La faute
Chapitre 2
J’ai passé les trois années suivantes à essayer de penser le moins possible à mes parents. Un programme ambitieux qui comme tout bon programme ambitieux reposait sur des prémisses irréalistes, branlantes, extrêmement optimistes. Poussé par je ne sais quelle mauvaise foi je m’étais persuadé que pour me protéger de l’influence néfaste que papa et maman continuaient d’exercer sur moi il suffisait de ne pas prononcer leur nom, comme s’ils n’avaient jamais existé. Rien de mieux, alors, et pour me mépriser davantage, que de me laisser aller aux loisirs délicieux que jamais au grand jamais ils n’auraient pu me garantir. Je me disais qu’après des années empoisonnées il ne me restait qu’à vivre l’imposture le plus subtilement possible : comme si ce n’en était pas une. Si le bien-être agit sur le bouillon du temps – en le fluidifiant, pour ainsi dire – quel nom donner au minestrone trouble dans lequel je risquais de me noyer ?
À première vue ma nouvelle vie semblait offrir le rythme frénétique, les dérivatifs, les pauses postprandiales paresseuses typiques de la prospérité bourgeoise. Et pourtant, en dehors du confort inouï garanti par mon bienfaiteur – quoi de mieux pour servir la cause de l’oubli –, les années que j’avais vécues, couronnées par le cruel épilogue, pesaient sur ma psyché avec une malveillance effrayante.
D’une manière générale, nettoyer ma biographie des taches de sang qui l’éclaboussaient s’était révélé moins compliqué que prévu. Tout comme m’accoutumer au train de vie opulent de chez oncle Gianni. Vous auriez dû me voir. Comme si j’y étais né. En parvenu minable que j’étais je n’en avais jamais assez. Depuis que j’avais découvert que grand-père Guido avait renoncé à sa part considérable d’héritage au profit de sa sœur et son frère, je m’étais convaincu de revendiquer une « réserve » sur les biens d’oncle Gianni. Il ne restait qu’à profiter de l’argent de poche reçu en début de semaine pour mes dépenses, de l’abonnement à la tribune Monte Mario du stade olympique à la semaine de ski, rien n’était trop beau pour moi.
La délégation habituelle de fantômes veillait à me gâcher la fête. Naturellement je ne les voyais pas, mais, surtout au milieu de la nuit, quand les rêves se faisaient confus et hachés, j’en sentais la présence menaçante. Ils étaient là ! Comme des hyènes trottinant autour d’une carcasse ils ne me quittaient pas des yeux, décidés à provoquer la méfiance et la circonspection qui allaient caractériser mes longues journées pleines d’obligations. Je savais qu’il suffirait de peu pour que je retombe dans le gouffre dont je m’étais échappé de justesse : un imprévu, une rencontre déplaisante, un tour dans les secteurs écartés de la ville où j’avais passé mon enfance (qu’en effet je préférais éviter). Ou pire encore, que je cède aux illusions temporelles des sens auxquelles un génie du siècle dernier a voulu donner le nom scientifique et nullement approprié de « mémoire involontaire ».
Un après-midi – je vivais chez oncle Gianni depuis déjà presque deux ans – j’ai eu la preuve de comment le passé, pour nous tourmenter, utilise des coups de théâtre* pour le moins douteux.
La journée n’aurait pas pu être plus radieuse, ni les circonstances plus grisantes. En plein mois de mai, au Foro Italico, finale masculine des Internationaux de tennis : événement capital pour oncle Gianni et sa bande de canoteurs. Le match entre Yannick Noah et le (jeune alors) Miloslav Mečíř s’est révélé un spectacle d’une rare élégance, bien que dénué de l’incertitude qui contribue à rendre une compétition sportive mémorable : le lion de sang camerounais a dompté le matou tchécoslovaque en quatre sets foudroyants et pétillants. Après la remise de prix, avant de rejoindre d’autres amis pour dîner, nous sommes allés nous remettre au Bar du tennis à côté. Malheureusement oncle Gianni n’avait encore une fois pas oublié sa mauvaise humeur. Une chose que je commençais à comprendre sur les riches c’est qu’ils ont tendance à sortir de leurs gonds pour un rien. Rien d’autre ne pouvait expliquer pourquoi il n’avait pas hésité à maltraiter le jeune maître d’hôtel innocent à cause d’une erreur d’emplacement de notre table, à quelques mètres de celui prévu. À cette occasion le professeur Sacerdoti avait dégainé le jargon qu’il servait aux subordonnés en pareilles circonstances : avec le serveur qui se trompait dans la commande ou quand Washington, en repassant, ne marquait pas le pli du pantalon. « C’est une honte », avait-il dit d’une voix indignée et glaciale. Et il n’était plus resté au type qu’à se confondre en excuses. Le plus étonnant c’est que bien que plusieurs heures se soient écoulées depuis ce petit incident logistique oncle Gianni avait du mal à se ressaisir. Assis l’air sombre à la petite table à l’extérieur du bar avec son cocktail sans alcool, il goûtait d’avance le coup de téléphone de protestation qu’il allait passer le lendemain matin au président du CONI, un vieux copain de bringue.
