La faute

Alessandro Piperno · Chapitre 8 sur 34

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La faute

Mystères Maternels

 

 

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Bref, les nuits étaient si peu faites pour moi que je rêvais de vivre dans un monde sur lequel le soleil ne se coucherait jamais.

Ce n’était pas toujours à cause du silence comme dans la scène que je viens de décrire. Il y avait encore pire que rester là dans son petit lit à les imaginer morts et c’était les savoir vivants, vigoureux, aguerris, et précisément pour cette raison fous de rage l’un contre l’autre et prêts à se sauter à la gorge.

Les disputes éclataient avec une ponctualité horrible aussitôt après minuit. Le tapage était suffisamment violent et grossier pour donner la sensation qu’il venait de créatures surnaturelles.

Parfois les insultes volaient : « salaud », « tas de merde »… Si l’on considère les bonnes manières de l’une et l’indulgence de l’autre, y avait-il preuve plus irréfutable du bouleversement simultané de leurs personnalités, sinon carrément de quelque chose de pire ? C’était pour cette raison qu’ils ne voulaient pas que j’aille les voir en pleine nuit ? Ils avaient peur que je découvre leur secret ?

Peine perdue ! Tout en n’ayant aucun moyen de le vérifier, j’étais sûr que ces voix altérées, chargées de timbres hostiles qui envahissaient tout à coup l’obscurité de ma chambre et explosaient dans les ténèbres de mon cœur n’appartenaient pas aux maman et papa persuasifs qui m’avaient expédié au lit avec une petite tape sur la nuque, mais à un couple de sosies, d’imposteurs possédés de je ne sais quel démon, obsédés par cet unique, incontournable sujet : les ennuis financiers qui nous écrasaient et nous mèneraient à la ruine.

Dommage que les enfants soient aussi désespérément dépourvus du sens de l’humour. Il ne m’aurait d’ailleurs pas beaucoup servi pour comprendre à quel point, dans certaines circonstances, mes parents savaient se rendre ridicules. Bien que l’objet de leurs querelles d’avant l’aube soit en fin de compte monotone, les questions particulières pouvaient prendre, selon les caprices de l’un ou les lubies de l’autre, des formes nouvelles et imprévisibles. Une fois ils se sont disputés sur la tenue la plus indiquée pour demander une prolongation de crédit à un directeur de banque ; l’éloquence avec laquelle lui a défendu la supériorité du style décontracté aurait mérité un tout autre public. Une autre nuit la discussion a pris un tour inopinément idéologique ; cette fois c’était elle qui ne comprenait pas comment il réussissait à concilier idéaux communistes et consumérisme compulsif.

J’admets que ce qui m’exaspérait c’était surtout le comportement de ma mère (ou sa remplaçante) : la façon dont elle sortait de ses gonds et perdait toute inhibition dialectique, manquant à sa discrétion proverbiale.

Même en classe (elle enseignait les mathématiques dans le bon lycée public où j’allais passer les années les plus anonymes de ma vie) elle était célèbre auprès de ses élèves et de ses collègues pour sa capacité de ne pas se démonter face aux urgences. Par exemple, le matin où un garçon de troisième D, en pleine crise psychotique, avait sorti un couteau et menaçait sa voisine qui (on allait l’apprendre par la suite) l’avait repoussé. Au début ma mère l’avait laissé s’épancher ; puis, ayant obtenu que la fille aille aux toilettes se ressaisir, elle s’était fait remettre l’arme mieux qu’un négociateur professionnel. Le tout sans discours superflu. Elle est devenue très populaire mais aussi très redoutée, alimentant ainsi le mythe de sa concision olympienne et résolue.

Je me demandais qui parmi ces élèves craintifs aurait jamais pu la reconnaître dans la noctambule enflammée de la chambre voisine.

