L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)
Matérialiser les illusions
suivant le refus de Kate Winslet.
Pour entourer ses nouvelles têtes d’affiche, Christopher Nolan fait appel
à de nombreux comédiens avec lesquels il a déjà travaillé, notamment sur
les deux premiers volets de sa trilogie Dark Knight , que ce soit Michael
Caine qui interprètera le professeur Miles, Ken Watanabe pour qui Nolan a
écrit le rôle de Saito, ou encore Cillian Murphy dans la peau de la cible, le
magnat Robert Fischer. Une figure qu’il a lui-même choisi d’incarner parmi
tous les personnages, le cinéaste le laissant libre de sélectionner son rôle.
Les habitués se retrouvent également derrière la caméra : Wally Pfister est
de nouveau responsable des images en tant que directeur de la
photographie, et son travail sera rythmé par le monteur Lee Smith, qui signe
sa quatrième collaboration avec Nolan. Hans Zimmer est une fois de plus en
charge de la composition musicale. L’équipe compte tout de même un
nouveau venu en la personne de Guy Hendrix Dyas, qui prend la casquette
de concepteur de décors après avoir œuvré aussi bien dans la science-fiction
(X-Men 2 , de Bryan Singer en 2003) que dans le film d’époque (Elizabeth :
L’Âge d’or , de Shekhar Kapur en 2007). Ainsi, le tournage débute à l’été
2009 au Japon, d’abord à Tokyo, puis à quelques kilomètres de Nagasaki,
sur l’île d’Hashima (qui servira également au Skyfall de Sam Mendes), dans
des décors entièrement reconstitués en numérique… ce qui change des
habitudes de Nolan vis-à-vis de cette technologie.
Matérialiser les illusions
En tant que film éminemment visuel, Inception est souvent pensé, lors de
son tournage, par les quatre personnes en charge des images : Christopher
Nolan, bien sûr, mais également le chef opérateur (puisqu’il est derrière la
caméra), ainsi que le décorateur, et le responsable des effets spéciaux Chris
Corbould. Leur but en instaurant une telle méthode est de travailler
ensemble pour faire fonctionner l’environnement évolutif des personnages
de manière cohérente. L’une des séquences les plus célèbres du long-
métrage est l’affrontement du second niveau de rêve durant lequel la gravité
disparaît, offrant au personnage de se déplacer librement dans l’espace,
comme les créatures des œuvres de M. C. Escher. Pour ce faire, l’équipe
s’inspire des techniques utilisées par Stanley Kubrick sur 2001, l’Odyssée
de l’espace en construisant un couloir de trente mètres de long dans les hangars à dirigeables de Cardington, non loin de Londres. Le décor,
composé de huit anneaux disposés à égale distance, est piloté par deux
moteurs électriques lui permettant de tourner sur lui-même à 360 degrés 5 ,
les comédiens évoluant sur les différents murs et la caméra s’adaptant à la
rotation. En tant qu’adepte des supercheries invisibles à la manière des
prestidigitateurs, Nolan donne le maximum pour que chaque effet soit au
plus proche du réel et ne dépende que très peu de l’imagerie de synthèse. Le
tournage se poursuit à l’University College of London (Bloomsbury) ainsi
que dans différents lieux sur le territoire britannique avant de se délocaliser
en France, notamment au musée Galliera dans le XVIe arrondissement de
Paris, puis en extérieur dans les rues de la capitale, entre autres pour la
séquence entre Cobb et Ariane en terrasse, non loin du pont de Bir-Hakeim.
Il s’agit d’une scène filmée en multicam : Wally Pfister installe six caméras
pour immortaliser le tableau sous différents angles, l’équipe technique
utilisant de l’azote à haute pression pour simuler les explosions autour de
Leonardo DiCaprio et Elliot Page 6 . Quelques fonds verts seront néanmoins
de la partie, disposés dans le décor afin d’y incruster, en postproduction, les
images de la ville se repliant sur elle-même. Le projet demande une certaine
diversité à la fois dans les moyens mis en œuvre pour les effets visuels des
rêves, et au niveau des techniques de prise de vue. L’équipe de Pfister fait
évoluer sa façon de filmer selon les séquences, usant de caméras
appareillées à du steadycam en passant même par de la caméra-épaule pour
certains extraits plus nerveux.
Si la production passe par le Maroc et la ville de Tanger, une grande
partie du film est tournée aux États-Unis, et plus précisément à Los
Angeles. C’est dans la Cité des Anges que l’une des séquences d’action les
plus ambitieuses du film est mise en boîte. Une locomotive fabriquée à
partir de fibres de verre est montée sur un semi-remorque, tandis que des
canons à eau sont placés sur les toits des immeubles du quartier des affaires
pour simuler un temps pluvieux, la mégalopole californienne étant réputée
pour son soleil quasi constant. Le Commodore Schuyler F. Heim Bridge,
pont levant reliant Terminal Island au quartier de Wilmington, sert à
projeter le van des protagonistes dans les eaux du port, une vision
marquante enregistrée en très haute définition, avec une caméra
PhotoSonics 35 mm calibrée pour capturer 1000 images à la seconde, avant
de passer en slow motion dans le long-métrage final 7 . Enfin, le tournage
prend fin au Canada, non loin d’Alberta, dans une station de ski désaffectée, Fortress Mountain, découverte par Guy Hendrix Dyas d’après les consignes