C’est alors que je l’ai vu. Je ne l’ai pas reconnu immédiatement mais j’ai senti, non sans angoisse, que quelque chose de désagréable me liait à lui. Accompagné d’une très jeune fille, à deux tables de la nôtre, il ne cessait de regarder de notre côté. Puis, poussé par qui sait quel élan, il s’est levé et s’est approché de nous.
« Professeur. Quel plaisir de vous voir. » Il m’a suffi d’entendre la voix mielleuse, rendue rauque par l’accent romain, pour reconnaître en lui le type qui m’avait interrogé la nuit fatidique.
« Ah, docteur, a dit oncle Gianni, vous aussi vous êtes ici. »
Il était encore plus mal habillé si possible que la dernière fois : casquette de baseball, jeans, chaussures de sport et un affreux sac porté en bandoulière. « Je peux vous présenter ma fille ? Ah, ces enfants ! Elle n’a pas encore douze ans et le tennis est déjà sa raison de vivre. »
La même rhétorique, le recours récurrent à l’allusion, cette façon indécente d’afficher son orgueil paternel.
Oncle Gianni, sensible à toute présence féminine – même prépubère comme dans ce cas-là –, s’est levé et avec une galanterie excessive a exhibé son sourire séduisant des grandes occasions.
La fillette a rougi en baissant les yeux.
« Allons, Pamela, ne fais pas la timide. Salue comme il convient le professeur Sacerdoti. Ce monsieur est un maître, une célébrité. Tu l’as sûrement vu à la télé. Je te dis seulement qu’il a enseigné à ton père tout ce qu’il faut savoir sur le droit pénal.
– Docteur, ne dites pas cela, vous m’embarrassez », s’est défendu oncle Gianni en se rasseyant. Peut-être parce qu’il était désastreusement sensible à la flatterie, sa bonne humeur était soudain revenue.
Si j’étais frappé par la tendance des riches à la colère, ce qui me surprenait le plus chez les représentants de la soi-disant élite intellectuelle c’était la complicité intéressée qui semblait les lier en dépit des fonctions occupées. Comme si les oppositions qu’ils présentaient – aussi dures qu’elles pussent paraître au commun des mortels – étaient une mise en scène à l’usage du public. Comme si l’esprit de caste était plus fort non seulement que l’antipathie personnelle mais que n’importe quelle incompatibilité politique.
Par ailleurs il m’était difficile de décider ce qui était le plus méprisable. Que le type ne m’ait encore pas accordé un regard ? (M’avait-il reconnu ?) Que les deux hommes que j’avais vus la dernière fois engagés dans un affrontement dur échangent maintenant des salamalecs ? Qu’ils n’aient pas éprouvé le besoin de m’impliquer, comme si je n’étais pas là, comme si je n’existais pas, comme si je n’avais pas droit à un tas de questions restées jusque-là sans réponse ?
Quand le magistrat a pris congé, oncle Gianni s’est bien gardé de me demander si j’avais compris qui il était. D’un geste rapide il a fini son verre d’un trait et a déclaré que nous étions en retard. Même pas une allusion à l’avocaillon qui grâce au témoignage qui m’avait été extorqué malhonnêtement avait obtenu que mon père soit condamné à vingt ans de réclusion.
Quant à moi, je ne parvenais pas à me libérer de la sensation d’irréalité dans laquelle la brève scène s’était déroulée. Je me demandais si la cordialité ridicule entre oncle Gianni et le persécuteur de mon père n’autorisait pas de mauvaises pensées à se manifester. Je m’étonnais aussi que le fils dont il m’avait parlé durant l’interrogatoire ne soit pas là. Je me suis surpris à penser méchamment qu’il n’y en avait peut-être pas. Peut-être n’y avait-il pas un mot dans ce qu’il m’avait dit cette nuit-là qui n’ait été un mensonge.
En tout cas, incidents mis à part, la coexistence avec oncle Gianni s’était révélée plus légère et plus confortable que je n’avais pu l’imaginer. Pour me soustraire au monde embarrassant de mes parents il m’avait inscrit dans une école privée gérée par des Salésiens qui bien qu’en conflit avec l’idéal juif répondait à la nécessité de me plonger dans un milieu nouveau, protégé et aisé.
