La faute

Alessandro Piperno · Chapitre 17 sur 34

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La faute

Breakfast In America

 

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Tout ce que nous aimions et désirions, tout ce que nous avions appris à aimer et désiré, parlait l’anglais des Américains.

Et pourtant, depuis que quelques heures plus tôt j’avais atterri à JFK, après de longues files d’attente sinueuses à l’Immigration, pour récupérer les bagages et à la station de taxis, je me tourmentais à l’idée que toutes ces expectatives – contrecarrées par la fatigue, l’hypocondrie, la peur de l’échec – ne s’effritent sous mes pieds.

Je passais maintenant en revue les événements qui en ce début d’été m’avaient conduit où je n’aurais jamais osé l’espérer ; tantôt les angoisses du printemps à peine terminé s’emparaient de moi, tantôt je rêvais aux aventures qui m’attendaient. Finalement, en regardant mes compagnons de voyage avec incrédulité (comment je me retrouvais là ?), en mesurant en imagination les océans et les terres qui me séparaient de tout ce qui depuis toujours me tenait en échec, je comprenais que je n’aurais pas voulu être ailleurs que là, dans ce taxi, à la merci de ce gnome enturbanné qui filait vers Manhattan un mardi congestionné de juin.

L’altercation furieuse qui deux mois plus tôt avait clôturé le Seder de Pessah semblait avoir laissé plus de traces chez moi que chez les duellistes. Pendant des semaines, tourmenté par le souvenir de la performance de mes parents (les insinuations de mon père, la colère de ma mère) j’avais fait des rêves vagues où je poursuivais ou étais poursuivi. D’après le silence de la chambre voisine, mes persécuteurs, eux, dormaient comme des anges. Pas de discussions, pas de litiges, seuls quelques marmonnements de temps à autre ; d’ailleurs, que leur restait-il à se dire ?

Jusqu’à ce qu’arrive une nouvelle tuile : pour satisfaire un client et dépasser le seuil de ventes qui allait lui assurer un bonus, mon père avait joué sur les prix à la baisse, si l’on peut dire. Zanardi avait été tellement furieux qu’il avait d’abord bloqué l’affaire, pour ensuite, par mesure de rétorsion, remettre à plus tard le paiement des factures.

À ce stade, dissimuler le gouffre financier et les risques moraux et matériels auxquels nous étions exposés était devenu réellement compliqué, même pour ces deux génies du transformisme et de la dissimulation.

Pour mon anniversaire j’avais commandé une paire de Timberland. En ouvrant le paquet, j’avais dû mobiliser tout mon orgueil stoïque pour ne pas jeter ces horreurs à la figure de qui avait osé me les offrir. Ils croyaient vraiment qu’une imitation maladroite allait satisfaire l’exigence de mon snobisme d’adolescent ? La seule idée de me présenter en classe avec ces horreurs aux pieds me faisait frémir de honte. Plutôt pieds nus que ridicule !

Sur tout pesait le spectre des Sacerdoti. L’interdiction de les nommer, jamais explicitée d’ailleurs, les avait transformés en un rêve : l’ascension vers les beaux quartiers, la maison fastueuse, les rituels mondains et religieux, tout était devenu irréel.

Bien que papa l’ait attendue avec anxiété, il n’avait pas reçu la réponse d’oncle Gianni. De son côté, maman semblait décidée à manquer à la parole donnée à Bob de ne pas disparaître « une nouvelle fois pendant vingt ans ». Quant à moi, plus je m’efforçais de ne pas y penser, plus j’y pensais.

Nous aimons croire que le désir a les idées claires et des fins préétablies. Que par nature il est capable de délimiter son propre rayon d’action avec une précision géométrique. C’est peut-être vrai à partir d’un certain âge. Mais durant l’adolescence le désir est d’autant plus brûlant qu’il est vague et œcuménique.