En tout cas, quels qu’ils aient été et d’où diantre ils soient sortis, les entendre aussi mutuellement enragés ne servait qu’à aggraver mon sentiment d’oppression, de solitude et de découragement. J’étais impatient de me rendormir, ou encore mieux d’être complètement réveillé par la sirène du camion de nettoyage ou le chant des tourterelles ou n’importe quoi qui me donne la garantie que la nuit était finie et que cette fois encore nous nous en étions sortis.

D’habitude maman ouvrait la porte de ma chambre avant l’heure convenue pour que je puisse paresser un peu. Une heure plus tard elle arrivait avec le lait et le Nesquik, jamais bouillant mais tiédi exprès ; alors seulement elle tirait le rideau, assez pour me permettre de la voir en face et constater que la mauvaise nuit qu’elle avait passée n’avait pas laissé de traces significatives. Elle était redevenue elle, flegmatique, souriante, emmitouflée dans sa petite robe de chambre en mérinos bleue de la veille. Les chaussettes chauffées sur le radiateur qu’elle m’enfilait avant de me tirer du lit et me livrer à l’hiver froid de la vie étaient tout ce dont j’avais besoin. L’ennui c’est qu’au lieu de résoudre les mystères de son identité ces attentions contribuaient à les épaissir ; en toute logique, cette petite fée de l’aube était la même que la Gorgone furibonde qui avait passé les dernières heures de la nuit à engueuler mon père.

Avant de partir, comme si je n’étais pas encore assez troublé, elle m’ordonnait d’aller lui dire bonjour. En me rappelant le traitement qu’elle lui avait réservé quelques heures plus tôt, je la regardais perplexe.

« Ne fais pas la tête. Tu sais qu’il y tient. »

Déjà en blouse, alourdi par mon cartable, je retournais sur mes pas, juste à temps pour le voir sortir de la salle de bains habillé à sa façon : jeans, blouson et bottines noires.

Le voilà, armé de bonne volonté mais visiblement pas de la foi nécessaire pour l’économie de marché, prêt à partir pour la province, décidé à convaincre des grossistes riches, frustes et méfiants que les entreprises italiennes d’électroménager qu’il représentait étaient meilleures que les allemandes en vogue pour lesquelles il affichait un mépris patriotique.

Il était clair que ce travail ne lui convenait pas. Qu’il le considérait comme un repli humiliant. Éloigné comme il l’était du style de vie qu’il s’était imaginé quand en deuxième année d’université, ayant échoué aux examens, il avait lâché l’ingénierie pour donner du sens et de la beauté aux choses. Séduit par la folle propagande dionysiaque typique de ces années-là – la vulgate selon laquelle toute forme d’expression, de préférence frivole et velléitaire, est digne de considération – il s’était lancé tête baissée dans la recherche de lui-même. Acteur, scénariste, guitariste, auteur de chansons, poète, il n’y avait pas d’activité non rétribuée qu’il n’ait entreprise avec enthousiasme. Que lui importait ? Jeune, très beau, animé d’un optimisme congénital et financé par papa, il pouvait glander éternellement. Ensuite, ma mère était sortie de Dieu sait où (sur ce point les réticences abondaient) et avec elle les premières responsabilités adultes – mariage, paternité, dépenses courantes – suivies de la faillite de la concession Alfa Romeo. Mais même alors il ne s’était pas avoué vaincu. Au contraire, il avait voulu se recycler dans l’import-export. D’abord en essayant d’importer sur le marché italien certaines sandales tibétaines à semelle de bois dont l’inconfort proverbial semblait conçu pour favoriser un recueillement spirituel adéquat. Puis, las de l’austérité et du mysticisme, en misant tout sur des carburateurs chromés par une entreprise de Hanovre.

La dette accumulée auprès des banques pour ces années de sottises et de folies constituait le lest qui des années plus tard continuait de grever notre bilan familial.

Depuis, il avait pris deux tailles et perdu beaucoup de cheveux.