L’exemption du cours de religion et de la messe du lundi matin, bien loin de me nuire, m’a apporté dès la première année la popularité réservée aux élèves exotiques. Il faut comprendre ceux chez qui j’arrivais : au fond, j’étais le premier Juif (ou soi-disant tel) qu’ils aient jamais vu. D’autres facteurs ont contribué au brusque changement de statut, notamment les transformations bénéfiques subies par mon organisme en révolution : les purges infligées par ma mère, à base de dentistes, oculistes, orthopédistes, donnaient leurs premiers fruits inespérés : d’une semaine à l’autre les dents brillantes et impeccablement rangées ont été adaptées aux cheveux ondulés et au teint vivifié par la pratique sportive. À cause d’une sévère intolérance oculaire j’ai dû renoncer aux seules lentilles de contact capables de corriger mon astigmatisme : rien de grave, au fond les lunettes étaient conformes au personnage que j’étais décidé à interpréter dorénavant.
Compte tenu du contexte, m’affirmer intellectuellement a été un jeu d’enfant. Par rapport au mal que je m’étais donné les années précédentes pour atteindre le minimum exigé dans toutes les matières, je me suis vite rendu compte que dans ma nouvelle école il suffisait de la moitié des efforts pour exceller.
Et c’était un établissement de luxe ? Eh bien, je ne sais pas comment ça fonctionne dans d’autres pays, mais chez nous les classes dominantes non seulement se fichent de l’instruction supérieure, mais en général elles cultivent des intérêts culturels sporadiques et pour ainsi dire ornementaux. Ce qui explique pourquoi cette école avait acquis avec le temps la réputation pas vraiment recommandable de refugium peccatorum pour rejetons nobles et analphabètes qui, ayant échoué ailleurs, avaient trouvé un institut où la réussite aux examens était comprise dans le prix scandaleusement exorbitant.
Après de tels préliminaires, certains auraient pu juger guère sage que moi, fidèle à l’exemple fourni par Francesca, je sois toujours vu avec un livre dans la vaste poche de ma veste Barbour. Mais il se serait agi d’un jugement hâtif. Même si pour mes nouveaux camarades le dernier modèle de Porsche Carrera était un sujet de conversation plus passionnant que n’importe quelle discussion politique, littéraire ou philosophique, il était clair que la supériorité intellectuelle provoquait chez eux une timidité dont il aurait été stupide de ne pas profiter. Après tout, les plus riches étaient fils de mécènes et de collectionneurs d’art qui s’ils devaient choisir auraient préféré inviter à dîner Umberto Eco ou Milan Kundera plutôt qu’un champion sportif ou une jeune actrice célèbre. Pour eux la culture n’était indigeste que si elle était minée par l’insuccès social et financier, et le ressentiment de classe qui en découle. Ce qui explique d’une part un mépris diffus à l’égard des enseignants, de l’autre la considération dans laquelle ils tenaient les ambitions artistiques capables de garantir à qui les cultivait célébrité et prospérité.
Naturellement tout ça ne me concernait pas. On pouvait dire de moi que j’étais un étudiant bizarre et intéressant, le énième excentrique sorti d’on ne sait où. Mais il se trouve qu’en dehors des livres dans la poche et de ma retenue dandy je pouvais montrer un niveau de vie égal au leur. Ce qui suffisait à me garantir considération et indulgence. Je n’ai pas tardé à comprendre que la véritable différence entre la bonne école publique d’où je venais et la très mauvaise école privée où j’avais atterri consistait dans le poids différent accordé à la solvabilité et aux patrimoines. Mes anciens camarades de classe se fichaient de l’endroit où vous habitiez ou alliez en vacances, autrement dit des futilités que mon nouveau camarade de banc m’a arrachées dans l’interrogatoire serré du premier jour.
Serait-ce insuffisant pour expliquer le succès rencontré par oncle Gianni ? Tous le connaissaient soit par ses apparitions à la télévision ou par son rôle prééminent dans certains procès faisant l’objet d’une ample couverture médiatique, soit par le prestige académique ou politique qui émanait de chaque fibre de ses costumes sur mesure. Les parents de mes camarades qui avaient eu la chance de suivre ses cours en gardaient un souvenir enthousiaste ; un jour le camarade en question m’a mis sous le nez un entrefilet qui annonçait la énième charge gouvernementale qu’oncle Gianni était sur le point de refuser. Que ce soit lui qui vienne aux réunions trimestrielles où les enseignants chantaient mes louanges avait éveillé la curiosité de beaucoup de parents. Que faisait là le grand homme ? Célibataire endurci, don juan au long cours, de quel chapeau avait-il sorti le garçon dont il s’occupait aussi affectueusement ? Le fils secret qu’il avait eu d’une de ses maîtresses de la haute société ? Un neveu retrouvé ?
Quand j’ai compris ce qui se passait j’ai su répandre habilement des détails sur une autre parenté illustre : eh bien oui, j’étais le neveu de Tullia Del Monte, son neveu préféré, semblait-il. À l’exception de ces vantardises inoffensives, je veillais à ne pas fournir de détails sur ma vie.
Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que mon attitude fuyante, loin d’atténuer la curiosité que je pouvais susciter chez les autres, l’excitait. Il y avait là un danger sur lequel il fallait être vigilant. Pour éviter des surprises désagréables il était nécessaire d’exercer un contrôle sur les bruits qui ne cessaient de circuler, même si je devais donner en pâture à cette bande de cancaniers des plats aussi artificiels que succulents. Assuré que mon voisin de banc faisait fonction de caisse de résonance efficace – il avalait n’importe quoi à l’usage de toute l’école – j’ai jugé bon de l’utiliser dans mes manœuvres sournoises pour les égarer tous. Au énième interrogatoire qu’il m’infligeait, feignant une douloureuse réticence, j’ai laissé échapper que mes parents avaient été victimes d’un terrible accident qui m’avait laissé orphelin. C’était un bobard suffisamment proche de la réalité pour me permettre, au cas où je serais démasqué, de me rétracter rapidement. Comment du germe d’une confidence aussi vague aient pu naître des racontars bien plus romanesques et circonstanciés je ne saurais pas le dire. Et je ne dispose pas de preuves suffisantes pour accuser mon voisin de banc indiscret. En tout cas, selon ces nouvelles conclusions, mes parents avaient été victimes d’un accident d’avion au-dessus de la forêt amazonienne. D’après ces ragots délirants, à cette époque-là mon père occupait un poste diplomatique délicat auprès de l’ambassade d’un pays sud-américain en ébullition. Bref, voilà d’où je venais. Voilà pourquoi dans un univers où tout le monde se connaissait depuis toujours personne n’avait entendu parler de moi. Mais surtout voilà qui expliquait les bizarreries et le snobisme dans lesquels je me complaisais. On disait même que je parlais mieux l’espagnol que l’italien.
À quiconque veut entreprendre une brillante carrière d’imposteur je conseille de fournir le minimum de détails sur son passé imaginaire. Par exemple, cette histoire d’espagnol (dont je ne connaissais qu’une poignée de phrases toutes faites) m’a poursuivi longtemps comme une menace. Elle m’a exposé plus d’une fois à des risques mortels. Je me rappelle avec terreur le soir où la mère d’un camarade, une belle dame de Séville, poussée par son fils et pour me mettre à l’aise, a lancé des phrases en castillan. Hésitant entre faire semblant de m’évanouir et inventer un prétexte humiliant pour courir aux toilettes, je m’en suis tiré avec un de ces sourires suffisamment timides et sardoniques pour décourager des échanges ultérieurs.
Comme faire de l’épate ne coûte pas cher, le risque est d’y prendre goût. Le mensonge devient alors un habitat qui n’est que trop confortable, et vous vous retrouvez l’otage de vos balivernes comme il arrive à trop de journalistes malhonnêtes et aux rares excellents romanciers encore en circulation. Alors oui vous pouvez vous exposer à des accidents fâcheux.
À ce propos, la dernière année j’ai fait un numéro qui m’a apporté une notoriété extrêmement éphémère.
Il faut dire que désormais, à la veille de l’examen final, j’étais bien intégré, je n’avais plus besoin ni de me cacher ni de m’exposer, mais à l’évidence tellement gâté par ma longue impunité que je ne craignais pas de la mettre en danger.
Ce matin-là nous avions été rassemblés dans la grande salle pour assister à une conférence sur « Boèce et la scholastique » donnée par un professeur qui enseignait la philosophie théorétique dans une université de province. Je ne devais apprendre que plus tard qu’il était le grand-père d’une camarade de classe et qu’il se vantait d’une vieille amitié avec le proviseur, le machiavélique père Solani.
Pour remplir cette salle ornée de grotesques et bourrée de demi-bustes de marbre toutes les classes avaient été mobilisées. Tout en partageant avec le reste du public un désintérêt considérable pour la conférence, j’étais heureux d’avoir pu remettre le devoir de grec au mardi suivant.
L’apparition du conférencier sur l’estrade a déclenché le mouvement d’hilarité habituel, généralisé encore que maîtrisé. Je parle d’un petit bonhomme dont l’autorité était menacée par la mèche désastreuse rabattue pour dissimuler sa calvitie, et adaptée à ses gestes onctueux et aseptisés. Il portait un costume de flanelle grise élimé aux coudes et fripé aux extrémités. Le père Solani l’a présenté en débitant des titres qui n’auraient pas pu être plus flatteurs.
La première demi-heure s’est passée dans une exhibition de pédanterie ordinaire. Le débit morne de l’orateur était fait pour tuer dans l’œuf toute curiosité et sa voix parfaite pour un petit somme.
