Correspondance - Tome V
À Sa Nièce Caroline ........................................................ 84
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 28 parties.
Et quand vous aurez été la rejoindre, quand les arrière-petits-enfants des petits-enfants de vos fillettes auront été la rejoindre eux-mêmes, et qu’il ne sera plus question depuis longtemps des choses et des gens qui nous entourent, – dans plusieurs siècles – des cœurs pareils aux nôtres palpiteront par le sien ! On lira ses livres, c’est-à-dire qu’on songera d’après ses idées et qu’on aimera de son amour.
Mais tout cela ne vous la rend pas ! n’est-ce pas ? Avec quoi donc nous soutenir, si l’orgueil nous manque, et quel homme plus que vous doit avoir celui de sa mère !
Allons, mon cher ami, adieu ! Quand nous reverrons-nous maintenant ? Comme j’aurais besoin de parler d’elle, insatiablement !
Embrassez pour moi Mme Maurice, comme je l’ai fait dans l’escalier de Nohant, et vos petites.
À vous, du fond du cœur.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] nuit de lundi, 2 h[eures, 26-27 juin 1876].
Si je ne t’écrivais pas ce soir, ma pauvre fille serait plus de quatre jours sans avoir des nouvelles de Vieux, qui tient à lui donner le bon exemple. – En tout ! Oui, chérie, il faut se tenir le bec hors de l’eau, autant que possible. – Et quand on n’a pas de courage, faire semblant d’en avoir pour en donner aux autres. Ils vous le rendront à l’occasion. TU DOIS, par ta gentillesse, fortifier ton mari, dans ses moments de langueur.
– 84 –
Si le petit coin d’azur qui apparaît maintenant à l’horizon s’efface, il en reviendra un autre plus large, et la bourrasque sera finie.
Ernest a dû recevoir de moi ce matin une lettre lui disant que Lapierre connaît beaucoup M. F. Lévy. Et il est tout disposé à le voir à la fin de cette semaine. Ce même Lévy a contribué à l’arrangement des affaires de Girard, qui sera remis à flot très prochainement. Cette nouvelle m’a paru de bon augure.
En allant hier dîner chez nos bons amis de Saint-Sever (où je croyais trouver G. Pouchet qui n’a point comparu), j’ai fait 1° une visite à Mme Censier (en reconnaissance de celles qu’elle nous a faites l’été dernier). 2° J’ai contemplé un reposoir, rue Haranguerie, et 3° assisté au retour des Courses ! Spectacle pitoyable ! – Quelle triste ville que Rouen ! nom d’un nom ! quelle piètre localité.
Mon Moscove m’a écrit une lettre charmante où il me charge de présenter ses meilleurs souvenirs à Mme Commanville et à son mari. Il y a ici, pour vous, un billet annonçant la naissance d’un enfant de M. Léséleuc de Kérouara. – L’enfant est une fille, Yvonne, nom chic.
Et voilà tout, pauvre chat ! – Je me baigne dans la rivière, tous les soirs, puis je dîne en compagnie de Julio, tout en continuant à retourner mes phrases. Ta Nounou travaille roide et t’embrasse tendrement.
Encore un bécot.
GVE.
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À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] samedi midi [1er juillet 1876].
Je suis content d’apprendre le mariage de cette bonne Fanny. – Et, comme à toi, cette nouvelle m’a causé « une vive impression » (style facile vous épargnant la peine de chercher les mots et de savoir ce qu’on veut dire). Espérons qu’elle sera heureuse, que nous la verrons souvent et que l’amitié ne faiblira pas. – Je voudrais connaître le mari.
Ton projet va donc se réaliser : le voyage en compagnie de la chère Flavie. Tant mieux ! Mais tâche de ne pas t’exalter à Lourdes. Continue à réserver ta foi pour des choses plus élevées.
Si Ernest ne vient te trouver aux Pyrénées qu’à la fin de juillet, nous ne sommes pas près de nous voir, pauvre chat. Tu lui diras que Laporte connaît beaucoup un intime de M. F. Lévy (un certain M. Garnier qui est dans les Affaires, je ne me rappelle plus son métier). Juge-t-il à propos que Laporte lui écrive ? Deux relations valent mieux qu’une. Du reste, je crois que Laporte lui aura écrit spontanément, en rentrant hier à Couronne. Car le bon Laporte est venu me voir hier dans l’après-midi, pendant que Marguerite accouchait. Émile est dans le ravissement d’avoir un fils – joie que je comprends, que je trouvais autrefois très ridicule – et que maintenant j’envie. – Dans la jeunesse, on est vert et dur, on s’attendrit plus tard, et enfin l’on arrive à être blet comme une poire d’Édouin. Triste régal. Pourtant je ne suis pas encore trop avachi et je lutte comme un forcené contre les difficultés de mon Cœur simple, qui augmentent de jour en jour.
Tes explications sur les colis ne sont pas claires comme de l’eau de roche. Je tâcherai, cependant, de nous y
– 86 – conformer. Quant aux clefs, Émile les a toutes laissées à Paris, n’en a aucune ici. Cherche-les ! C’est Marguerite qui a empli les deux caisses dont tu parles. Quant à la 3e faite par Émile, elle n’en a pas. Il l’a ficelée.
Allons, adieu, – pauvre Loulou. Bon voyage. – Écris-moi donc sur du papier plus large. Pas tant de chic ! Les barres énergiques de ton écriture n’ont pas la place de s’étendre.
As-tu fait hier un agréable dîner chez Mme Brainne ? Lapierre a dû parler avec Comm[anville] de son ami Lévy ? etc.
Il est temps d’aller me plonger dans la Seine. Si ça pouvait me faire dormir ! Mais j’ai le bourrichon monté. La nuit, les périodes qui roulent dans ma cervelle, comme des chars d’empereur romain, me réveillent en sursaut – par leurs cahots et leur grondement continu.
Allons, encore un bon baiser de ta
NOUNOU.
IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT
Spasskoïé, gouv[ernemen]t d’Orel, ville de Mtsensk.
Mardi 23 juin [18]76.
4 juillet
Mon bon vieux,
Je vous écris d’ici à Croisset, d’un Patmos à l’autre. – J’ai reçu hier votre lettre, et vous voyez, je réponds sans tarder.
– 87 –
Oui, la vie de Mme Sand a été remplie, et cependant, en parlant d’elle, vous dites : la pauvre mère S[and]. Cette épithète s’applique bien aux morts – car après tout ils sont bien à plaindre, la mort étant une chose hideuse. – Je me rappelle les yeux de la petite Aurore : ils sont étonnants de profondeur et de bonté, et ils ressemblent en effet à ceux de la grand-mère. – Ils sont presque trop bons pour des yeux d’enfant.
Il paraît que Zola a écrit un long article sur Mme Sand dans sa revue russe ; l’article est très beau, mais un peu dur, dit-on. Zola ne peut pas juger Mme S[and] d’une façon complète. Il y a trop de distance entre eux.
Je vous vois roulant des yeux féroces devant M. Adrien Marx. Il faut une boue toute particulière pour faire pousser ces champignons-là.
