Correspondance - Tome V
À Edmond Laporte .......................................................... 55
À EDMOND LAPORTE
[Paris,] lundi soir [29 mai 1876].
Mon cher vieux,
D’aujourd’hui en huit au plus tard, j’expédie mon larbin à Croisset et je l’y rejoindrai trois ou quatre jours après.
Donc si vous avancez un peu votre voyage à Paris, nous aurons chance de nous rencontrer.
Je suis exténué par mes séances à la Bibliothèque (pour mon Saint Jean-Baptiste), et j’ai hâte d’être rentré chez moi.
Soit ici ou là-bas, à bientôt, mon bon, et je vous embrasse.
Votre GÉANT.
Un mot pour me dire si je vous verrai l’un des premiers jours de la semaine prochaine.
Je sors à midi et ne rentre qu’à 8 heures.
À GEORGE SAND
[Paris,] lundi soir [29 mai 1876].
Chère maître,
Grâce à l’aimable billet de Mme Lina, je me suis transporté hier chez V. Borie qui m’a parfaitement reçu. Mon neveu a été aujourd’hui lui porter ses documents. Borie lui a promis de s’occuper de son affaire ; – le fera-t-il ?
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Je crois qu’il est à même de me rendre indirectement le plus grand service qu’on puisse me rendre. Si mon pauvre neveu trouvait le capital dont il a besoin pour travailler, je pourrais rattraper une partie de ce que j’ai perdu et vivre en paix jusqu’à la fin de mes jours.
Je me suis présenté chez Borie de votre part et c’est à vous que je dois la cordialité de sa réception. Je ne vous en remercie pas (bien entendu) mais vous pouvez lui dire que j’ai été touché de son bon accueil (et stimuler son zèle si vous voyez que cela soit utile ?).
J’ai beaucoup travaillé dans ces derniers temps. Comme je voudrais vous voir pour vous lire ma petite bêtise moyenâgeuse ! J’ai commencé un autre conte intitulé Histoire d’un cœur simple . Mais j’ai interrompu ce travail pour faire des recherches sur l’époque de saint Jean-Baptiste, car je veux écrire le festin d’Hérodiade.
J’espère avoir fini mes lectures dans une douzaine de jours, après quoi je m’en retournerai à Croisset d’où je ne bougerai pas jusqu’à l’hiver, – mes longues séances à la Bibliothèque m’éreintent. Cruchard est fatigué.
Le bon Tourgueneff part ce soir pour Saint-Pétersbourg. Il me demande si je vous ai remerciée de votre dernier livre ? Serais-je coupable de cet oubli ?
Vous verrez par mon Histoire d’un cœur simple où vous reconnaîtrez votre influence immédiate que je ne suis pas si entêté que vous le croyez. Je crois que la tendance morale, ou plutôt le dessous humain de cette petite œuvre vous sera agréable !
Adieu, chère bon maître. Amitiés aux vôtres.
Je vous embrasse bien tendrement.
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