Le collier des jours: Le troisième rang du collier

Judith Gautier · Chapitre 27 sur 57

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Le collier des jours: Le troisième rang du collier

Chapitre XXVIII

[1] Meine Erinnerungen an Ludwig Schnorr von Karolsfeld.— Gesammelte Schriften, vol. VIII.

 

XXVIII

 

Par extraordinaire, aujourd'hui, quand nous entrons dans le salon à Tribschen, nous y trouvons notre hôte avec des personnes inconnues: une visite?...

Un monsieur et une dame, tous deux petits de taille et d'aspect assez terne, sont assis d'un air gauche, et l'on cause.

Le Maître présente:

—Monsieur le conseiller Sérof et madame Sérof qui sont venus de Russie pour me voir.

Saluts assez froids de part et d'autre.

Il est évident que notre présence déplaît aux nouveaux venus, autant que la leur nous consterne. Ils ont l'impression que nous sommes plus avancés qu'eux dans l'intimité de la maison: on vient de nous accueillir chaleureusement; Russ et Cos n'aboient pas et nous font fête. Cependant ces gens-là sont pour Wagner de plus anciennes connaissances que nous: ils eussent préféré certainement avoir le Maître pour eux seuls, et comme nous les comprenons!...

Madame Cosima me suit sur le perron; nous nous accoudons toutes deux à la rampe de fer, elle me dit qui sont ces visiteurs:

—Le conseiller Sérof est un compositeur estimé en Russie, qui mérite d'être admis «dans la franc-maçonnerie de la corde et des papillons», car il est seul à tenir haut et ferme le drapeau wagnérien à Pétersbourg. De sa femme il n'y a pas grand'chose à dire: elle semble assez effacée. Ils vont, comme vous, à Munich pour assister à la représentation de l'Or du Rhin.

—Entre soldats de la même armée il faut s'entendre.