Un matin je l’ai trouvé dans la chambre en train de vider fiévreusement le sac à dos militaire dans lequel il mettait ses échantillons. Soudain il a grogné : « Merde, où est-ce que je l’ai mis ? » Quand il s’est rendu compte de ma présence il m’a demandé si mes amis me questionnaient parfois sur son travail. Il semblait démoralisé, abattu. Les nuits précédentes les disputes avaient été plus sanglantes que d’ordinaire. Ma réponse évasive n’a pas apaisé sa mauvaise humeur, au contraire. « Eh bien, s’ils devaient le faire, reste dans le vague et dis que je suis quelqu’un qui se déplace beaucoup. » Textuellement. Quelqu’un qui se déplace beaucoup. Visiblement, aussi étrange que cela puisse me paraître maintenant, il ne supportait pas l’idée que des enfants d’école primaire qui ne le connaissaient même pas puissent le considérer comme un simple représentant, un voyageur de commerce ou, Dieu nous garde, un minable démarcheur. Disons qu’il valait mieux qu’ils le voient comme un grand voyageur, un auto-stoppeur, une espèce de globe-trotter, fidèle en cela au moins à l’idéal juvénile.

Un scrupule lexical qui, si elle en était informée, irriterait certainement son épouse, pour qui, quel que soit le nom qu’il veuille lui donner, le travail restait le travail : une activité ennuyeuse, répétitive, épuisante, utile à garantir le niveau de vie qu’à en croire ses explosions de colère nocturnes la profession de son mari n’était pas en mesure de nous assurer.

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui encore j’ai une certaine difficulté à lier l’argent au bonheur, si j’envie celui qui l’utilise convenablement en répondant aux nécessités, en se permettant des caprices et en faisant plaisir aux autres. L’argent est resté pour moi ce qu’il était pour mes parents pendant ces nuits infernales : un motif de honte (celle de ne pas en avoir assez), une cause d’angoisse, une occasion – accordée à de rares privilégiés par un édit divin – de raviver de temps en temps la grisaille environnante.

D’ailleurs, pour en parler, mes parents avaient recours à un jargon dont j’avais du mal à saisir la signification. Des mots tels qu’acompte, crédit, intérêts passifs, traite, pour n’en citer que quelques-uns, ne ressemblaient sûrement pas aux abracadabra bienveillants d’un magicien mais davantage aux borborygmes vaudous émis pour tenir en respect des forces malignes.

Seul quelqu’un qui est né dans une zone sismique ou sur les flancs d’un volcan en activité peut se faire une idée relativement juste de ce que signifie venir au monde dans une famille endettée jusqu’au cou. Même si vous n’y pensez pas toute la journée, vous développez de formidables capacités de perceptions, exaltées par une imagination catastrophiste. Le niveau d’alerte est tel qu’il en perd tout caractère extraordinaire. Coups de téléphone, sonneries d’interphone, distributions de courrier, il n’est pas de communication venue de l’extérieur qui ne promette des difficultés inextricables. Vous apprenez à ne rien considérer comme allant de soi, pas même l’électricité ou l’eau courante (une main furtive pourrait vous en priver d’un moment à l’autre) ; vous ne pouvez pas compter sur l’égalité d’humeur de vos parents, aussi loquace et insouciant que puisse vous paraître le matin.

Si je ne me trompe, c’est George Eliot qui a imaginé les dettes sous les traits d’un démon aux appétits pantagruéliques. Bien que je n’aie jamais trouvé le courage de le regarder en face, j’ai passé la première décennie de ma vie sous la botte de ce démon insatiable. Je mentirais en disant que j’avais une notion exacte du châtiment qui nous était réservé dans l’éventualité d’une insolvabilité, mais cette ignorance ne faisait que rendre les regards mauvais de ce Satan encore plus mystérieux.

Même dans la journée, quand mes parents s’efforçaient de ne pas se laisser aller, il m’en fallait peu pour deviner qu’il planait sur notre tête une calamité qu’il serait difficile d’affronter : factures, extraits de compte, traites de la télé. Alors mon horizon se remplissait d’images humiliantes : nous sur le pavé, réduits à l’indigence, dépouillés de tout bien et de toute dignité, à la merci d’énergumènes sans visage qui vidaient la maison et de voisins au regard accusateur.

