Le port intérieur
Chapitre III
Puis nous nous taisions, tous les deux.
Nous ruisselions de sueur.
Nous ne branchions jamais la climatisation pendant la nuit, afin de ne pas être privés des rumeurs constantes qui naissaient devant les halls d’arrivée et de départ du jetfoil, et aussi parce que sans doute nous aimions dormir et ne pas dormir en laissant la fenêtre entrouverte, au milieu des moustiques, au milieu des voix humaines, environnés d’eau, de carburant pour bateaux et pour autobus, dans les odeurs des gens et de leur nourriture et de leur vie.
Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça, disait soudain Gloria, on dirait que tu n’as jamais rien vu, que tu n’as jamais vu une folle.
III
Dans une ruelle sans nom de Patane j’ai vu une octogénaire uriner debout dans une boîte de conserve.
J’ai vu dans la rue Kong Cheong un volailler qui égorgeait l’une après l’autre des poules ébahies, fatalistes, et qui les jetait ensuite dans un tonneau de plastique bleu.
À Guangzhou j’ai vu un homme étrangler une femme sur le quai Yanjiang, au bord de la rivière des Perles.