Le port intérieur

Antoine Volodine · Chapitre 21 sur 37

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Le port intérieur

Chapitre II

La chaleur n’avait pas reflué.

La boîte continuait à remettre en place sa cellulose malmenée, provoquant des éboulis et des sursauts, et comme Kotter, avec une curiosité instinctive de prédateur, allait voir si un rongeur n’était pas en train de s’agiter au sein de la paperasse, il aperçut un emballage de confiseries au gingembre, confectionnées dans la pâtisserie TONG PAK CHONG, Taipa.

Taipa. Autour de cela une hypothèse pouvait prendre corps.

Je me demande, dit Kotter.

Quoi ? demanda Breughel.

Rien, dit Kotter. Je pensais au vent.

 

II

Signal 1, une tempête tropicale erre en mer de Chine.

Signal 3, elle cingle vers le territoire.

Signal 8, elle est là. Le pont de Taipa est interdit à la circulation. L’île redevient île. Les rafales atteignent cent nœuds à l’heure. Les jonques se réfugient en troupeaux dans certains lieux illusoires du port où le vent semble moins féroce. Le ciel se déverse sur le monde et il hurle. La pluie parcourt la ville à l’horizontale. Plus rien ne s’écoule, les égouts débordent. Dans les quartiers anciens, l’eau ne cesse de monter, elle charrie au long des rues une lie tumultueuse où rampent des déchets gris et noirs. Le vent arrache des palissades, des enseignes. Les échafaudages en bambous se désagrègent.

Signal 9, signal 10, le centre du cyclone se situe à moins de cent milles marins du territoire. En haut de la vieille forteresse, des sirènes sont actionnées que nul n’entend au milieu du vacarme. La radio diffuse des émissions que galvanise le journalisme de guerre. Les autorités conseillent de pousser des meubles lourds contre les fenêtres, contre les portes. Malgré tout, des fenêtres se pulvérisent, des portes éclatent.