Le collier des jours: Le troisième rang du collier

Judith Gautier · Chapitre 25 sur 57

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Le collier des jours: Le troisième rang du collier

Chapitre XXVI

—Je recopie à la plume, me dit-il. J'aime que ce soit très clair. Quand je me trompe, je suis furieux.

Je lis, en haut d'une page recopiée: «Siegfried, troisième acte.»

—Justement, s'écrie Wagner, je dois recommencer, là, presque deux pages, parce que j'ai gribouillé....

Et il me montre, au recto de la feuille, trois mesures raturées. Elles le sont, rageusement, par un triple feston, très appuyé, qui forme comme une suite d'e et d'l.

—Que va devenir ce précieux papier?

—Vous le voulez? dit le Maître, qui devine ma convoitise.

—Oh! oui!...

Alors il prend sa plume et date, de Tribschen, tout en haut, dans la marge.

C'est le merveilleux prélude du troisième acte de Siegfried, avant l'évocation d'Erda. Il est esquissé sur trois lignes, avec des indications instrumentales et des retouches au crayon. Je ne connais pas encore toute la beauté que recèlent ces deux pages, dont la possession me comble de joie....

La cloche du déjeuner tinte, et j'entends le rire des enfants. On nous cherche. Wagner, galamment, m'offre le bras pour gagner la salle à manger.

 

XXVI

 

A table, Wagner nous parla d'une brochure française, très intéressante, lue par lui, jadis, à Paris, et qu'il n'avait jamais pu retrouver. C'était une histoire de Barbe-Bleue, avec l'égorgement classique de ses femmes et la chambre défendue; mais la dernière victime menacée n'était pas sauvée, comme dans le conte, par ses frères: Jeanne d'Arc elle-même venait la délivrer et punissait le criminel.