Correspondance - Tome II
À Louise Colet .................................................................. 28
J’ai laissé sans doute quelque bon souvenir en vous. Je me flatte que ma lettre sera bien reçue. Vous trouverez aussi en la personne que je vous recommande les qualités morales les plus solides – qui la faisaient apprécier par tout ce que le monde artistique de Paris a de meilleur. C’est du reste un su-jet sur lequel je ne puis m’étendre, puisque ma lettre vous sera remise par elle-même. Mais soyez convaincu que ma recommandation est complètement sérieuse.
Et vous ? que devenez-vous ? Vous devriez venir à Paris, cet été. Êtes-vous mort ou encore en vie ? J’ai appris que Fagniart était retourné à Constantinople. Donnez-lui une bonne poignée de main de ma part. Que devient Kosielski ? Pourquoi ne nous écrit-il pas ?
Adieu donc, je compte sur vous et, en attendant le plai-sir de nous retrouver ensemble, soit ici à fumer des cigares sur l’asphalte, ou à l’hôtel Deshuniana (?) à humer des narghilés, je vous embrasse.
À LOUISE COLET
[Paris,] mercredi midi. [17 décembre 1851.]
Il fait un froid atroce. Je ne pourrais vous voir que vers 3 h 1/2 pour vous quitter à 5 h 1/2. Je reste chez moi et je viendrai vous voir demain au soir de bonne heure.
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Sacré nom de Dieu ! l’héritage ! Faites-moi penser à vous en parler. Il y a peut-être quelque chose à faire néan-moins.
« Le Paradis en ce monde se trouve sur le dos des che-vaux, dans le fouillement des livres ou entre les deux seins d’une femme » (Poésie arabe contemporaine). N’est-ce pas que c’est très joli cela ?
Je lis en ce moment un livre de Daumas sur les chevaux du Sahara, qui m’intéresse énormément. Pauvre Orient, comme j’y pense ! J’ai un désir incessant et permanent de voyage. Cet affreux froid l’augmente. Je voudrais vivre aux bougies, ou mieux aux lanternes chinoises, dans un appar-tement chauffé à 30 degrés, sur des tapis peints comme des parterres… Par le temps qui court, où se réfugier, si ce n’est en ces rêves ?
Adieu, chère bonne femme aimée, à demain. Tenez-vous les pieds chauds et le cœur tranquille.
À
toi.
G.
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