Les ombres de l'enfance

Henriette Bernier · Chapitre 3 sur 35

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Les ombres de l'enfance

Chapitre 3

Louise en a fini avec ses pommes de terre, qu’elle a entreposées dans la cave. La petiote a rangé la brouette et la fourche-bêche dans la remise et sorti du buffet, pour le goûter, le pot de confiture et le gros pain dans lequel sa grand-mère coupe deux larges tartines.

Assises face à face dans la cuisine, elles mangent toutes les deux sans rien dire, Louise en prenant de grosses bouchées qu’elle mâche longtemps, alors que la gamine grignote comme une petite souris, méthodiquement, d’un bord à l’autre de sa tartine. Puis elle va remplir deux verres d’eau à l’évier, en actionnant des deux mains la pompe qui est à la fois haute et lourde. Quand le goûter est terminé, elle range le pain, le couteau, la confiture et les verres, et elle ramasse les miettes qu’elle va semer dehors.

Comme elle ressemble à sa mère, pense Louise. Les mêmes yeux bleus, les mêmes cheveux roux, le même teint de porcelaine. Sauf que Margot était autrement vive, déjà à son âge, toujours à jacasser, à rire, à sauter, un vrai cabri. Alors que celle-ci… Plus sage qu’elle ça n’existe pas, mais j’aimerais tellement la voir plus gaie.

 

La petite Odile est la fille de Margot. Et de Dédé le maquisard dont elle ne porte cependant pas le nom. Il s’appelait André Houlin. Odile s’appelle Maron, du nom de l’homme, Gabriel Maron, que sa mère a épousé. Il n’y a plus de Margot. Plus de Gabriel. Peut-être plus de Dédé, on ne sait pas. Tout cela est bien compliqué. Il n’y a plus qu’une grand-mère et une petite fille qui ne rit pas, qui ne court pas, qui ne chante pas. Et chaque jour, cette grand-mère se remémore les événements qui se sont succédé pour en arriver là.

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