Vous travaillez à Croisset… Eh bien, je vais vous étonner – jamais je n’ai travaillé comme je le fais depuis que je suis ici. – Je passe des nuits blanches, courbé sur mon bureau ! Je suis repris par l’illusion qui fait croire qu’on peut dire – non pas autre chose que ce qui a jamais été dit – (ça, ça m’est indifférent) – mais autrement ! – Et remarquez qu’avec cela je suis accablé de besogne, d’affaires d’argent, d’administration, de fermage, que sais-je ! – (À ce propos, je puis vous dire que tout n’est pas aussi mauvais que je l’avais cru au premier moment, et par parenthèse je suis enchanté de savoir qu’il y a un peu d’azur dans les affaires de votre neveu.) Mais S[ain]t Julien souffre de cette exubérance d’activité ; mon diable de roman s’est emparé de moi d’une façon envahissante. – Malgré tout, vous pouvez être tranquille : la traduction est déjà promise au n° d’octobre du Messager de l’Europe ; elle y paraîtra, ou je serai mort.
– 88 –
Je n’ai pas lu les articles de Fromentin, je n’ai pas lu le livre de Renan : je ne puis rien lire à présent – si ce n’est le journal que je reçois ici, qui me parle des affaires d’Orient et qui me fait rêver. – Je crois que c’est le commencement de la fin ! – Mais que de têtes coupées, de femmes, de filles, d’enfants violés, éventrés d’ici là ! – Je crois aussi que nous (je parle des Russes) – nous ne pourrons pas éviter la guerre.
Vous voudriez connaître l’aspect de mon habitation ? – c’est bien laid – tenez – voici quelque chose d’approchant :
Je ne sais si vous compreniez bien : c’est une maison en bois, très vieille, recouverte de planches, peinte à la détrempe d’une couleur lilas clair ; il y a une vérandah devant avec du lierre qui grimpe ; les deux toits (a et b) sont en fer et peints en vert ; le haut est inhabitable et les fenêtres sont clouées. – Cette maisonnette est tout ce qui reste d’une vaste habitation en fer à cheval – ainsi :
– 89 – qui a été brûlée en 1840 ; le x – c’est la maison que j’habite. – Hier soir, avec votre lettre dans ma poche, j’étais assis sur le perron de ma vérandah, et devant moi une soixantaine de paysannes, presque toutes vêtues en rouge et fort laides – (une seule excepté[e] : une nouvelle mariée de 16 ans qui venait d’avoir les fièvres – et ressemblait d’une façon surprenante à la Vierge de S[ain]t-Sixte à Dresde) – dansaient comme des marmottes ou des ourses, et chantaient avec des voix très âpres et dures, mais justes. C’était une petite fête qu’elles m’avaient demandé d’organiser – ce qui était du reste très facile : deux seaux d’eau-de-vie ; des gâteaux et des noisettes – et voilà. – Elles se trémoussaient, je les regardais faire et me sentais horriblement triste. –
La petite Vierge de S[ain]t-Sixte se nomme Marie, comme de juste.
En voilà assez. – Je vous écrirai encore avant de partir d’ici. En attendant, je vous embrasse bien fort.
Votre vieux
J. TOURGUENEFF.
P.-S. Je trouve que comme couleur de paysage – tout est pâle ici – le ciel, la verdure, la terre – une pâleur assez chaude et dorée – ce ne serait que joli, si les grandes lignes, les grands espaces uniformes n’y mettaient de la grandeur.
– 90 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] samedi 8 juillet [1876], 5 h 1/2.
Pauvre Loulou,
Je me doutais bien que tu ferais un voyage pénible, jeudi, à cause de l’extrême chaleur, et que ma poulotte arriverait quasi liquéfiée dans la patrie de Rabelais. – Donne, de ma part, une pensée de respect et d’adoration devant la maison qu’on montre pour la sienne.
La description que tu me fais de celle où tu gîtes
présentement est alléchante. Un tel lieu doit plaire à un =
(artiste) comme toi. – As-tu emporté un album, de quoi faire un croquis en voyage ?
Quant à moi, je n’ai rien à te dire. C’est demain qu’a lieu le baptême de M. Colange fils. La mère, l’enfant et le père se portent bien.
J’ai eu la visite, avant-hier, du bon Sabatier. Il reviendra me voir la semaine prochaine.
En voulant remonter la marée, il y a huit jours (et elle était violente), Monsieur Vieux s’est donné un effort dans la hanche gauche. Pendant plusieurs jours j’en ai boité. Maintenant il n’y paraît plus. Et hier j’ai recommencé mes exercices natatoires, mais avec plus de modération.
Je travaille beaucoup, cependant je n’avance guère. Croirais-tu que, depuis 3 semaines, j’ai fait… 7 pages ! – et mes journées sont longues pourtant ! – N’importe ! je crois que ça ne sera pas mauvais ? Mais dans le commencement, je m’étais emballé dans trop de descriptions. J’en enlève de charmantes. La Littérature est l’art des sacrifices.
– 91 –
M. Duhamel, le nouveau locataire, est venu me faire une visite. C’est un bourgeois de bonnes manières. Il désire qu’Ernest lui signe son bail. Mais je ne vois pas venir ton mari ?
J’ignore absolument ce qui se passe dans le monde, ne recevant aucun journal et n’en sentant pas le besoin. Quelquefois seulement, Émile me prête Le Petit Moniteur quand il y trouve une chose qu’il croit intéressante pour son maître.
Parle-moi donc de Fanny. L’as-tu vue avant ton départ ? Connais-tu son époux ? Maintenant, elle va faire tout à fait partie de la Haute – sujet de considération pour l’oie.
Quand est-ce que cette bonne Flavie vient te retrouver ?
Fais toutes mes amitiés à Mme de La Chaussée et embrasse pour moi Mlle Jane.
Adieu, pauvre chère fille.
Un bon bec de ta
NOUNOU.
À LÉONIE BRAINNE
[Croisset,] nuit de samedi 8 juillet [8-9 juillet 1876].
Où êtes-vous, maintenant, chère belle ? pas encore partie, j’espère ? Henri m’a dit (il me semble) que vous ne devez pas vous mettre en route avant le 19 ? – à moins que ce soit le 9 ? Dans ce cas, ma lettre vous arrivera peut-être à temps, pour vous donner le baiser d’adieu, le souhait de bon voyage.
– 92 –
Allez-vous mieux ? Ma nièce m’a écrit qu’elle avait fait chez vous un dîner fort aimable. – Parbleu ! je le crois bien ! Il n’y a pas de maison gentille comme la vôtre. La nourriture y est parfaite et l’amphitryonne si alléchante ! – Mais tout cela ne me dit pas ce que devient le dedans de la chère amie.
J’ai trouvé votre fils en meilleur état physique que je ne m’y attendais. Quant au reste du jeune homme, sur quoi vous me posez des questions à la fois vagues et profondes, que vous dirai-je ? Il m’a paru ahuri, incertain, ou plutôt distrait (cela vient peut-être de sa surdité, pauvre gamin !). Il n’a pas l’air d’être à ce qu’on lui dit. Êtes-vous sûre qu’il n’ait pas une grande passion quelconque, une idée fixe ? Peut-être s’inquiète-t-il de sa santé ? – Je l’ai trouvé, d’ailleurs, très différent la seconde fois que je l’ai vu, le lendemain chez sa tante, – différent en mieux. – En résumé, je crois que nous voulons pousser l’analyse trop loin. Les garçons à cet âge-là sont si bizarres, si poseurs ! et il se passe dans leur cervelle des choses inexplicables. – Attendons.
