Le collier des jours: Le troisième rang du collier
Chapitre XLV
O insouciante jeunesse! plusieurs fois Lembach me reparla de ce portrait, mais cela m'ennuyait de poser et j'éludais les rendez-vous.
J'en suis assez punie aujourd'hui par de cuisants regrets.
XLV
Les répétitions, à l'orchestre, de l'Or du Rhin, vont commencer! Wagner a exigé qu'on laissât ses amis assister à la dernière, avant la générale. Cette perspective nous comble d'aise.
Richter, cependant, paraît soucieux. Tout ne marche donc pas à son idée?... Les chanteurs sont de premier ordre et pleins de zèle; les musiciens de l'orchestre, les meilleurs du monde, c'est certain.... mais il y a l'intendance du théâtre, qui travaille, en secret, à la mise en scène de l'œuvre. Et que va-t-elle être, cette mise en scène, sans les conseils du Maître, exécutée par une direction livrée à elle-même et hostile? Oui, si incroyable que cela puisse paraître, les hommes qui dirigent et administrent ce théâtre, auquel Wagner procure triomphes et profits, sont hostiles à Wagner.
Et cependant l'intendant Perfall a été nommé grâce, uniquement, à la recommandation du Maître, qu'il avait sollicité, avec une insistance servile, en lui jurant qu'il n'aurait d'autre but que de se dévouer à lui et à ses intérêts, de tout son cœur et de tout son pouvoir. Aussitôt nommé, avec une impudence sans pareille, il a renié celui à qui il devait sa position et entravé de mille façons la représentation des Maîtres Chanteurs.
On ne pouvait guère compter non plus sur le conseiller à la cour: Lorenz von Düfflipp, intermédiaire entre le palais et le théâtre, qui, malgré son obséquiosité flatteuse envers le Maître, était secrètement du parti adverse et l'allié de l'intendant.
Stériles représailles, nous l'appelions: «Tartufflip», et son titre de Hofrath se changeait pour nous en «Chausse-trappe».