Correspondance - Tome II
Dimanche. .................................................................................. 81
Adieu, je vais me coucher ; à demain.
Ô ! dieu des Songes, fais-moi rêver ma Dulcinée ! As-tu remarqué quelquefois le peu d’empire de la volonté sur les rêves ? comme il est libre, l’esprit, dans le sommeil, et où il va !
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Dimanche.
J’ai écrit à Pradier pour le concours dès lundi dernier. Quant à Sénard, je le connais trop peu pour lui rien recom-mander. Je ne l’ai vu que deux fois et dans des visites payées, pour les affaires de mon beau-frère. Je connais ses gendres, mais les ricochets n’iraient pas jusque-là.
Je crois du reste qu’il connaît peu d’académiciens. Sa société était celle de l’archevêque de Paris et de Cavaignac, l’année dernière. Quant à Berryer, ils doivent être mal en-semble. Je voudrais bien que tu réussisses, j’y attache une idée superstitieuse, puisque j’y ai travaillé un peu moi-même. Fasse le ciel que je ne t’aie pas porté malheur !
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Voici le résultat de notre délibération relativement à ton article.
Ces messieurs de là-bas sont évidemment peu gracieux pour nous. Malgré les belles promesses d’articles, etc., rien ou presque rien n’a eu lieu. Gautier, qui en devait faire un dans La Presse, n’en a pas fait et n’en fera pas. Du Camp se doute qu’il se passe entre toi et Bouilhet quelque chose. Ton article pour lui viendrait évidemment de nous trois. – Et quoique certainement il n’oserait ostensiblement s’en mon-trer piqué, il serait choqué que nous ayons fait cela sans lui. Gautier, de son côté, serait médiocrement réjoui de voir l’éloge de Melænis imprimé à son insu dans son journal avec force citations, car il a dit que Girardin lui défendait de citer des vers. – Il faut accepter les blagues telles qu’on vous les donne, jusqu’au moment où l’on en a un nombre suffisant pour les ramasser en bloc et vous les rejeter à la figure. – Max sera seul cet été à la Revue, sans influence artistique supérieure. – Nous verrons ce qu’il fera alors, et s’il est com-plètement perdu pour nous, ce que je pense à peu près. – D’ici là, Bouilhet ne veut lui donner aucune prise à rien, qu’il ne puisse articuler aucun grief contre lui, même en dedans, qu’il se croie toujours le patron, et le fil conducteur de cette électricité qu’il ne conduit pas du tout. – Comprends-tu bien ce que nous voulons dire ? Bouilhet ne sait comment te re-mercier, et s’excuser de refuser ton service. Je me suis char-gé d’entortiller la chose de précautions oratoires. Quoique je n’aie pas été d’abord de son avis, je le crois en effet plus prudent, et plus fort au fond. Ainsi, attendons jusqu’au bout. Quant à lui, je suis curieux du dénouement et je le présage pitoyable. Merci donc, pauvre chère amie. Nous t’envoyons un tas de baisers de reconnaissance, et me séparant de la dualité, je t’en envoie tout seul d’autres, d’une autre nature.
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