Quant à votre saint Polycarpe, il va bien, et même parfaitement. Je travaille beaucoup, je me baigne tous les jours. Je ne reçois aucune visite, je ne lis aucun journal, – et je vois assez régulièrement se lever l’aurore (comme présentement), car je pousse ma besogne fort avant dans la nuit, les fenêtres ouvertes, en manches de chemise et gueulant, dans le silence du cabinet, comme un énergumène ! –
Si vous voulez savoir des nouvelles de mon intérieur, vous apprendrez que mon larbin Émile est père d’un fils. – Sa joie, quand sa femme lui a fait ce cadeau, était curieuse à voir. Autrefois je ne l’aurais pas comprise. Maintenant, c’est différent ! J’étais né avec un tas de vertus – et de vices auxquels je n’ai pas donné cours. – Je le regrette.
– 93 –
À propos d’enfants notre amie Mme Pasca doit être affligée par la mort de Mlle de Poilly ? Je ne l’ai jamais vue. Mais la princesse Mathilde m’a dit qu’elle était d’une beauté exceptionnelle. J’ai rencontré deux ou trois fois sa mère, sans lui parler. Cette plantureuse femme doit être sensible ? – Je la plains bien.
Si par hasard vous restiez à Paris quelques jours encore et que vous vissiez (comme j’ai un joli style, hein !) et que vous vissiez, dis-je, le sieur G. Pouchet, dites-lui que je l’attends, lui, et encore plus des renseignements sur les maladies des perroquets.
Je vous embrasse à deux grands bras, en vous baisant sur les deux joues et où il vous plaira.
Du fond du cœur,
votre GVE.
À ERNEST COMMANVILLE
[Croisset,] lundi, 2 h[eures, 10 juillet 1876].
Je cherche à qui j’ai entendu (et j’entends souvent ?) parler du comte Serrurier ? Certainement, je connais quelqu’un qui le connaît, mais qui ? Il me semble que c’est Jules Laurent, notre cousin. Pourquoi le souvenir de Laurent me vient-il à propos de lui ? – Voyez donc Gautier, il doit le connaître ? Si j’étais à Paris, en une journée j’en aurais le cœur net. – Mais il est trop tard maintenant pour aller aux informations, puisque votre rendez-vous est pour après-demain.
– 94 –
Ah ! saprelotte, mon cher ami, si ça pouvait donc être vrai ! Vous avez peur que « ce ne soit encore un château de cartes ». Cependant, vous me dites que M. Serrurier a accepté la présidence, et que vous avez rendez-vous mercredi « pour fonder l’affaire », c’est donc bien avancé ?
Je m’étonnais de votre silence, tous ces jours-ci, et j’attendais de vos nouvelles impatiemment. Votre lettre de ce matin m’a fait grand plaisir, pas n’est besoin de l’affirmer. Serrurier ce serait encore plus chic que le père Legros. Puisqu’il a accepté la Présidence (car vous soulignez le mot) il vous trouvera de l’argent, parbleu !
Lapierre m’a écrit ce matin qu’il partait jeudi pour Royat et viendrait ce soir me demander à dîner. Il doit connaître Serrurier ? mais je garderai le silence puisque vous l’ordonnez. – Je suis sûr que quelqu’une de mes
connaissances assez intimes, la Princesse, R[aoul]-Duval, ou Mme Perrot le connaît ?
Demandez donc cela à R[aoul]-Duval ou à Gautier. Une course ne peut pas nuire.
Si vous avez, d’ici à mercredi soir, quelque chose de nouveau, faites-le-moi savoir par lettre ou télégramme. Qui est-ce que d’Agiout ? – Enfin vous devez comprendre, mon bon, qu’avec mon joli petit tempérament nerveux, je grille. Mais ça ira bien, je le sens.
Notre chère Caro m’a écrit samedi qu’elle était arrivée à Chinon, en pièces, ou plutôt à l’état de liquide. Mais que dès le lendemain il n’y paraissait plus.
Votre locataire Duhamel attend avec impatience la signature de son bail.
– 95 –
Allons ! Arrivez-moi vite, et avec une ou plutôt avec la bonne Nouvelle.
Je vous embrasse.
Votre VÉNÉRABLE ONCLE.
N.B. Faites donc moi le plaisir de prendre dans le livret du salon l’adresse de Fromentin, j’ai une lettre à lui écrire et j’ignore où il loge.
À GEORGES PENNETIER
[Croisset, 12 juillet 1876.]
Mon cher ami,
Serez-vous à Rouen samedi prochain tout l’après-midi ? – vers 3 ou 4 heures ? et où vous trouverai-je ?
J’aurais besoin de voir des perroquets et d’avoir sur eux le plus de détails possible, de connaître un peu leurs maladies et leurs mœurs.
Un petit mot de réponse, n’est-ce pas, et tout à vous.
Croisset, mercredi 12 j[uillet].
– 96 –
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] nuit de mercredi [12-13 juillet 1876].
Mon cher ami,
Je n’ose pas vous indiquer un jour pour venir ici prendre un repas quelconque, parce que mon larbin Émile perd la boule à l’occasion de son fils qu’il a baptisé dimanche et qui est peut-être mort maintenant ? Il passe les trois quarts de son temps à Rouen près de son épouse.
J’ai vu Lapierre lundi. Il m’a paru calmé, mais vous garde rancune. Je vous conterai ça.
Autre guitare. La souscription Bouilhet paraît devoir revenir sur l’eau. Le 23 courant, nous avons réunion. Voulez-vous que je vous propose pour remplacer un des membres morts, Guérard ou le père Clogenson ?
Samedi prochain j’irai à Rouen voir M. le maire et au Muséum d’histoire naturelle visiter des perroquets empaillés. J’approche de la fin de ma petite bougrerie, laquelle n’est point commode.
Faites-moi penser à vous donner des détails gigantesques sur votre ami Boucherot.
Je travaille beaucoup et redoute le monde.
Ce n’est point dans les bals que l’avenir se fonde !
(Camille Doucet.)
Adieu, mon cher vieux. À bientôt, n’est-ce pas ? Et d’ailleurs quand j’aurai fini le passage où je barbote, j’ai idée, pour m’en récompenser, d’aller dîner chez vous. Ce sera dans huit ou dix jours, je pense.
Votre GÉANT.
– 97 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] vendredi, 6 h[eures, 14 juillet 1876].
Mon pauvre chat,
Comme je suis content pour toi que la bonne Flavie soit maintenant tout près de ta personne. Vous allez avoir des heures d’épanchement qui vous seront douces.
J’ai gardé un souvenir très vague de Chinon. D’après ce que tu m’en dis, c’est un pays en sucre ? Tu as bien fait de défendre le grand sheik, le patriarche de toute la littérature française depuis 300 ans, l’incomparable bonhomme ayant nom Rabelais. – Ah ! les bourgeois ! – y compris les bourgeoises !…
Leur bêtise va parfois jusqu’à l’homicide. Hier on a retiré de l’eau à Dieppedalle un homme qui n’était pas tout à fait noyé. M. Hardel prodiguant ses soins l’a fait pendre par les pieds pour qu’il dégorgeât son eau, – ce qui l’a achevé net.
