L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)

Un justicier à ne jamais oublier

escort girl (Kimberly Campbell) censée jouer le rôle de Catherine en

éparpillant ses affaires dans la chambre du protagoniste, puis attendre qu’il

s’endorme avant de se rendre dans la salle de bains en claquant la porte

pour le réveiller et l’amener jusqu’à elle. Le viol et l’assassinat de la

partenaire de Lenny ont eu lieu dans une pièce similaire, le but étant de

découvrir cette fois-ci une femme vivante plutôt qu’un corps inerte dans un

rideau de douche. Une fois de plus, les figures du double, du miroir et de la

dichotomie sont invoquées. Sammy Jankis, incapable de se conditionner

pour vaincre son amnésie antérograde, était accusé par sa compagne d’être

un simulateur. Leonard Shelby, qui a réussi son conditionnement pour lutter

contre le mal qui le ronge, décide ouvertement de reconstituer son souvenir

le plus traumatisant pour en changer l’issue et guérir par lui-même.

L’entreprise est cependant un échec, puisque ce qui compte au-delà de la

situation demeure l’identité de la personne en face de lui : son épouse et

non une comédienne prenant sa place. L’illusion est ici synonyme de

défaite.

 

UN JUSTICIER À NE JAMAIS OUBLIER

 

La treizième séquence en noir et blanc correspond à la suite de la

conversation téléphonique et place un nouvel élément au cœur de

l’intrigue : le lien entre le meurtre de Catherine Shelby et le marché

clandestin de la drogue. Si John G. semble être au cœur des investigations,

la police n’a pourtant pas l’air de s’en inquiéter, et cet élément précis fait

passer le récit dans un autre sous-genre du polar : le film d’auto-défense (ou

vigilante movie ). Démocratisé par des figures de justice sauvage telles que

Charles Bronson dans Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974) et

Le Justicier de minuit (J. Lee Thompson, 1983), il désigne des films où un

antihéros, affilié ou non aux forces de l’ordre, outrepasse la loi pour rendre

justice à sa façon, qui est généralement violente. En ce sens, le Batman que

s’appropriera Nolan quelques années plus tard est sans doute la plus célèbre

figure de ce type. La quatorzième séquence en noir et blanc nous présente

pour la troisième fois Lenny qui parle du trafic de drogue au téléphone et

s’acharne sur John G. Pour Nolan, ces séquences sont objectives, mais il est

notable qu’une importante part de subjectivité envahit celle-ci, puisque tout

est tourné du point de vue de Lenny. On entend exclusivement sa voix, ses réponses, tandis que la personne au bout du fil demeure inaudible. Le point