Correspondance - Tome V

Gustave Flaubert · Chapitre 44 sur 50

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Correspondance - Tome V

À Jeanne de Loynes ......................................................... 73

Mais quel dommage de ne pas se voir plus souvent. C’est bête puisque nous nous aimons ! D’ailleurs la contemplation de votre jolie mine me fait du bien – me cause toutes sortes d’impressions « intempestives » ou non, mais toujours charmantes.

Que je voudrais faire quelque chose qui vous fût agréable, utile, pauvre chère amie ! Quand ce ne serait que de vous servir à vous désennuyer !

Voilà le beau temps ! le soleil brille, et les petits oiseaux roucoulent comme des amoureux. La Nature n’est pas comme nous. Elle reste jeune ! Cette réflexion n’est pas neuve et peu consolante.

Avant de partir pour Marienbad ou les Pyrénées, vous viendrez me voir dans ma solitude, n’est-ce pas ? – Nous n’avons pas eu cet hiver une heure de tête-à-tête ! à qui la faute ? à tout !

Votre vieux

PÈRE LOULOU

vous embrasse bien tendrement.

 

À JEANNE DE LOYNES

Croisset, 19 juin 1876.

Comment allez-vous, pauvre chère belle ?… Quand nous nous sommes séparés, vous étiez bien dolente, bien

– 73 – triste. Vous m’avez dit une partie de vos chagrins, j’ai compris l’autre. La vie est douce pour peu de monde et c’est une sotte invention, bien qu’elle offre de bons moments quand on sait les prendre. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle finira. Consolez-vous avec cet espoir… mais quand finit celle des gens qu’on aime, on éprouve toujours un immense étonnement, sans compter les douleurs. La mort de Mme Sand m’a été bien pénible, j’ai pleuré comme un veau en embrassant sa petite fille Aurore qui lui ressemble, puis en voyant son cercueil. Le Prince vous contera tous les détails (vrais) de l’enterrement. Il a été charmant pendant tout notre voyage.