Une chose est sûre. Je n’oublierai jamais le dimanche après-midi où j’ai eu un petit avant-goût des dangers qui menaçaient notre famille. Nous venions de déjeuner quand nous avons découvert qu’après des retards de paiement réitérés on nous avait coupé l’électricité. En un instant nous avons été précipités dans un Moyen Âge atechnologique. Si mon père était énervé par les inconvénients pratiques de l’aventure (l’idée de manquer le Grand Prix à la télé le rendait furieux), ma mère, elle, était troublée par les revers symboliques : chez les gens bien, certains incidents ne se produisent pas ; non, ils ne peuvent ni ne doivent se produire. Apparemment, j’étais le seul à avoir l’intuition des implications désastreusement émotionnelles de ce black-out. Je ne me consolais pas. C’était en février, très vite les ténèbres allaient recouvrir les pièces de la maison comme un ensorcèlement noir jusqu’à ce qu’elles s’emparent d’elles. Les provisions de bougies étaient insuffisantes pour affronter la nuit qui en plein hiver vient toujours aussi épouvantablement tôt. En peureux invétéré j’avais un compte à régler avec l’obscurité. L’idée que dans quelques heures ils allaient m’envoyer au lit sans ma ration quotidienne de télé, le soutien de la stéréo et le réconfort de la lampe de chevet était tellement intolérable que je me suis mis à méditer sur le moyen d’entraîner mon père dans une de nos nuits d’insomnie.

Malheureusement l’atmosphère était mauvaise. Mes parents avaient discuté. Encore une fois elle l’avait mis face à ses responsabilités. C’était à lui de payer les factures ce mois-ci. En les entendant se disputer je ne parvenais pas à décider à qui donner raison et sur qui déverser ma colère. Si j’en voulais à ma mère pour le mépris qu’elle ne lui épargnait pas, je reprochais à mon père d’avoir prêté le flanc à des reproches aussi justifiés. Le regarder avec les yeux de ma mère déçue me provoquait un vertige extrêmement désagréable. Rien ne me blessait autant que de le faire tomber de son piédestal. Le dîner aux chandelles s’est révélé moins romantique que prévu. Aussitôt après, j’ai tenté le tout pour le tout en arrivant près de lui avec ma guitare. Il était dans le salon. Vautré sur le canapé il essayait de lire le journal à l’aide de la seule torche disponible.

Il m’a apostrophé sur un ton d’une grossièreté inhabituelle : « Quelles sont tes intentions ?

– Je pensais… » Je n’ai pas réussi à finir ma phrase.

Il m’a incendié : « Au nom du ciel, ça te paraît le bon moment ? Parfois je te trouve plus crétin qu’un mollusque. Allez. Pas d’histoires. Il est tard. Va te coucher. Et sans un mot. » Ah, la cyclothymie des adultes, leurs humeurs instables sont tellement impénétrables. Se pouvait-il que ce géant indolent soit le bienfaiteur qui quelque temps plus tôt avait réussi le miracle de me sauver en un seul jour des brimades du suppléant et de mes terreurs nocturnes ?

Quoique destiné à ne pas se répéter, ce petit accident domestique a créé un précédent dangereux. Je connaissais désormais les effets potentiellement dévastateurs de la banqueroute. Par ailleurs, concernant les récriminations de ma mère, le véritable problème était que les dettes ne cessaient de grossir, et avec elles le nombre et la variété des créanciers ; et même si ce qui les faisait gonfler (c’est encore ma mère qui parle) était la difficulté de son mari à se faire payer régulièrement, par une sorte de magie noire c’était elle qui en montrait les signes. Le rapport entre eux ressemblait beaucoup à celui qui existait entre Dorian Gray et son célèbre portrait. À la différence que lui n’avait pas la possibilité de l’enfermer dans quelque obscur grenier en prétendant qu’elle n’avait jamais existé. Elle était là, le visage chaque soir plus marqué par l’angoisse, pour montrer que les choses ne cessaient d’empirer.