J’ai été réveillé par une expression colorée inattendue et tout à fait inappropriée qui s’est échappée soudain des lèvres exsangues du conférencier comme un lièvre apeuré : le « poison juif ». Textuel. Je ne me rappelle pas comment cette expression méprisable, sinistrement emphatique, a été accueillie. Mais je me rappelle qu’après l’avoir prononcée l’orateur qui ne parvenait plus à retrouver le fil et à se dominer a commencé à accumuler des arguments antisémites tellement délirants qu’ils permettaient de soupçonner que le baratin sur Boèce servi jusque-là n’avait été qu’un prélude et un prétexte. La seule chose dont il voulait nous parler, la seule qui lui tenait à cœur, la seule qui justifiait sa présence sur l’estrade et dans le monde était sa hargne inoxydable envers les Juifs. « Je pense que tous les maux de notre temps, le matérialisme, le consumérisme, l’égalitarisme, la promiscuité sexuelle, la pornographie dérivent de l’immanentisme du Juif Spinoza. Je vous prie de me croire, mes enfants, quand j’affirme que le Juif Spinoza est le responsable de toute l’horreur qui nous entoure. »
Il n’était nullement nécessaire d’être un fan déclaré de Spinoza pour comprendre que faire précéder son nom du terme « Juif » n’était pas un signe d’estime. Si j’avais entendu quelqu’un dire « la Juive Gabriella Sacerdoti » je n’aurais pas pensé qu’il avait une bonne opinion de ma mère. Oui, ma mère. Tout bien réfléchi je ne l’avais jamais entendue parler de ses origines. Je ne savais pas ce qu’être juive signifiait pour elle. En revanche, j’avais un souvenir plutôt net de quand, en voiture ou dans la salle d’attente d’un médecin, de la manière la plus sournoise et sous des prétextes pédagogiques elle m’obligeait à lire de longs articles sur Israël qui l’intéressait plus que tout autre sujet politique ou d’actualité. Dieu que cette femme était mystérieuse. Ce n’est qu’après sa mort qu’il m’est arrivé d’y repenser. Je me demandais pourquoi elle, précisément elle, qui avait tout fait pour rejeter le judaïsme, en épousant le « Cananéen », en privant son fils unique d’une conscience juive et de pedigree, s’intéressait autant aux questions touchant à un pays étranger avec lequel elle avait peu de contacts. Bonne question. Il devait s’agir d’une contrainte atavique, d’une tare héréditaire inéluctable, la même qui avait poussé Francesca à tout abandonner pour accomplir sa maudite alya. En voilà une autre : la Juive Francesca Sacerdoti. Elle aussi, d’après les propos du clown sur l’estrade, s’était réfugiée en Israël pour en finir avec le matérialisme, le consumérisme, l’égalitarisme, la promiscuité sexuelle et la pornographie typiques de toute jeune fille juive ? En écartant la rancœur dont j’avais du mal à me libérer, il me semblait clair qu’aucune des qualités mises en cause par ce salaud d’exalté ne contribuait à une description plausible de la Juive Gabriella Sacerdoti, et encore moins de la Juive Francesca Sacerdoti. Peu importe si l’une avait lutté pour mettre son ascendance entre parenthèses et l’autre, au contraire, avait cherché à lui donner un sens. Restait le fait que leur manière d’être juives n’avait pas grand-chose à voir avec le portrait féroce ébauché par l’orateur.
Depuis que je partageais mes journées avec oncle Gianni j’avais souvent entendu parler du danger antisémite qui pesait sur nous tous, mais c’était la première fois que j’en éprouvais les conséquences personnellement. Je n’aurais jamais cru qu’une chose qui me concernait de loin et aussi superficiellement pouvait me bouleverser autant.
En regardant autour de moi je suis resté stupéfait par l’absence générale de stupéfaction. Personne ne bronchait, ni élèves, ni professeurs, ni même le père Solani. Je me suis demandé comment aurait réagi oncle Gianni devant tant d’indifférence. Avec sa manie de voir des antisémites même là où il n’y en avait pas, il n’aurait certainement pas laissé passer l’occasion de donner une leçon à un type qui en était un sans l’ombre d’un doute. Il faut répéter cependant qu’en dehors de toute idiosyncrasie oncle Gianni était tout sauf un bigot. S’il l’avait été il ne m’aurait pas inscrit dans une école clérico-fasciste rien que parce qu’une de ses maîtresses haut placée la lui avait recommandée. (« Que des garçons convenables et bien habillés ; jamais une grève, jamais une assemblée générale, sans parler de ces horribles occupations des lieux. ») Par ailleurs, les notions assimilées durant mon apprentissage pour ma bar mitzvah tardive à laquelle je ne m’étais soumis que par gratitude n’avaient pas laissé de traces significatives. Que restait-il des interprétations talmudiques, de l’alphabet hébreu ou de la fréquentation d’une divinité aussi vindicative et fuyante ? Rien qui m’inspire assez pour déraciner l’athéisme que mes parents m’avaient si bien inculqué. Au contraire, les livres qui occupaient une section assez considérable de la bibliothèque d’oncle Gianni déployée dans trois vastes pièces au rez-de-chaussée de sa maison de campagne méritent un commentaire à part. C’était sur ces volumes que s’était formée ma sensibilité juive toute nouvelle, et pour le moment encore limitée.