Autre mort : celle du petit enfant de Marguerite. – Elle est revenue hier soir et est désolée, ainsi que son mari.
Le tien a couché cette nuit à Croisset, et est reparti ce matin.
Pas n’est besoin de te dire que dimanche j’attendais avec bien de l’impatience la venue du facteur ! Puisque c’est demain à 10 heures que doit avoir lieu la fameuse réunion, Ernest me paraît plein de prudence. Quoi qu’il advienne, il faut qu’il aille tout de suite aux Eaux-Bonnes. Il me semble qu’il en a besoin, plus que jamais.
– 98 –
Demain j’irai à Rouen pour voir des perroquets empaillés, et M. le maire, car la souscription Bouilhet revient sur l’eau.
Rien de neuf.
Je travaille beaucoup et redoute le monde.
Ce n’est point dans les bals que l’avenir se fonde.
(Camille Doucet.)
Pour écrire une page et demie je viens d’en surcharger de ratures douze ! M. de Buffon allait jusqu’à quatorze !
Encore un mois de cet exercice, puis je le recommencerai, à propos d’Hérodias !
Quand vous embarquez-vous pour Lourdes ? Pas trop d’exaltation !
Et pense toujours à ta vieille
NOUNOU,
qui te chérit et t’embrasse.
Putzel va très bien et ne me quitte pas.
À ERNEST COMMANVILLE
[Croisset, 16 juillet 1876.]
Depuis votre seconde visite ici, je n’avais pas un trop bon pressentiment. Aussi la lettre de ce matin m’a-t-elle peu étonné.
– 99 –
Dagiout m’a l’air d’un farceur ? et je crois, mon bon, que vous ferez bien de vous en méfier. Pourquoi le bon Serrurier n’est-il pas venu ? tout cela m’a l’air suspect ? Attendons !
Je n’ai absolument rien à vous dire. Le Diable m’emporte, si je sais pourquoi je vous écris.
Quoi qu’il advienne, ne reculez pas votre départ, et tenez-moi au courant.
Pas de découragement ! ça se fera ! mais quand ?
À vous, votre oncle qui vous aime.
Dimanche, 7 h[eures].
Le Crédit industriel était donc une pure blague ?
Ce qui ne l’est pas, c’est la chaleur ! nom d’un nom, doit-on suer à Paris ! que de bocks !!!
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] lundi soir [17 juillet 1876].
Mon vieux lascif,
Je vous attends jeudi à 11 heures pour déjeuner. C’est convenu, n’est-ce pas ?
Vous recevrez une lettre de convocation (pour la souscription Bouilhet) pour dimanche prochain à 1 heure chez Galli, dentiste, place des Carmes.
– 100 –
À vous. Votre
Comme on chauffe les calorifères à l’Hôtel des Farces par cette température ! Et tous les poêles sont rouges, etc.
À Ernest COMMANVILLE
[Croisset,] mercredi, 1 h[eure, 19 juillet 1876].
Voici la lettre pour Cernuschi. Allez-y, et dites-moi ce qui en sera.
Eh bien ? et Serrurier ? on n’a pas vu son ombre ? Dagiout m’a l’air d’un farceur.
Si vous venez dimanche, je suppose que ce sera par le train du matin ? Dans ce cas je vous attends pour déjeuner. – Il faudra que je sois à Rouen à 1 heure chez Galli pour la souscription Bouilhet. – J’ai envie de ramener avec moi Mlle Julie.
Quand vous écrirez à Caro, vous lui direz que je me plains de la rareté de ses lettres.
Je vous attends plutôt samedi soir par le dernier train ?
Je vous embrasse.
GVE.
Putzel schlingue d’une façon fantastique.
– 101 –
À EUGÈNE FROMENTIN
[Croisset, 19 juillet 1876.]
Mon cher ami,
Vous avez bien fait de m’envoyer votre livre car je l’ai lu avec un plaisir infini. Si vous pouviez voir mon exemplaire, les nombreux coups de crayon mis sur les marges vous prouveraient qu’il est pour moi une œuvre sérieuse.
Comme c’est intéressant ! Et que cela est rare un critique parlant de ce qu’il sait ! Je n’ai pas l’outrecuidance d’apprécier vos idées en fait de peinture, ni [de] les discuter, bien entendu, parce que 1° je ne suis pas du bâtiment et que 2° je n’ai pas vu les tableaux dont vous parlez. Je me borne donc à ce qui est de ma compétence : le côté littéraire – lequel me paraît considérable.
Je ne vous reproche qu’une chose : un peu de longueur, peut-être ? Votre livre eût gagné en intensité si vous eussiez enlevé quelques répétitions, la Littérature étant l’art des sacrifices.
Deux figures dominent l’ensemble, celle de Rubens et celle de Rembrandt. Vous faites chérir la première, et devant la seconde on reste rêveur.
Voici la première fois que je rencontre des phrases telles que celle-ci : « Dans le grand blanc, le cadavre du Christ est dessiné par un linéament mince et souple, et modelé par ses propres reliefs, sans nul effort de nuances, grâce à des écarts de valeurs imperceptibles. » Une merveille de précision et de profondeur ! –
Le passage p. 189-192 mériterait d’être inscrit sur les murs pour l’édification de tous ceux qui se sentent artistes.
– 102 –
Il faut être d’une certaine force pour comprendre ce que vous dites sur l’insignifiance du sujet (p. 201 et sq.). – Rien n’est plus juste ! Mais c’est une vérité qui aura bien du mal à s’établir dans les caboches épicières et utilitaires de nos contemporains.
Quel esthéticien vous faites ! p. 225 : « On se convaincrait… et qu’il y a de très grandes lois dans un petit objet… » Et p. 235 : « L’individualisme des méthodes n’est à vrai dire que l’effort de chacun pour imaginer ce qu’il n’a point appris. La soi-disant originalité des procédés modernes cache au fond d’incurables malaises. » Sentences classiques ! – Un peintre doublé d’un écrivain pouvait seul écrire la p[age] 351 sur le clair-obscur : « c’est la forme mystérieuse par excellence, etc. ».
Quant à vos descriptions de tableaux, on les voit !
Enfin, mon cher ami, vous avez fait un livre qui m’a charmé. Et comme j’ai la prétention de m’y connaître, je suis sûr qu’il est bon.
Merci du cadeau.
Je vous serre les mains fortement.
Tout à vous.
Croisset près Rouen, 19 juillet.
***
Votre bouquin adressé à Paris y est resté longtemps, avant de me parvenir ici. Telle est la cause de mon tardif remerciement.
– 103 –
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset,] mercredi 19 juillet [1876].
Eh bien, et ce petit cœur, que devient-il ?
Et puis le v[it] ? et puis le cerveau ?