Si seulement j’avais pu les aider ! Mais où trouver tout cet argent ? Je le jure, je ne cessais pas de me creuser la cervelle. Un jour, je me suis convaincu que la solution était là, dans la première image d’un album d’oncle Picsou. Elle représentait l’avide millionnaire à plumes sur le tremplin d’une piscine scintillante de doublons.

N’ayant reçu aucune éducation religieuse, j’avais choisi le lourd cadeau de Noël pour texte sacré. Je passais des après-midi entiers à le compulser ; comme dans un rite de dévotion je m’attardais sur cette image, convaincu qu’elle pouvait m’inspirer en me révélant le secret du succès.

Comment accumuler autant d’or pour en remplir une piscine ? À quelle distance de chez nous se trouvait le Klondike ? Et comment y parvenir alors qu’il m’était interdit de dépasser l’épicerie du coin ?

Rien à faire, je devais accepter l’idée que mon unique contribution à la cause puisse être de caractère moral : ne pas les stresser avec des questions odieuses, renoncer, m’en remettre à eux quant à la lutte pour la survie.

Surtout à elle, à qui il revenait de gérer à la fois divers prêts dans plusieurs établissements bancaires, un trafic de chèques qui ressemblait beaucoup à un tour de passe-passe. Ainsi, entre cours de mathématiques, courses à la banque, devoirs à corriger, ses journées s’épuisaient dans un tourbillon de calculs vertigineux. Sans parler des pressions psychologiques. Il suffisait d’un imprévu insignifiant – soins dentaires, facture plus salée que d’ordinaire, charges de copropriété – pour provoquer la crise du système et risquer le krach. Et malgré tout, à foison, dignité et respectabilité.

De toute façon, au cours des disputes nocturnes, l’objet de polémique préféré de ma mère, la victime de ses flèches était M. Zanardi.

Lui-même, l’homme dont l’entreprise homonyme, célèbre pour ses machines à laver bon marché désastreusement peu fiables, représentait le chiffre d’affaires le plus évident de mon père ; un patron distant qui n’hésitait pas à téléphoner aux heures les plus bizarres et qui paraissait se réjouir de nous tenir suspendus à des commissions réglées avec un retard inadmissible.

Ah, les dettes de Zanardi ! Croix de mon enfance, essence sur le feu de nos angoisses. J’entendais maman implorer papa de solliciter l’expert-comptable Giganti, l’ineffable secrétaire du monsieur ; elle arrivait à le menacer ; s’il ne prenait pas des mesures elle s’en occuperait elle-même le lendemain matin, et cette fois ça allait barder. Une provocation qui le mettait en rage.

J’avais du mal à comprendre pourquoi le Cavaliere Zanardi, avec ses piscines pleines de doublons, ne nous donnait pas ce qu’il nous devait. Quelle incorrection, quelle méchanceté, quelle avarice pathologique pouvait le pousser ?

Pendant des années il avait été un nom, une poignée de syllabes lourdes de charisme et d’intimidation, auquel attribuer de temps en temps des facultés surnaturelles et des traits de super-héros. Avec ce titre de Cavaliere qui lui conférait un supplément de dignité romanesque, c’était facile de l’imaginer monté sur un destrier, brandir son épée et piquer des éperons en ricanant de notre indigence.

Jusqu’à ce que je le rencontre un jour au somptueux banquet donné pour la confirmation de sa deuxième fille dans sa villa palladienne du Vicentino. Quelle déception ! Se peut-il que notre Dieu cruel ait décidé de s’incarner dans ce petit homme chauve et obèse ? Que dans la poche intérieure de son beau costume il cache les clés du bonheur ? Que ce soit lui le Seigneur de nos nuits inquiètes ?

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