Améry, Levi, Bettelheim, Wiesel et beaucoup d’autres, ce sont eux qui se sont chargés, sinon de me révéler, sûrement de me raconter en détail, avec toutes les terrifiantes implications possibles, ce que certains psychopathes sans scrupules avaient infligé à des masses inimaginables d’individus dont la faute consistait à être nés dans la famille qu’il ne fallait pas. Bien qu’il y ait quelque chose d’insensé dans la façon dont j’absorbais les réflexions douloureuses, indignées et extrêmement lucides de ces délaissés de génie, il s’agissait de la seule chose de la condition de Juifs qui parvenait à me captiver. Non pas les doctrines, les prescriptions alimentaires, les divagations mystiques, les barbes épaisses, le génie artistique, l’utopie sioniste, mais plutôt les vexations, les déportations, les tortures, les massacres subis par mes coreligionnaires pendant des millénaires d’Histoire. Il devait y avoir quelque chose qui ne tournait pas rond chez moi, quelque chose d’assez maladif et mélodramatique pour me pousser à m’identifier avec les humiliations endurées par tant de malheureux qui étaient morts ou s’étaient sauvés de justesse. Au fond de mon cœur je savais bien que c’était injuste, que je ne devais pas me le permettre, que je n’avais pas le droit de m’approprier une souffrance que j’avais du mal à imaginer. Et pourtant je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir attiré comme nous nous sentons attirés par ce qui nous dépasse. Ce qui explique peut-être ce qui m’a poussé à surmonter les réticences inhérentes à la honte et à interrompre publiquement le conférencier pour lui demander à brûle-pourpoint de s’expliquer sur ses termes injurieux. Qu’est-ce qui était le plus stupéfiant ? Ma réaction impulsive ou celui qui l’avait provoquée ? Car le type sur l’estrade n’était pas l’antisémite de salon classique mal vu de mon oncle – le journaliste radical qui dénonce les abus de l’armée israélienne, la dame qui traite son mari avare de « rabbin ». Pas du tout ! Celui-là était le genre d’antisémite dont parlaient Améry, Levi, Bettelheim, Wiesel, un type humain (si l’on peut dire) que je croyais éteint, objet archéologique d’une époque barbare qui, selon mes naïves convictions juvéniles, ne reviendrait plus jamais.
Je me suis pris à crier : « Comment vous permettez-vous ? Vous n’avez pas honte ? » J’ai renchéri : « Vous n’avez pas honte ? » J’étais si peu habitué à tempêter que mes exclamations m’étaient sorties plus stridentes que puissantes.
Le silence qui s’est abattu sur la salle était tellement glacial qu’il m’a pétrifié. Il m’était déjà arrivé d’être l’objet de l’attention générale, mais jamais d’une manière aussi spectaculaire. Et voilà que là où les paroles inadmissibles du professeur avaient échoué, les miennes avaient réussi : laisser tout le monde ahuri.
Le seul à ne pas perdre le contrôle a été l’orateur lui-même. Accoutumé aux protestations de certains casse-pieds, il savait comment les remettre à leur place.
« Comment vous permettez-vous, vous, plutôt ? Et ce n’est certainement pas moi ici qui dois avoir honte. »
La leçon de bon ton qu’il m’a donnée ne manquait pas d’éloquence : il se serait attendu à tout sauf à ce que dans une assemblée aussi bien élevée et convenable puisse se cacher un malotru de mon espèce. Comment osais-je l’interrompre ? On ne m’avait pas appris que ce n’était pas une façon de se comporter ? Il n’avait rien contre le débat d’idées, au contraire il avait même un faible pour la contradiction à condition qu’elle soit exprimée de la manière et au moment appropriés.
Pour une fois j’étais tellement convaincu d’avoir raison que je lui ai dit ce que j’en pensais : non seulement ses paroles étaient inqualifiables, mais je trouvais déconcertant d’être le seul, dans cette assemblée bien élevée et convenable, à les considérer comme telles.
Il m’a défié : « Expliquez-vous mieux.
– Il n’y a pas grand-chose à expliquer. Vous êtes un nazi ! » lui ai-je crié de toutes mes forces. Et je l’ai de nouveau imité : « Et de la pire espèce. »
Tout à coup, la grande salle qui jusque-là, peut-être en raison du spectacle bizarre, avait retenu son souffle a commencé à s’animer. Très vite le bourdonnement a été remplacé par une rumeur obscure et oppressante. Alors, comme venu des fondations de ce vieil édifice, s’est élevé un grondement. Sur le coup il a été difficile de préciser ce qui l’avait provoqué. J’exclurais l’indignation. Dans certaines circonstances la stupeur fait encore plus de dommages. Et celle qui était en train de monter était le genre d’agitation inspirée par la frayeur. Je doute que quelqu’un là-dedans ait jamais entendu un élève apostropher un enseignant de cette manière. Quant à lui, le professeur, indigné comme il l’était, il n’a rien trouvé de mieux que ranger ses notes dans sa serviette, descendre de l’estrade et gagner la sortie en grommelant comme un détraqué.