Donnez-moi de vos nouvelles, n’oubliez pas votre vieux
qui travaille d’une façon gigantesque ! Tous les jours je vois se lever le soleil. Je ne reçois personne, ne lis aucun journal, ignore absolument ce qui se passe dans le monde, – et gueule, dans le silence du cabinet, comme un énergumène.
J’aurai fini mon Perroquet à la fin d’août, puis me mettrai à Hérodias.
N’imitez pas mon laconisme, c’est-à-dire envoyez-moi une vraie épître.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset, 20 juillet 1876.]
Eh bien, voilà une jolie conduite ! – Pas de lettres depuis huit jours ! J’aime à croire que tu n’es pas malade ? Mais ce n’est pas bien de laisser si longtemps sans nouvelles sa pauvre
NOUNOU qui t’embrasse.
– 104 –
Laporte est venu ce matin déjeuner ici, et il a porté de lui-même un toast en ton honneur.
J’irai à Rouen dimanche pour la souscription de Bouilhet.
Mlle Putzel schlingue tellement qu’il n’y a plus moyen d’y tenir.
Tels sont tous les événements.
Mais où es-tu ? À Chinon ? en route ? à Tarbes ? à Lourdes ?
***
Jeudi soir, 6 h[eures].
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] samedi, 6 h[eures, 22 juillet 1876].
Ah ! enfin ! une lettre de la chère fille, et qui commence par des excuses. Donc, je me tais. Mais il ne faut pas croire, mon Loulou, que la Littérature m’absorbe au point de t’oublier. N’es-tu pas ce que j’ai de plus cher au monde ! – Je voudrais tant te voir heureuse ! Tu me dis que, dans tes promenades champêtres, tu te livres à la rêverie. Mauvaise occupation ! très mauvaise !
Autant que possible, il ne faut jamais rêver qu’à un objet en dehors de nous. Autrement on tombe dans l’océan des tristesses. Crois-en un vieux plein d’expérience.
Ce soir Ernest va venir coucher ici et y passera la journée de demain. J’ai peur de le trouver démoralisé par
– 105 – ses échecs successifs. – Mais la saison d’été est mortelle pour les affaires. Il n’y a personne à Paris, maintenant. Qu’il aille bien vite se soigner aux Eaux-Bonnes. À son retour, il n’en aura que plus de force car il ne faut pas abandonner la partie. Là est son devoir. Moi aussi, je lâche le grand mot à l’occasion.
Et voilà le pèlerinage de Lourdes manqué. Ce doit être une grande peine pour Flavie ? et j’en suis fâché pour toi, puisque vous allez bientôt vous quitter.
J’ai reçu de Mme Brainne une lettre très spirituelle où elle me fait une description des énormités qu’elle voit à Marienbad et des prodiges de dégraissement qui s’y opèrent, – ajoutant que si je l’avais accompagnée j’aurais eu, là, une belle occasion de perdre mon ventre.
J’en ai reçu ce matin une autre de mon disciple Guy, et je vais lui répondre par une lettre sévère. Le jeune homme s’amuse trop. Il ferait mieux de lire Rabelais – que je relis (encore) depuis que tu es à Chinon.
Demain à midi, le bon Laporte vient me prendre pour aller à Rouen à la réunion qui se tiendra chez Galli. Je l’ai fait nommer (Laporte) membre de notre souscription.
Hier soir j’ai été emprunter un livre à Fortin. Mon Dieu ! que sa petite femme est dinde ! Peut-on passer sa vie avec des êtres aussi nuls !
Mardi, j’ai eu à déjeuner Pouchet et Pennetier. Il y a huit jours j’avais été au Muséum lui demander des renseignements sur les Perroquets, et actuellement j’écris devant un « amazone » qui se tient sur ma table, le bec un peu de côté et me regardant avec ses yeux de verre. Mon intention est de ramener demain Mlle Julie.
– 106 –
Voilà tout, pauvre chat. Je continue à travailler ferme. Mon Cœur simple sera fini à ton retour. Jamais je n’ai été curieux de voir l’ensemble d’une de mes œuvres comme cette fois-ci.
Saint-Martin m’attend dans sa barque. Je vais me baigner. Je jouis de Croisset, plus que les autres étés. Pourquoi ? – En nageant, Monsieur contemple les îles, les coteaux, – enfin Monsieur est bien, il ne lui manque que la mine de la bonne petite nièce.
Que j’embrasse.
GVE.
Mes amitiés les plus tendres à Flavie d’abord et ce que tu jugeras convenable à Mme de La Chaussée.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset,] nuit du 23 [23-24 juillet 1876].
Votre lettre m’a réjoui, jeune homme !
Mais je vous engage à vous modérer, dans l’intérêt de la littérature. [……]
Prendre garde ! Tout dépend du but que l’on veut atteindre. Un homme qui s’est institué artiste n’a plus le droit de vivre comme les autres.
Tout ce que vous me dites du sieur Catulle ne m’étonne nullement. Le même Mendès m’a écrit avant-hier pour que je lui donne gratis des fragments du Château des cœurs et,
– 107 – moyennant finances, les contes inédits que je viens de finir. Je lui ai répondu que tout cela m’était impossible, ce qui est vrai. Hier je lui ai écrit derechef une lettre peu tendre, étant indigné, exaspéré par l’article sur Renan. On s’attaque à l’homme de la façon la plus grossière et on y blague Berthelot en passant. Vous l’avez lu d’ailleurs ? Qu’en pensez-vous ? Bref, j’ai dit à Catulle que 1° je le priais d’effacer mon nom de la liste de ses collaborateurs et 2° de ne plus m’envoyer sa feuille. Je ne veux plus avoir rien de commun avec ces petits messieurs-là. C’est de la très mauvaise compagnie, mon cher ami, et je vous engage à faire comme moi, à les lâcher franchement. Catulle va sans doute me répondre, mais mon parti est bien pris, bonsoir ! Ce que je ne pardonne pas, c’est la basse envie démocratique.
La scie sur Offenbach donne la mesure de sa verve comique. Voilà quelque chose d’embêtant, cette plaisanterie-là inventée par Fiorentino vers 1850 et qui dure encore ! Ajoutez-y, pour faire la triade, Littré, le monsieur qui prétend que nous descendons des singes, et le vendredi à charcuterie de Sainte-Beuve. Oh ! la bêtise !
Quant à moi je travaille avec violence, ne voyant personne, ne lisant aucun journal, et gueulant dans le silence du cabinet comme un énergumène. Je passe toute la journée et presque toute la nuit courbé sur ma table et j’admire assez régulièrement le lever de l’aurore. Avant mon dîner, vers 7 heures, je batifole dans les ondes bourgeoises de la Seine. Je ne défume pas, j’en ai même l’intérieur du bec avarié, me portant du reste comme un charme. À propos de santé, vous ne m’avez pas l’air bien malade décidément. Tant mieux ! N’y pensez plus.
– 108 –
À ÉMILE ZOLA
[Croisset, 25-26 juillet 1876.]
Je suis content de vous savoir au bord de la mer, et vous reposant. Ne faites absolument rien ! Le travail n’en ira que mieux quand vous le reprendrez.
Franchement, vous aviez besoin de répit. À la fin de l’hiver, nous commencions à nous inquiéter de vous.
