Le port intérieur

Antoine Volodine · Chapitre 6 sur 37

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Le port intérieur

Chapitre IV

On te voit ensuite branler du chef et bougonner. Tu refermes le volume. Soudain, au cœur de la nuit, tu n’avais plus été très sûr de pouvoir tracer le caractère pourtant si simple qui signifie chat, chatte, chaton, et parfois panda, ou hibou, chouette. Tu es soulagé, tu soupires. Tu n’avais pas oublié le moindre trait, finalement.

Autour du frigo vert amande et autour des boîtes de poison, les cafards sont figés ou s’activent. Ton faisceau sinistre ne les affole pas.

Tu reviens t’allonger, tu éteins.

Tu replonges dans l’insomnie.

Tu penses à Gloria Vancouver que seuls les rêves et la pitoyable magie de l’écriture te permettent de rejoindre. Et, après quelques secondes, tu penses à Kotter. Celui-là viendra et, comme il ne croira pas à la mort de Gloria, il.

Il voudra entendre que Gloria Vancouver est encore accessible et punissable, exécutable. Il s’accrochera à cette idée et il cognera et cognera, devenant de plus en plus borné et cruel. Je sais que cela se produira ainsi. Il m’aura ligoté à une chaise et je me disloquerai sous les brûlures de cigarette ou les gifles, et je beuglerai des justifications inarticulées qui ne le satisferont pas, je lancerai des plaintes atroces, et si, dans les parages, des auditeurs surprennent des échos de la scène, ils s’interrogeront : De quelle espèce animale s’agit-il ? Quel genre de chien ?... Pourquoi ces pleurs ?

Et, au-dessus de moi, en présence du sang et de la douleur, on rotera.

 

IV