Les envies provoquées par la soirée chez les Sacerdoti étaient si nombreuses et indéfinies qu’elles rendaient vaine ma soif de les satisfaire en les séparant l’une de l’autre. Pour traduire ce que j’éprouvais dans le langage rudimentaire d’alors (une façon comme une autre de cacher que les moyens d’expression dont je dispose aujourd’hui ne sont guère plus sophistiqués) je dirais que j’avais eu un coup de cœur. Oui, mais pour qui ? Ou plutôt, pour quoi ?

Je n’en avais aucune idée. D’ailleurs, c’est comme ça que les coups de cœur fonctionnent : ils vous tombent dessus à l’improviste et incognito. Rarement, et peut-être seulement dans les films sentimentaux, ils s’incarnent dans un individu de l’un ou l’autre sexe, qui correspond à un idéal. D’habitude ils prennent forme dans un espace vide, oui, un espace vide qui ne demande qu’à être rempli. Est-ce pour cette raison que les puissants et les pop-stars, pleins d’eux-mêmes à en exploser, ont du mal à tomber amoureux ? Et que ce n’est que trop facile pour les adolescents et les ratés ?

Comme on le voit, tout conspirait pour que ce petit cœur inexpérimenté cède au charme des Sacerdoti. Le hic c’était que personne ne m’avait jamais appris à employer un sentiment à la fois arrogant et indicible. Comment le manier ? Où le mettre ?

Mes sens, jamais encore aussi en alerte, ni aussi téméraires et ouverts au changement, étaient encore incapables de me suggérer des actions concrètes. Par exemple, j’aurais pu téléphoner à oncle Gianni, ou que sais-je, aller le voir, comme il m’avait demandé de le faire ; mais je n’y parvenais pas. Si les matinées en classe étaient un supplice, les longs après-midi à la maison languissaient dans un demi-sommeil inactif. Mon imagination était l’otage d’un tas d’impressions ; j’essayais de les caresser l’une après l’autre, comme on le fait avec une bande de chiots, mais elles, en braves petites bêtes intolérantes, se démenaient et évitaient mes caresses.

J’avais cassé ma tirelire pour me procurer tous les disques de Supertramp. Quoique ces hippies britanniques clownesques aient représenté une dérogation à mes idéaux esthétiques, le mix de sonorités blues, la boursouflure de la progressive house, les chœurs soul étaient ce qu’il y avait de mieux pour épuiser cet état de transe.

Jour après jour, chanson après chanson, les Sacerdoti réels laissaient place aux mannequins de l’imagination. Difficile d’établir lesquels exerçaient la plus grande attraction.

Telle était la teneur de mon coup de cœur. S’il avait concerné une personne physique et non une communauté, un milieu, un mode de vie chargé de promesses et de possibilités, les choses auraient été plus simples. Mais hélas, là-dessus non plus je n’avais aucun contrôle. D’ailleurs, quand bien même il paraît au comble de sa splendeur, aucun désir ne se suffit à lui-même. Pour éclore, vivre, prospérer, il a besoin d’aliments organiques. Sans engrais et sans réserves hydriques adéquates il se flétrit.

À la longue, le silence de mes parents, la distance sidérale – géographique, sociale, morale – avaient transformé le Seder de Pessah en une hallucination tellement invraisemblable que je doutais qu’il ait jamais eu lieu. Désormais, même quand j’étais en proie à mes cauchemars, je ne parvenais plus à comprendre qui poursuivait qui et pour obtenir quoi.

Au même moment la pression scolaire réclamait toute mon attention. Cette fois il fallait que je l’obtienne à la sueur de mon front mon passage en classe supérieure. D’une part j’étais mauvais en grec et en maths, de l’autre il n’y avait pas de matières dans lesquelles je me sois distingué ; aucun professeur, même disposé à me faire passer, n’aurait pris mon parti. Il était également vrai que compte tenu de l’ignorance généralisée de mes camarades, ceux qui étaient capables de me dépasser n’étaient pas nombreux. En retenant mon souffle je pensais : s’ils me font redoubler, qu’est-ce qu’ils vont faire aux autres ?