Votre ami, présentement, pioche comme un bœuf. Jamais je ne me suis senti plus d’aplomb. Mais l’Histoire d’un cœur simple ne sera pas finie avant trois semaines. – Après quoi, je préparerai immédiatement mon Hérodiade (ou Hérodias).
Et j’ignore tout ce qui se passe dans le monde, ne vois personne, ne lis aucun journal, – excepté La République des lettres dont le numéro du 16 m’a exaspéré, à cause de l’article sur Renan. Le connaissez-vous ? Comme j’aime mes amis je ne veux rien avoir de commun avec ceux qui les dénigrent aussi bêtement. Donc j’ai écrit à l’excellent Catulle, pour le prier : 1° de rayer mon nom de la liste de ses collaborateurs et 2° de ne plus m’envoyer sa feuille. Qu’on ne soit pas de l’opinion de Renan, très bien ! Moi aussi, je ne suis pas de son opinion ! Mais ne tenir aucun compte de tous ses travaux, lui reprocher les cheveux rouges qu’il n’a pas, et sa famille pauvre en l’appelant domestique des princes, voilà ce que je n’admets pas ! – Ma résolution est bien prise, j’abandonne avec joie et définitivement ces petits messieurs-là. Leur basse envie démocratique me soulève le cœur de dégoût. – Et ils ont des Doctrines philosophiques et politiques ! C’est un grand mot pourtant La République des lettres ! et qui pourrait être une belle chose. – Mais qu’ils en sont loin !
– 109 –
N’en parlons plus, hein ?
Je me souviens de Piriac. – C’est en face l’île Dumet, une île toute pleine d’oiseaux – et de Guérande aussi. Il doit y avoir dans l’église des bas-reliefs curieux représentant de bons diables, à fourche et à ailes ? Mes souvenirs, remontant à 1846, sont vagues.
Vous remercierez pour moi Charpentier de m’avoir envoyé ce livre anglais dont j’ai besoin.
Combien de temps encore restez-vous en Armorique ? Moi, je ne bougerai d’ici que pour aller à la 1re de Daudet. Et probablement je ne rentrerai à Paris que fort tard, afin d’aller plus vite dans ma petite drôlerie juive.
Tourgueneff m’a écrit les mêmes choses qu’à vous. Je l’attends vers la fin du mois prochain. – J’ai reçu hier de notre jeune ami Maupassant une épître fort agréable, et pleine du détail de ses lubricités – canotières, avec une grosse femme.
Voilà, je crois, toutes les nouvelles.
Empiffrez-vous de coquillages ! Ça rend gai. Amitiés et respects à « toute la Société ».
Et à vous, mon vieux solide, une très forte poignée de main de votre
Nuit du 25 juillet.
J’ai eu la Vertu de ne pas lire L’Assommoir dans La R[épublique] des Lettres, n’en connaissant point le commencement.
– 110 –
Quand votre roman y sera fini, j’imagine qu’il y aura descente du côté financier.
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] mercredi soir [26 ? juillet 1876].
Mon bon,
Au lieu de venir dimanche entre deux bateaux, venez donc déjeuner, vous nous ferez plaisir à tous. Vous m’avez manqué lundi. Ç’a été une déception.
Apportez-moi votre Grisolle.
Rien de conclu encore. C’est mourir à petit feu.
R. S.V.P. et tout à vous.
L’EX-GÉANT.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Croisset, 26 juillet 1876.]
Princesse,
Je voudrais bien savoir ce que vous devenez par ces extrêmes chaleurs ? et avoir de vos nouvelles. Comment supportez-vous l’existence ? que faites-vous ? etc.
Je n’ai absolument rien à vous dire sinon que je pense à votre personne. Je ne vois aucun mortel, ne lis aucun journal et je travaille, comme un enragé. Dans une quinzaine j’aurai fini un conte ; immédiatement après j’en commencerai un
– 111 – autre. – Ma nièce est aux Pyrénées avec son mari ; et jusqu’aux premiers jours de septembre je resterai dans une solitude absolue. Tous les jours je nage dans la Seine (comme un jeune homme). Voilà ma seule distraction.
Il faut pourtant que je vous fasse part d’une légère histoire. Vous savez qu’il existe une revue intitulée La République des Lettres et dont le bon Catulle Mendès est le directeur. J’ai eu, cet hiver, la complaisance de lui donner gratis (bien entendu) des fragments de la Féerie que je vous ai lue autrefois, Le Château des cœurs. Depuis lors mon nom brille sur la couverture parmi d’autres plus ou moins illustres. – Or il a paru sur Renan, dans le n° du 16, un article tellement grossier et si ignoble de forme, que je me suis fâché tout rouge, si bien que j’ai prié le sieur Mendès 1° d’effacer mon nom comme collaborateur et 2° de ne plus m’envoyer sa feuille. Il m’a répondu une lettre fort polie, n’importe ! Je ne veux plus rien avoir de commun avec de pareils polissons. Il y a des gens que l’on doit respecter – Renan est du nombre. – D’ailleurs, j’exècre, de toutes les puissances de mon cœur, la Basse envie démocratique. Conclusion : le monde est laid, chère Princesse.
Et comme je ne suis pas démocrate (bien que révolutionnaire jusques aux moelles), je vénère ce qui est grand, j’admire ce qui est beau, et j’adore ce qui est bon. C’est pourquoi, en vous baisant les deux mains aussi longtemps que vous le permettrez, je suis, Princesse
Votre vieil affectionné et dévoué
Croisset, 26 juillet.
– 112 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] nuit de jeudi 27 [27-28 juillet 1876].
Chérie,
Quand Ernest est parti tantôt à 2 heures, je l’avais chargé de te faire des reproches, n’ayant pas reçu de lettre de toi depuis vendredi. – Mais pardon de ma colère. C’était la faute de la poste. Ta lettre du 25 a eu 24 heures de retard, car elle a été à Oissel (au lieu de Croisset). À qui faut-il s’en prendre ? à la bêtise d’un employé de la poste ou à la calligraphie de madame ? Tu fais, quelquefois, trop de fions dans ton écriture, mon Loulou, les jambages s’embrouillent, et les barres des T (signe d’un caractère résolu) arrivent à couvrir le mot entier.
Enfin les affaires avec Faucon sont terminées ! et je me trouve plus tranquille maintenant qu’il y a un an, à pareille époque. L’horizon du syndicat me donne des espérances. Mais il ne faut présentement songer qu’à la santé de ton mari. – Je suis bien impatient de savoir comment il se trouvera des Eaux-Bonnes.
Vous vous reverrez dimanche prochain – et comme vous causerez de moi (du moins, je le suppose) il te contera mes petites histoires – ma séance de lundi chez Galli, et ma rupture avec La République des Lettres. Un article grossier sur Renan m’a exaspéré. J’ai tiré les oreilles au sieur Catulle.
Le bon Laporte (qui viendra déjeuner ici dimanche) a été avec moi à la réunion. Il n’en revenait pas de surprise, à propos de la Pignouferie de nos collègues. Quels êtres que les Rouennais, quels êtres ! est-ce que je me raffine, ou que l’humanité empire ? mais plus je vais, et plus on me semble idiot et intolérable.
