L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)
La Station Cooper
Gordon à la fin du second volet, pas un héros, mais un chevalier noir.
LA STATION COOPER
Cooper se réveille à l’âge de cent vingt-quatre ans dans une chambre
d’hôpital alors qu’il n’a toujours pas changé d’apparence physique. C’est à
travers ses yeux que le public découvre le monde de demain, sur la station
Cooper en orbite de Saturne. Par un simple mais ingénieux plan
panoramique vertical, Nolan reprend le cliché du match de baseball et suit
la balle s’envoler et s’écraser dans une fenêtre, nous montrant la verticalité
de ce nouvel environnement. La ferme familiale a été conservée sur la
station, telle une relique dans un musée, un monument à la gloire de celle et
celui à qui l’humanité doit son salut : l’avenir porte le passé, qui ne peut
être changé et doit rester en l’état comme un témoignage. Cooper répare
TARS, dont le corps a été retrouvé, augmentant le taux de franchise de son
I.A. à 95 % alors qu’il n’en voulait pas tant au début du récit. L’honnêteté
est devenue une valeur primordiale pour cet homme marqué par le fait de ne
pas avoir pu être auprès des siens, faute de connaître pleinement les risques
encourus en passant au-delà du trou de ver. Une volonté presqu’ironique
puisqu’il s’agit d’un long-métrage de cinéma, donc un mensonge, qui
n’hésite pas à jouer sur la métalepse, conscient de son statut d’œuvre de
fiction. « Je savais que tu reviendrais. Parce que mon papa me l’avait
promis », souffle une Murphy en fin de vie à celui qu’elle a largement
rattrapé en âge avant de lui confier son ultime devoir : retrouver Amelia
Brand, dont la silhouette partant vers son camp de fortune basé sur une
planète lointaine vient clore le neuvième long-métrage de son auteur 14 .
Avec Interstellar , Christopher Nolan reprend la hard-SF
cinématographique là où Stanley Kubrick et son 2001, l’Odyssée de
l’espace l’avaient laissée. De fait, il est possible de voir un lien entre les
deux artistes au moment des adieux entre Murphy et Cooper : l’ancienne
génération s’éteint doucement et laisse la plus jeune poursuivre son œuvre.
Mais tout n’est pas aussi simple, puisque c’est Cooper qui représente
l’ancienne garde, malgré son apparence plus jeune que celle de sa fille.
Ainsi, cette ultime séquence entre les deux protagonistes pourrait avoir un
message bien plus complexe : celles et ceux qui ont réussi et ont permis aux
plus jeunes de réaliser des exploits (en l’occurrence, sauver l’humanité) se doivent de poursuivre leur travail et ne jamais s’arrêter, ne jamais se reposer