Pour une fois mes calculs spéculatifs s’étaient révélés clairvoyants. Avec quel soulagement j’ai vu le mot ADMIS à côté de mon nom sur les tableaux affichés dans la cour. Admis ? À quoi ? Au royaume des cieux, à quoi d’autre sinon ? Avec quelle impudence je m’étais préparé aux louanges et aux festivités que j’étais convaincu de mériter. Étant donné que ces dernières semaines j’avais été l’objet, surtout de la part de ma mère, d’aiguillons menaçants, il me semblait qu’il était temps que je sois récompensé. Je voulais qu’à la maison ils m’accueillent en héros, avec caviar et champagne.

Je me serais attendu à tout sauf à ce que ce soir-là, pendant le dîner à base de Sofficini et de salade, ma mère me demande avec une curieuse note d’embarras dans la voix si j’avais envie de faire un long voyage.

« Mais papa a dit que nous ne partions pas.

– En effet, papa et moi nous ne partirons pas. »

C’était plus ou moins ainsi que dans mes nuits d’enfant j’avais imaginé la scène où mes parents m’annonçaient de but en blanc qu’ils avaient décidé de se débarrasser de moi : pension ou légion étrangère ? À toi de choisir, petit.

Je n’étais pas surpris que ce soit ma mère qui se soit chargée d’une annonce aussi désagréable. Jamais nos rapports n’avaient été aussi tendus. Jamais sa seule vue n’avait pu m’inspirer autant de méfiance. Je n’avais oublié ni les minauderies en lesquelles elle s’était confondue au Seder des Sacerdoti, ni les mots avec lesquels, en voiture, mon père l’avait clouée à ses responsabilités. La part d’elle qu’elle m’avait montrée, et celle encore plus déprimante émergée des insinuations de son mari, n’avaient rien de vertueux. Au contraire, puisque je viens tout juste de parler de désir, qu’il me soit permis de dire que si mes désirs me laissaient troublé, ceux de ma mère m’indignaient. Je les considérais comme un acte de désertion intolérable, une trahison envers la bonne conduite à laquelle elle s’était toujours tenue avec une application et une rigueur calvinistes. La voir rougir de joie et de honte dans la même soirée m’avait blessé d’une manière que pour le moment je n’étais pas disposé à pardonner.

Terrifié comme si ma mère venait de m’enjoindre de passer mon permis, trouver du travail, fonder une famille, n’importe quoi pour qu’elle ne m’ait plus dans les jambes ! j’ai demandé : « Je dois partir seul ?

– Pas vraiment seul », a corrigé mon père.

Je l’ai regardé. Il était plus mécontent que d’habitude. On voyait que cette idée ne venait pas de lui, et qu’en tout cas elle ne lui plaisait pas. C’est pourquoi j’ai imaginé quelque chose de punitif et pédagogique tel qu’un cours d’écologie dans une colonie de vacances perdue dans la campagne ombrienne avec une bande d’autres ratés. Autrement dit l’initiative classique, casse-pieds et un peu freak de ma mère.

« Et avec qui, alors ?

– Oncle Gianni. Et tes cousins », a-t-elle annoncé.

Il m’a suffi d’entendre ces mots magiques pour que quelque chose de très agréable et d’extrêmement perturbant se remette en marche. Quelque chose que je croyais avoir enseveli pour toujours, mais qui, silencieux et en hibernation, avait continué de vivre dans un lieu auquel je n’avais pas accès moi-même. J’ai senti soudain renaître le désir, et avec lui les peurs qu’il inspire aux adolescents. En réalité il n’était jamais parti : resté à sa place dans un coin en attendant d’être réveillé par la promesse d’une nouvelle expérience, il a ressurgi, refleuri alors que je l’avais cru mort.

Si j’avais bien compris, ma mère venait de me demander ce que je pensais d’un voyage avec oncle Gianni et mes cousins. Elle ne m’avait pas encore dit pourquoi, où, quand et pour combien de temps, mais je m’étais déjà accroché à cette idée.