– 113 –
Hier, la visite de Nion, très amical et très complimenteur (comme toujours) mais j’étais fort en train de travailler, et je me retenais pour ne pas le mettre à la porte.
Mon histoire d’Un cœur simple avance. – Dans quinze jours je serai bien près de la fin. Alors je retirerai le perroquet empaillé qui se dresse devant moi sur ma table.
La pauvre Julie qui est ici depuis mardi me paraît complètement aveugle. Elle n’ose pas se promener dans le jardin. – Elle est, du reste, très maigrie et bien faible, mais fort contente d’être à Croisset « à cause de l’air de la campagne ».
***
Je ne vois plus grand-chose à te dire ? – Continue à te bien porter, et pense à
VIEUX
qui t’embrasse.
À JEANNE DE LOYNES
Croisset, vendredi soir 28 juillet [1876].
Eh bien, pauvre chère belle, êtes-vous toujours aussi triste ? Votre dernière lettre était navrante. Et au milieu de ma Littérature, je songe à vous, plus souvent que vous ne croyez. Je vois votre jolie mine affligée, ce qui me désole. Que ne m’est-il donné sinon de vous consoler, du moins de vous distraire !
Vous me dites que vous êtes inutile au monde. Ce n’est pas vrai. Vous m’êtes utile à moi puisque vous vivez. – Et à
– 114 – d’autres aussi, j’en suis certain ! Allons ! voyons ! un peu de force ! Rien ne dure longtemps, soyez-en sûre ! Ce qui est bon comme ce qui est mauvais passe vite. Il faut se jeter sur l’un et repousser l’autre. Voilà la sagesse.
L’année dernière à cette époque-ci, j’étais désolé, par une ruine de fortune complète, par l’affliction de ceux que j’aime, et, surtout, par l’incertitude de l’avenir. – En partant de Croisset pour Concarneau, je croyais même ne jamais remettre les pieds dans cette pauvre bonne maison où mon cœur est attaché par tant de souvenirs et d’habitudes. Eh bien, je me suis remis à travailler tout doucement et maintenant l’ouvrage va très bien, les Affaires (les exécrables affaires) sans être encore bien splendides se relèvent un peu. Il y a tout lieu d’espérer qu’elles se relèveront complètement – et je suis certain de garder Croisset. – Prenez exemple sur votre ami, soyez un peu philosophe.
Une seule chose est irrémédiable : la mort. Mais votre cœur est blessé, ma chère Jeanne. Laissez-le saigner. La cicatrice se fera d’elle-même. Croyez-en là-dessus un vieux troubadour – qui lui aussi a eu des histoires !
Vous enviez mes occupations. Là-dessus vous avez raison. Sans elles, l’existence me serait intolérable. Mais n’est-ce rien que d’être une femme comme vous – c’est-à-dire un être pouvant se faire aimer de qui bon lui semble, et dont la délicatesse même est une force irrésistible. Il faut vous regarder et vous admirer. Là est votre devoir.
Et cette poitrine ? Comment se comporte-t-elle ? Enfin, écrivez-moi très longuement.
Votre vieux fidèle qui vous baise les mains et tout ce que vous lui abandonnerez de votre personne.
– 115 –
***
Si vous voyez Ernest Daudet priez-le de ma part de dire à son frère de m’écrire pour que je sache ce qu’il devient, où en est sa pièce.
J’ignore son adresse à la campagne.
***
À LÉONIE BRAINNE
[Croisset, 28 juillet 1876.]
Oh ! l’adorable lettre ! ma chère belle. Les eaux dégraissantes ne vous diminuent pas la cervelle ! Vous m’envoyez de chouettes descriptions de poitrines et de derrières ! – c’est à désirer s’asseoir sur les unes et on a peur d’être écrasé par les autres ! Comment se fait-il que les gens qui aiment les grosses femmes n’aillent pas s’établir à Marienbad ? Pour moi, qui suis un homme simple dans mes goûts, je ne vois pas le besoin que vous en aviez. Vous me plaisiez comme ça ! du reste grosse ou fine peu importe ! ce que j’aime en vous, c’est vous ! – et votre saint Polycarpe vous recevra bien si vous venez le voir dans sa solitude, au milieu d’août, comme vous le lui faites espérer. – Ma nièce et son mari partent dimanche prochain (après-demain) pour les Eaux-Bonnes, et ne seront ici que dans les premiers jours de septembre.
Et je continue à travailler, comme un gaillard. Le conte que je fais sera terminé dans une quinzaine ; après quoi, j’en commencerai un troisième. La santé physique (et morale) n’a jamais été meilleure.
– 116 –
Savez-vous qui j’ai devant moi, sur ma table, depuis trois semaines ? un perroquet empaillé. Il y reste à poste fixe. Sa vue commence même à m’embêter. Mais je le garde, pour m’emplir la cervelle de l’idée perroquet. – Car j’écris présentement les amours d’une vieille fille et d’un perroquet.
À propos d’oiseaux, j’ai vu ce bon Georges. Et il m’a avoué que vous lui aviez toujours fait « une certaine peur à cause de votre esprit ». – Moi, vous ne me faites pas peur, du tout ! mais je comprends ce qu’il veut dire.
Vous ignorez sans doute les histoires à la Ponson du Terrail qui se sont passées (quand ? on n’en sait rien !) dans la maison du père Pouchet. Voici la chose : on a découvert dans sa cour, presque à fleur de terre, à trois pieds sous le sol, un cercueil contenant deux squelettes ! – posés tête-bêche, – position choisie quelquefois par des vivants, qui y trouvent leur commodité, mais rare chez les morts. Est-ce que le père Pouchet ou ses fils auraient assassiné leur bonne pour cacher leurs turpitudes ? – Il y a lieu de rêver.
Je n’ai aucune nouvelle des Lapierre.
Quand revenez-vous ? quand vous verrai-je ?
Quand me sera-t-il permis de vous bécoter ?
Dans ce moment, je songe à vos épaules, à vos jambes en bas rouges, à vos coquins de grands yeux doux – et j’ai envie de vous manger – voilà le vrai ! – Je voudrais être la baignoire qui vous entoure ! tel est mon caractère (et parfois mon tempérament). « Tout pour les dames ! »
Mille tendresses de votre vieux affectionné
GVE.
– 117 –
28 juillet (anniversaire des Glorieuses, nom de Dieu !)
À ADÈLE HUSSON
[Croisset,] 28 juillet [1876]
(anniversaire des Glorieuses ! nom de Dieu !!!).
Cher bon Mouton, adorable jumeau, comment va ? – Vous d’abord, et puis, vos dépendances, Max et le major.
Quant à moi je n’ai absolument rien à vous dire sinon que je demande de vos nouvelles.
Depuis le 14 juin, je suis absolument seul et ma solitude complète durera jusqu’aux premiers jours de septembre, époque où ma nièce et son mari reviendront des Pyrénées.
Tous les jours je nage dans les ondes de la Seine comme un jeune homme. C’est ma seule distraction. Le reste du temps je travaille comme un phrénétique, et je gueule dans le silence du cabinet, à me décrocher la poitrine (ce qui lui fait du bien). Chaque nuit, ou plutôt chaque matin je vois se lever l’aurore. Bref, j’ai le diable au corps ! Pourquoi ? Et combien de temps va durer cet été de la S[ain]t-Martin ?
