Correspondance - Tome V

Gustave Flaubert · Chapitre 40 sur 50

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Correspondance - Tome V

À Sa Nièce Caroline ........................................................ 66

Lorsque mes yeux et ma déplorable santé me le permettent, j’écris une Histoire de l’Anjou à chaque instant interrompue. J’ai un roman qui attend le secours de M. Mangin du Phare, un de mes amis, pour être mis en ordre et imprimé. Cher Monsieur, rappelez-vous un peu de moi, et dites-moi avec détails si cette chère et aimée Mme Sand a été respectée dans ses volontés, donnez-moi les plus grands détails.

Adieu, Cher Monsieur, toute à vous.

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

Je n’ai plus votre adresse, j’adresse au [sic] Croisset, j’espère que ma lettre vous parviendra.

Pour moi, je n’ai pu rester au même lieu depuis la mort de mon ami, adressez-moi

Rue et Boulevard des Lices 9

Angers

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] samedi soir, 6 h[eures, 17 juin 1876].

Chère Caro,

Encore une mort ! Ce matin j’ai reçu le billet de faire part de la famille Le Marié. (Où demeure Mme Hasard que je lui envoie des cartes ?)

Bien que je ne visse jamais cet ancien camarade, sa mort me fait de la peine. Nous avions été ensemble en pension, au collège et à l’école de droit ! Enfin, pendant

– 66 – toute notre jeunesse, nous ne nous étions guère quittés. Ce n’est plus maintenant qu’un souvenir. –

Il faudrait se cuirasser dans un égoïsme impénétrable et ne songer qu’à la satisfaction immédiate de sa propre personne. Ce serait plus sage. Mais ce n’est pas possible, pour moi du moins.

Avant-hier, j’ai eu la visite de M. et Mme Lapierre et hier j’ai dîné chez eux. Ils ont poussé la générosité jusqu’à me faire cadeau de 4 bondes de Neufchâtel ! – primées au grand concours régional.

J’ai reçu un autre cadeau : un livre du FAVNE ! et ce livre-là est charmant car il n’est pas de lui. C’est un conte oriental intitulé Vathek, écrit en français à la fin du siècle dernier par un mylord [sic] anglais. – Mallarmé l’a réimprimé avec une préface dans laquelle ton oncle est loué.

Voulant savoir à quoi m’en tenir sur Julie, j’ai été hier demander à Achille ce qu’il en pensait. Il m’a fort engagé à ne pas la reprendre, puisqu’elle a une inflammation chronique de l’œil et qu’il me faudrait quelqu’un pour la soigner. J’irai la voir mercredi. – Et ce jour-là, je suis invité à dîner à l’Hôtel-Dieu.

Tu as dû voir Laporte ? J’attends sa visite mardi.

C’est demain la « Fête du Pays », – et il y a contre le mur de la cour une belle affiche jaune promettant « tous Les plaisirs que l’on peut désirer ». De leur côté, messieurs les restaurateurs s’engagent à fournir « tout le confortable désirable ». Mais s’il fait demain le temps d’aujourd’hui, la foule ne sera pas nombreuse. Le vent souffle violemment, un air glacial règne sur nos bords – et le ciel donne une lumière blanche et triste.

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