J’ai tout fait pour me montrer indifférent, presque ennuyé.

J’ai demandé distraitement : « Oui, mais où ?

– New York.

– New York ? »

C’était là qu’oncle Gianni avait décidé d’emmener ses neveux. Naturellement j’ai fait semblant de tomber des nues, d’ignorer le genre de voyage auquel ma mère faisait allusion alors qu’il avait occupé mes pensées un certain temps, entretenu par le mécontentement de ne pas pouvoir y participer et l’envie envers ceux qui allaient l’entreprendre.

Au dernier moment, a expliqué ma mère, il y avait eu la défection de Chiara, clouée au lit par la mononucléose. Elle avait déjà son billet d’avion. D’où l’idée d’oncle Gianni de me le transférer.

« Tu as vu comment il est, non ? » a-t-elle ajouté étrangement embarrassée : quand ce vieux bouc se mettait quelque chose dans la tête c’était difficile de le faire revenir sur sa décision.

Ensuite elle m’a expliqué qu’elle lui avait demandé de patienter au moins jusqu’à l’affichage des résultats. Elle avait ajouté qu’elle devait en parler avec son mari. En revanche elle lui avait promis qu’entre-temps elle s’occuperait des démarches pour le passeport et le visa.

À ce stade tout était prêt. Le départ était prévu pour la semaine suivante. Elle était convaincue que ce voyage pouvait être une belle opportunité, et elle ne comprenait pas la perplexité de mon père. En tout cas, ils avaient finalement convenu que le choix me revenait.

Le souffle presque coupé, complètement indifférent au contenu de mon assiette, j’ai regardé mon père. Que lui arrivait-il ? D’habitude, surtout dans le domaine des divertissements, c’était lui le conseiller le plus fiable. Je n’osais pas lui demander pourquoi il s’opposait à cette idée, de peur qu’un argument irréfutable puisse me pousser à renoncer à un rêve auquel il était impossible de renoncer.

« Ce n’est pas vrai que je ne suis pas d’accord, a-t-il dit alors que chaque trait de son visage laissait deviner le contraire. Je trouve tout très violent. C’est tout. »

Elle s’est raidie. « Violent ? », et j’ai compris alors que désormais il n’existait pas de sujet qui ne leur offre un prétexte pour me montrer combien ils se détestaient.

Il s’est repris. « Si violent ne te plaît pas, disons arrogant. Balancer une chose pareille comme récompense. À ton avis, c’est une façon de se comporter ? Tu ne trouves pas ça déplacé ? D’abord il disparaît pendant des mois, puis il se manifeste comme si de rien n’était avec un cadeau tellement coûteux que nous ne pourrons jamais lui rendre la pareille. Nous ne sommes pas encore misérables au point d’accepter la charité de quiconque. Et à propos, nous sommes vraiment certains que ça ne nous coûtera rien ?

– Eh bien, pour ce qui est du voyage, des repas, du logement, tout devrait être à la charge de…

– Oui, mais le reste ?

– Par exemple ?

– L’assurance. Nous ne pouvons pas l’envoyer à l’autre bout du monde sans l’assurer », a affirmé mon père comme si soudain je n’étais plus son fils mais un chef-d’œuvre inestimable de la Renaissance.

Leur art de la dispute avait atteint une telle perversion dialectique que pour se donner mutuellement tort ils rejetaient ce en quoi ils avaient toujours cru. Et c’est ainsi que dans cette dispute mon père utilisait des arguments qu’il aurait combattus dans d’autres circonstances, ne serait-ce que parce qu’en général c’était elle qui les brandissait, mais comme cette fois elle prenait le parti du bonheur et de l’aventure, il ne lui restait plus qu’à se faire le porte-drapeau de la prudence, de l’orgueil et de la parcimonie.