– Dans une quinzaine j’aurai fini un conte (c’est le second) et immédiatement après j’en commencerai un troisième, que je me propose de faire luxurieux. Quant à celui que je termine maintenant, il donnera une idée « plus favorable de mon caractère ». Loin de passer pour un porc (ce qui est en partie le point de vue sous lequel les bourgeois m’envisagent), on dira au contraire que je suis un « Homme sensible » – ce qui est vrai, hélas !
– 118 –
Heureux serais-je s’il peut obtenir votre suffrage ! et si par le moyen de mon style j’arrivais quelquefois… (ici, le fameux geste).
Êtes-vous un assez bon être ! Il n’y a qu’un mouton comme vous à qui l’on écrive des billets aussi jansénistes !
Allons, à deux bras, et sur les deux joues.
Votre VIEUX.
Vous direz à Max que j’ai bien pensé à lui en apprenant la mort de Le Marié !
AU MAIRE DE ROUEN
Croisset, près Rouen, 30 juillet 1876.
Monsieur le Maire,
L’année dernière, au mois de juillet, et sur votre conseil, j’ai de nouveau adressé une demande au Conseil municipal.
Jusqu’à présent elle est restée sans réponse. M’est-il permis d’espérer que, cette fois, je serai plus heureux.
Il y a quelques jours je me suis présenté à l’hôtel de ville, sans avoir l’honneur de vous rencontrer. Le but de ma visite était de vous prévenir de ma troisième tentative.
Je suis, M. le Maire, votre très humble et dévoué.
– 119 –
AU MAIRE DE ROUEN
Croisset, près Rouen, 30 juillet 1876.
Monsieur le Maire,
Messieurs les Adjoints,
Messieurs les Membres du Conseil municipal,
Je viens renouveler une demande repoussée par la précédente administration.
Quand Louis Bouilhet mourut, quelques amis de la littérature se cotisèrent pour lui élever, sur une des places ou dans une des rues de Rouen, une petite fontaine surmontée de son buste.
Des quatorze mille francs qui furent vite trouvés, il fallut distraire trois mille pour son tombeau. Reste onze.
Avec cette somme, plus que suffisante, nous offrons à la Ville : de lui faire cadeau d’une fontaine, sous la condition qu’elle sera ornée du buste de Louis Bouilhet.
Vous déciderez de l’emplacement et le dessin vous sera soumis.
Ai-je besoin, Messieurs, d’insister sur la convenance d’un pareil monument qui ne grève en rien vos finances et ornera votre cité ?
Dans l’espoir d’une réponse favorable, je vous prie d’agréer mes respects et de me croire, Messieurs, votre très humble
GUSTAVE FLAUBERT,
Président de la Commission.
– 120 –
À EDMA ROGER DES GENETTES
[Croisset, fin de juillet 1876.]
Je vous remercie de m’avoir envoyé cet entrefilet annonçant que l’on fait en Italie un opéra sur Salammbô. Mais je ne puis m’y opposer. – D’ailleurs je m’en moque, profondément. Si Reyer et Catulle Mendès en sont contrariés, qu’ils s’arrangent.
À propos de ce dernier, je me suis fâché tout rouge contre lui ! après un article sur Renan paru le 16 de ce mois dans La République des Lettres. L’article n’est pas dudit Catulle. N’importe, il n’aurait pas dû l’insérer, tant il est plein de grossièretés, d’attaques à la personne. Je lui ai écrit pour lui dire d’avoir 1° à rayer mon nom de la liste de ses collaborateurs et 2° à ne plus m’envoyer sa feuille. Depuis deux mois c’est le seul épisode de mon existence ! Vous voyez qu’elle est peu dramatique, Dieu merci.
Et je travaille comme un phrénétique. Pourquoi ? je n’en sais rien ! Mais vraiment j’ai le diable dans le corps. Je ne me couche plus qu’au soleil levant et je gueule dans le silence du cabinet à me casser la poitrine, laquelle ne s’en trouve que mieux. Ma seule distraction (et mon seul exercice) est tous les jours avant mon dîner, de m’allonger sur la brasse, dans les ondes de la Séquane. Ma nièce et son mari sont aux Pyrénées. Personne ne vient me voir ; et je ne m’en plains nullement. Au contraire !
Mon second conte, l’Histoire d’un cœur simple, sera fini dans quinze jours ou trois semaines. L’idée de vous le lire m’a encouragé pendant tout le temps de mon travail. Vous êtes un si bon auditeur ! Vous n’imaginez pas le bien profond que m’ont fait vos yeux pendant que vous écoutiez Saint Julien. La voilà la vraie gloire !
– 121 –
Cette fois-ci on ne dira plus que je suis in-humain. Loin de là, je passerai pour « un homme sensible » et on aura une plus belle idée de mon caractère.
Depuis un mois, j’ai sur ma table un perroquet empaillé – afin de « peindre » d’après la nature. Sa présence commence à me fatiguer. N’importe ! je le garde afin de m’emplir l’âme de perroquet.
Qu’ai-je encore à vous conter ? Rien, sinon des choses anciennes, c’est-à-dire que je vous baise les mains
et suis vôtre.
Amitiés à M. Roger – et une épître démesurée, S.V.P.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] jeudi 3 [août], 3 h[eures, 1876].
Si le second facteur ne m’apporte pas tout à l’heure une lettre de ma pauvre fille, celle-ci partira tout de même. – Car tu serais trop longtemps sans nouvelles de Vieux, qui n’a pourtant rien du tout à te dire.
Je suis bien curieux de savoir comment le voyage s’est passé… par la petite chaleur qu’il faisait dimanche dernier ! – Ce jour-là, j’ai été dîner chez Mme Lapierre (retour d’Auvergne) et j’ai cuydé en crever sur L’Union. C’est la seule fois, cet été, que la chaleur m’ait gêné.
Le matin, j’avais eu le bon Laporte, qui m’a prêté le livre d’un chantre de Couronne pour m’instruire dans les processions, et un autre de médecine, où je puise des
– 122 – renseignements sur les pneumonies. – Actuellement, j’ai donc, sur ma table, autour du perroquet : le bréviaire du susdit chantre, ton paroissien, les 4 volumes du paroissien appartenant à ton époux, de plus : l’Eucologe de Lisieux, ayant appartenu à ton arrière-grand-mère.
Mais je commence à tomber sur les bottes. La fin est dure ! – Heureusement que je n’ai plus que 6 pages !
Sans l’eau froide, je n’aurais pas été aussi vigoureux depuis deux mois ? – Sais-tu que mes nuits ordinaires n’excèdent pas 5 ou 6 heures, au plus – et je ne dors pas dans le jour. – Émile en est esbahi. – J’ai peur de retomber à plat quand j’aurai fini ? mais non ! il faudra se remonter le coco pour Hérodias.
Vendredi, j’ai eu la visite d’Ernest Roquigny. – Si sa mère avait pu venir « elle serait venue », mais l’étroitesse de la voiture s’y opposait. La première chose que le jeune homme m’ait dite c’était pour demander de tes nouvelles. Je l’ai trouvé très gentil, affectueux et simple.