Le collier des jours: Le troisième rang du collier

Judith Gautier · Chapitre 16 sur 57

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Le collier des jours: Le troisième rang du collier

Chapitre XVI

Le Quadrille des tailleurs! musique de Richard Wagner!...

S'en souvient-on encore, de cette musique? l'a-t-on gardée, au moins? est-elle écrite? Pour moi, je crois l'entendre, quand je me remémore cette scène, que je revois, dans tousses détails, toujours aussi vivante, aussi exquise!...

 

XVI

 

L'ami Villiers avait dans le caractère bien des singularités, auxquelles nous ne prenions pas garde, y étant très habitués, mais dont les manifestations ne manquaient pas de causer de profondes surprises aux personnes non prévenues. Il éprouvait, en certains cas, une peur nerveuse, contre laquelle il n'essayait même pas de réagir.

Par exemple: causant, un jour, avec quelqu'un, au coin d'une rue, il avait reçu dans l'œil une imperceptible éclaboussure de salive. Subitement épouvanté, Villiers plantait là son interlocuteur stupéfait et, à toutes jambes, gagnait l'officine du plus proche pharmacien.

Déjà cette imagination fougueuse avait prévu toutes les possibilités de catastrophes: par cette goutte venimeuse lui étaient inoculées les maladies les plus funestes; il se voyait condamné, perdu. Pour le calmer un peu, le pharmacien, assez ahuri, avait dû lui baigner l'œil dans toutes sortes de collyres, prétendus souverains.

Une après-midi, à Tribschen, Villiers jouait avec les enfants; il lançait en l'air un ballon, qu'à leur grande joie, il envoyait très haut. Russ, le terre-neuve, bondissant et aboyant, tachait d'être de la partie.

A un moment, en donnant l'élan au ballon, Villiers envoya, en arrière, un fort coup de poing dans la gueule du chien, qui exhala un reproche plaintif.

Mais le croc pointu avait légèrement égratigné la peau. Villiers, tout blême, examinait sur sa main la trace rosée.... Puis, il leva sur nous des yeux hagards et, courant, comme il savait courir, s'enfuit. —Qu'est-ce qu'il a?... où va-t-il? s'écria Wagner, très effrayé.