Correspondance - Tome V
À Valérie Lapierre ........................................................... 22
À VALÉRIE LAPIERRE
[Paris,] 240, Faubourg-Saint-Honoré,
vendredi soir [18 février 1876].
Ma chère belle amie,
Quand nous aurons des Législateurs, vous verra-t-on ? Il nous ennuie de vous ! L’abrutissement des élections sera fini dimanche soir. Alors j’espère que les bons amis de Rouen ou pour mieux dire nos seuls amis de Rouen viendront un peu dans la Capitale, ne serait-ce que pour voir les Nouveautés (au nombre desquelles je ne suis pas !).
Mme Brainne m’a écrit… enfin ! il y a une huitaine de jours, et elle me dit que vous irez peut-être la rejoindre au « rivage du More » selon l’expression de notre immortel Béranger, est-ce vrai ?
Quant à votre ami, il a terminé son petit conte et il en prépare un autre. Après quoi, il se remettra probablement à son grand bouquin laissé inachevé, cet automne. – Ma nièce me tourmente toujours par sa santé. Cependant depuis qu’elle prend des douches elle me paraît se fortifier un peu ?
Révolution dans mon ménage ! Mon larbin Émile m’a annoncé ce matin qu’il quittait mon service parce que je ne suis « plus aimable pour lui » (sic). Cette décision, due à sa femme, me contrarie beaucoup ! – c’est presque un chagrin, en tout cas un désagrément de plus dans ma triste existence ! où la gaîté manque totalement, mais totalement !
On ne parle que de L’Étrangère ! Les avis sont partagés. – Et somme toute, l’idole commence à avoir de nombreux sceptiques.
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Pensez un petit peu à moi. Et envoyez jusqu’ici un de ces petits billets qui sentent bon, et qui sont si aimables, enfin qui vous ressemblent.
Votre vieux ST POLYCARPE
qui vous aime.
N.B. – Et qui rugit de plus en plus devant l’indestructible personnalité du sieur Taillet ! – Après le Comité Taillet, on aura le citoyen Taillet lui-même !
Oh ! j’ai assez vécu !
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Oui, j’ai été abreuvé pendant ma jeunesse par l’existence du Comité Taillet ! – et le re-Taillet accélère ma décrépitude !
Lui et Degouve-Denuncques ! quel parallèle ! Saprelotte !
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Allons ! sortez de la rue des Tonneliers et venez un peu ici vous retremper… dans un autre genre de bêtises.
Si ma lettre est stupide, c’est la faute des élections.
Arrivez pour dissiper ces vapeurs, pour nous apporter le soleil.
Comme je plains votre cher mari. Doit-il en avoir assez ! Embrassez-le pour moi – et qu’il vous le rende.
C’est embêtant de ne pas se voir plus souvent.
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