Le père Solani a dû s’avancer. Il l’a fait d’un pas fatigué. Il s’est approché du micro. On voyait qu’il était contrarié. Il m’en voulait, bien sûr, mais il en voulait aussi et surtout à son ami. Comment cet exalté avait-il pu exposer son école à un tel danger ? Ce sur quoi le père Solani ne transigeait pas c’était la réputation de son institution. Le seul lycée catholique de Rome à ne pas exiger de certificat de baptême ; une tradition de tolérance interreligieuse honorée depuis toujours avec orgueil et rigueur. Et maintenant ? Si cette histoire circulait, si elle arrivait à des oreilles malveillantes ? Imaginez le scandale ! Comment effacer une tache aussi infamante ? D’un point de vue médiatique le père Solani était présent partout. Assisté d’un service de presse digne d’une production cinématographique, il faisait chaque année plusieurs apparitions à la télé pour promouvoir « Le meilleur enfant d’Italie » : la kermesse qu’il avait imaginée dans le but de récompenser des enfants nés dans un environnement difficile et qui s’étaient distingués par une action héroïque et charitable. Son financement était assuré par de riches bienfaiteurs dont les fils (décidément moins vertueux que les récompensés) réussissaient tous les ans aux examens d’une façon quelque peu douteuse.
Comment concilier une récompense aussi méritée et une accusation d’antisémitisme ? L’idée d’apparaître au journal de vingt heures pour se disculper d’un tel dérapage était un cauchemar auquel il ne voulait pas penser. Il savait cependant qu’il ne pouvait pas se déculotter devant tout le monde. S’excuser publiquement signifierait admettre une faute dont honnêtement il ne se sentait pas coupable et en même temps assumer une responsabilité qu’exprimée ainsi, coram populo, il ne pouvait pas ravaler. Il avait été imprudent. C’était tout. Rien de grave, rien d’irréparable : avant de se laisser submerger par un déluge d’indignation il allait vendre cher sa peau. D’ailleurs il était trop habile pour ne pas comprendre qu’à ce stade la bonne renommée de l’école était entre les mains d’un élève instable, bagarreur et, comme tous ses coreligionnaires, horriblement susceptible. Il était évident que ce ne serait pas facile de le ramener à la modération. Qu’il soit neveu d’un avocat de renom et d’une célébrité du cinéma, tous deux juifs et très engagés dans la lutte contre la discrimination raciale, qu’il soit le seul Juif de l’école rendait l’affaire encore plus épineuse.
Il s’est adressé à moi avec une suffisance de prêtre, en m’appelant par mon nom. Il a admis que tout était très désagréable : Dieu savait comme il comprenait ma contrariété, sans parler de mon embarras. Mais peut-être, si j’avais essayé de considérer les faits dans leur juste perspective, si je ne m’étais pas laissé aller à mes impulsions, si j’avais réfréné une colère légitime… Il connaissait le conférencier depuis des années, c’était une personnalité académique importante aux idées provocatrices et controversées qui parfois dépassait les bornes. Il n’y avait pas de doute là-dessus et il ne le niait pas. Cela dit, c’était un homme inoffensif qui n’aurait pas fait de mal à une mouche. Nazi ? Par pitié. Un bon chrétien avec une légère tendance à l’exagération rhétorique. Son diagnostic du mal qui frappait notre époque était juste ; sur ses causes et ses antidotes le père Solani avait lui aussi ses doutes. Aussi m’invitait-il à séparer les opinions audacieuses du chercheur de longue date de la personne qui les avait exprimées d’une façon indubitablement imprudente mais en tout cas sincère et courageuse.
« Courageuse ? Vraiment ? » ai-je demandé sur un ton sarcastique.
Après tant d’agitation, on aurait entendu une mouche voler. Jamais en un demi-millénaire d’Histoire, cette salle bondée n’avait connu un silence aussi parfait, jamais un désaccord sur les plus grands systèmes moraux n’avait provoqué autant d’intérêt dans un public aussi frivole et indolent.
