Correspondance - Tome V
George Sand à Gustave Flaubert ........................... 30
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
Nohant, 6 mars [1876].
Je t’écris en courant ce matin parce que je viens de recevoir de M. Perrin avis de la première représentation de la reprise du Mariage de Victorine une pièce de moi, au Théâtre-Français.
Je n’ai ni le temps d’y aller ni l’envie de partir comme cela au pied levé, mais j’aurais voulu y envoyer quelques amis et il ne m’offre pas pour eux une seule place. Je lui écris une lettre qu’il recevra demain et je le prie de t’envoyer au moins un orchestre. Si tu ne le reçois pas, sache bien que ce n’est pas ma faute. Il faut que je dise la même chose à cinq ou six autres personnes. Je t’embrasse donc en courant pour ne pas manquer le courrier.
Donne-moi des nouvelles de ta nièce et embrasse-la pour moi.
G. SAND.
À GEORGE SAND
[Paris,] mercredi, 1 h[eure, 8 mars 1876].
Succès complet, chère maître. On a rappelé les acteurs après tous les actes, et chaleureusement applaudi. On était content. Et de temps à autre des exclamations s’élevaient. Tous vos amis, venus à l’appel, étaient contristés que vous ne fussiez pas là.
Les rôles d’Antoine et de Victorine ont été supérieurement joués. La petite Baretta est un vrai bijou.
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Comment avez-vous pu faire Victorine d’après Le Philosophe sans le savoir ? voilà ce qui me passe ! Votre pièce m’a charmé et fait pleurer comme une bête, tandis que l’autre m’a assommé, absolument assommé. Il me tardait de voir la fin. – Quel langage ! Le bon Tourgueneff et Mme Viardot en écarquillaient des yeux, comiques à contempler.
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Dans votre œuvre, ce qui a produit le plus d’effet, c’est la scène du dernier acte entre Antoine et sa fille. – Maubant est trop majestueux et l’acteur qui fait Fulgence, insuffisant. – Mais tout a très bien marché. – Et cette reprise aura la vie longue.
Le gigantesque Harrisse m’a dit qu’il allait vous écrire immédiatement. Donc, sa lettre vous arrivera avant la mienne. – Je devais partir ce matin pour Pont-l’Évêque et Honfleur, afin de voir un bout de paysage que j’ai oublié. Mais les inondations m’arrêtent.
Ma nièce va mieux depuis qu’elle prend des douches.
Lisez donc, je vous prie, le nouveau roman de Zola, Son Excellence Rougon. Je suis bien curieux de savoir ce que vous en pensez.
Je vous embrasse bien fort.
Votre vieux
CRUCHARD.
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