient pas plus de l’une que de l’autre. Hélas ! non, n’est-ce pas, chère Henriette, vous me restez, mon souvenir ne vous abandonne pas. Vous pensez quelque-fois comme je le fais, à nos pauvres après-midi du Rond-Point déjà si loin… si loin.

 

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