Les ombres de l'enfance

Henriette Bernier · Chapitre 26 sur 35

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Les ombres de l'enfance

Chapitre 26

C’est à l’hôpital que Dilette apprit la nouvelle. Elle sortait du bloc opératoire où elle avait assisté le chirurgien, et arrivait pour se changer dans la salle où se trouvaient déjà deux autres élèves comme elle, en formation. Elles parlaient de l’Algérie. Elle s’approcha.

— Il s’est passé quelque chose de spécial là-bas ?

Malgré les apparences, elle ne cessait de penser à Luigi, elle savait qu’il allait être appelé bientôt, en Algérie peut-être, ce qu’elle redoutait par-dessus tout.

— Oui, de spécial et de bienheureux, la guerre en Algérie va s’arrêter, enfin.

Dilette tomba sur une chaise et éclata en sanglots.

— Eh bien, en voilà une réaction ! Les bonnes nouvelles te font un drôle d’effet !

— Mais… je suis contente… heureuse… soulagée…

Une fois ses pleurs contenus, elle répéta plusieurs fois : Luigi ! Luigi !

— Ah ! Il s’appelle Luigi ! Dis donc, Odile, tu es une belle cachottière ! On finissait par se demander si tu n’allais pas te faire nonne au lieu d’infirmière, les amourettes ne semblaient pas t’intéresser ! Alors, il est en Algérie, ton Luigi ?

— Non, mais comme il va bientôt partir à l’armée, je craignais qu’il y soit appelé.

— Luigi, c’est pas français comme prénom, italien plutôt ?

Volubile comme elle ne l’avait jamais été avec ses copines d’études et de travail, elle se laissa aller à leur expliquer ses relations avec ce fils d’immigrés italiens, depuis l’école primaire jusqu’à cette brouille qui les avait séparés, sans toutefois tout révéler, en particulier la cause exacte de cette affaire. L’euphorie dans laquelle elle flottait l’amena même à présenter Luigi comme une sorte de Zorro, et le portrait qu’elle traça de son ennemi Bouboule fit bien rire ses copines.

Puis le sérieux revint entre elles.

— C’est bête, ce qui vous est arrivé…

— Oui, surtout qu’il n’y avait pas de quoi, des mots de travers, des bêtises de gamins, et moi sottement j’ai pris la mouche trop vite.

Dilette semblait de nouveau émue.

— Tu penses encore à ce Luigi, tu l’aimes encore, c’est ça ? Et lui ?

— Je crois que lui aussi m’aime encore, je le devine quand on se rencontre, à sa façon de me regarder.

— Alors qu’est-ce que tu attends ? Tu es en congé la semaine prochaine ? File vite dans ta campagne et retrouve ton Luigi !

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