Avec quelle douleur je me suis demandé s’il ne subordonnait pas les raisons de mon bonheur aux siennes. Ma vie à sa faim de vengeance. Comment expliquer autrement la mesquinerie insidieuse de ses objections ? Quelle signification donner à un ton de voix aussi irrité ? Il en voulait probablement aux Sacerdoti. La blessure causée par le rejet encaissé vingt ans plus tôt, rouverte par le Seder de Pessah, envenimée à la pensée de l’humiliation infligée par Tullia Del Monte, avait recommencé à saigner abondamment. Ou peut-être la difficulté était-elle oncle Gianni lui-même. Cet hypocrite qui après avoir promis un soutien financier s’était évanoui sans donner d’explications. D’ailleurs, d’une certaine façon, j’aurais dû le comprendre : comment ne pas éprouver d’hostilité pour l’homme qui va offrir à votre marmot le voyage que vous avez été le premier à lui promettre ? Comment résister à la tentation d’envier soit le bienfaiteur soit son bénéficiaire ?

Ces questions se sont présentées à la surface de ma conscience de façon tellement fulgurante et violente qu’il m’a été impossible de faire comme si elles ne s’étaient jamais posées.

Alors pourquoi était-ce moi qui me sentais coupable ?

Peut-être parce que, vu les circonstances, c’était le seul choix émotionnel disponible, ou à tout le moins le plus à portée de main. Incapable de faire descendre mon père de son piédestal je sentais qu’il valait mieux que j’endosse toutes les responsabilités et que seule l’auto-flagellation pouvait sinon guérir du moins adoucir mon malaise. Mais attention à ne pas sous-estimer la puissance osmotique et explosive du sentiment de culpabilité. À le faire, on court le risque d’ouvrir de nouveaux territoires d’affrontement intérieur.

J’ai imaginé mes parents livrés à eux-mêmes, à la merci l’un de l’autre, dans cet appartement chaud et oppressant pendant que je me payais du bon temps de l’autre côté de l’océan avec les personnes les plus étranges et fascinantes que j’aie jamais connues, la famille excentrique dont je m’étais sacrément entiché. J’ai compris que je n’étais pas en état de le supporter.

Non, je n’irais pas à New York. Pas maintenant. Pas avec oncle Gianni et mes cousins. Je me suis dit que ça n’avait pas d’importance. Tout plutôt que ce que je ressentais maintenant. Je voulais seulement lever les yeux et regarder mes parents en face sans me sentir comme un petit salaud égoïste et traître. J’aurais voulu que Chiara ne soit jamais tombée malade, qu’oncle Gianni n’ait pas pensé à moi pour la remplacer, que mes parents n’aient jamais reçu cette proposition ou qu’au moins ils n’aient jamais eu l’idée de me la transmettre. Je rêvais que tout redevienne comme quelques instants plus tôt : eux, moi, les Sofficini, ma belle et indiscutable réussite, l’été pour travailler la guitare.

En s’adressant encore à ma mère, mon père a concédé : « D’ailleurs, je suis d’accord avec toi. Ça n’est pas à nous d’en décider. »

Et à qui, alors ? À moi, peut-être ? S’ils m’avaient mieux connu ils auraient su que décider n’était pas mon fort (et ne le serait jamais). Heureusement, j’avais déjà décidé. J’allais rester à Rome tout l’été. Voilà ce que j’allais faire. En me le répétant, je pouvais déjà goûter les fruits rances de ce déni, la fierté putride que seuls connaissent les stoïques. Et même si je savais que se priver d’un plaisir aussi nécessaire, d’une opportunité tellement hors du commun, unique, était un geste d’une stupidité incomparable, rien ni personne n’aurait pu me faire changer d’avis.

Sinon peut-être mes lèvres, qui au mépris de la volonté du reste de mon corps, indifférentes aux signaux de mon cerveau et aux raisons de mon cœur, ont prononcé un renoncement, irréaliste et hypocrite. « Pourquoi vous ne venez pas vous aussi ? »

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