« Écoute, a-t-il dit de plus en plus conciliant. C’est presque l’heure de la récréation. Allons tous nous restaurer. Ensuite, si tu en as envie, viens dans mon bureau et nous en parlerons. Ce qu’il faut c’est un échange amical d’opinions. Élever la voix ne sert à rien. Discuter ici devant tout le monde non plus. Il faut baisser le ton. Je te connais. Je t’admire. Tu es un garçon précieux, un élève irréprochable, le fleuron de notre petite famille un peu turbulente. Je voudrais que dans cette école tous aient tes notes et ta conduite digne d’éloges. Je compte sur ta compréhension. Tu verras, devant un bon café nous trouverons le moyen de parler tranquillement de ce qui vient de se passer, sans exagérations. Et si Dieu le veut nous dépasserons cet incident regrettable. »
Il me coinçait. Sans aborder le sujet, sans reconnaître les torts, sans présenter d’excuses il avait fait appel à mon bon cœur en rendant normale une affaire qui ne l’était guère. Avec l’habileté diplomatique qui le distinguait il avait confié la défense de ce qui lui tenait le plus à cœur au bon sens diplomatique, à l’émotion, à la fraternité entre les peuples. Si je l’avais suivi j’aurais fait son jeu en me mettant dans mon tort. J’entendais déjà les commentaires : l’habituel Juif susceptible et vindicatif ; l’habituel Juif impertinent qui joue la victime. Comment les blâmer ? Face à certaines réactions entêtées d’oncle Gianni il m’était arrivé à moi aussi de le penser.
C’est alors que mes lèvres ont articulé la vantardise la plus horrible que j’aie jamais imaginée. Je lui ai dit que j’aurais voulu le voir à ma place. Eh bien, je doutais que si les nazis avaient tué ses grands-parents maternels il aurait trouvé aussi naturel de dépasser cet incident regrettable.
Bref, ce n’était pas le bobard de protection habituel mais une énormité aux proportions homériques, une fanfaronnade de Guinness des records capable (si quelqu’un s’était donné la peine de la vérifier) de me discréditer à jamais. Ne restait qu’à comprendre ce qui me l’avait inspirée : l’attitude méprisable du conférencier ? L’hypocrisie du proviseur ? L’indifférence du public ? Ou peut-être pas. Je me trompais peut-être en cherchant des réponses à l’extérieur. Parce qu’en fait elles étaient toutes là à l’intérieur : dans un revanchisme insatiable, dans la double vie que je menais depuis trop longtemps, dans une victimisation tellement enracinée qu’elle virait à la paranoïa. Quelle que soit la manière de la juger, le fait était que ce mensonge, dans la pénible histoire de mon imposture, représentait un saut qualitatif aussi considérable qu’irréversible. Une ignominie déguisée en chantage moral. Il n’y avait pas d’acte plus abject que parler au nom d’Améry, Levi, Bettelheim, Wiesel. Rien n’était plus douteux et plus impudent que s’emparer du malheur atroce qui les réunissait et s’en glorifier à leur place.
Ce n’étaient plus des parents disparus dans le ciel de la forêt amazonienne. Ni une enfance sud-américaine aventureuse ! Personne n’aurait jamais pu m’accuser d’avoir lancé certaines histoires romanesques ; j’avais été suffisamment prudent pour ne pas les débiter publiquement, ma faute était de ne pas les avoir démenties, mais du reste, pourquoi aurais-je dû le faire ? Eh bien, c’était une autre affaire. Cette fois la confession avait eu lieu devant tout le monde : enseignants, camarades de classe et même quelques appariteurs. Qu’il s’agissait d’une pierre milliaire avec laquelle je devrais compter au moins jusqu’au diplôme sinon bien au-delà m’est apparu comme une évidence quand j’ai vu le visage du père Solani devenir livide comme je ne l’avais jamais vu.
Consterné, il a balbutié : « Je me rends compte, mon garçon, d’une chose monstrueuse. Je ne peux même pas imaginer. D’ailleurs, je ne pourrais pas… Mais maintenant que je sais je suis encore plus convaincu de la nécessité d’une conversation seul à seul. Je te renouvelle mon invitation. Libérons tes camarades. Tu entends comme ils piaffent ? Envoyons-les en récréation et viens dans mon bureau. Je suis sûr que nous trouverons la meilleure solution. Pour l’instant laisse-moi te dire que je suis de tout cœur avec toi. Et que pour le peu que cela vaut, je te promets sur mon honneur que tu n’assisteras plus à une exhibition de ce genre. Pas ici, pas sous ma direction. »
Ce n’est que dans son bureau quelques minutes plus tard que j’ai pu constater l’importance de mon ignoble triomphe. Les flatteries dont j’ai été l’objet n’ont eu d’égal que l’embarras qu’elles ont su me provoquer. Bouleversé par une émotion que mon interlocuteur a attribuée à des sentiments beaucoup plus élevés que ceux qui me secouaient en réalité, je l’ai assuré que je me tairais, que l’affaire en restrait là, que je n’en parlerais ni à mon oncle ni à personne d’autre. Il ignorait naturellement que j’avais des raisons bien plus impérieuses – raisons que même un esprit cynique comme le sien aurait eu du mal à concevoir – pour que cet incident fâcheux ne franchisse pas les bastions noirs de l’institut.
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