L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)

Chapitre 1 : Quand je serai grand, je serai Christopher Nolan

CHAPITRE 1 :

 

QUAND JE SERAI GRAND, JE SERAI

 

CHRISTOPHER NOLAN

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STAR WARS ET SUPER 8

 

C’est durant l’été 1970 que Christopher Nolan voit le jour, en plein cœur

du quartier historique de Westminster à Londres. Son père, Brendan Nolan,

est un publicitaire britannique tandis que sa mère, Christina Jensen,

américaine et anciennement agent de bord, est professeure d’anglais.

L’artiste grandit dans un milieu visiblement axé sur la communication,

l’image et la langue. C’est tout du moins ce que nous apprend l’article du

Guardian rédigé en 2014 par Tom Shone et sobrement intitulé :

« Christopher Nolan : The Man Who Rebooted the Blockbuster »

(« l’homme qui a renouvelé le film à succès »). Le futur réalisateur est le

deuxième enfant du couple qui, après Matthew 1 et lui, donnera naissance à

un certain Jonathan en 1976, lequel se fera connaître non seulement en tant

que scénariste aux côtés de son aîné, mais aussi comme créateur des séries

Person of Interest (CBS, 2011-2016) et Westworld (HBO, depuis 2016). La

double nationalité – et par conséquent la double culture – de Christopher

Nolan est très importante dans son apprentissage du cinéma et des autres

arts : bringuebalé toute son enfance entre l’Angleterre, le pays de William

Shakespeare, et les États-Unis, celui d’Hollywood, l’enfant peut observer

deux mondes qui s’opposent parfois, mais qui se complètent et se

nourrissent bien souvent.

Lors d’un entretien avec Scott Timberg pour le Los Angeles Times en

2001, dans le cadre de la promotion de Memento , Nolan se souvient avoir

commencé son activité de faiseur d’image vers l’âge de sept ans, en

empruntant la caméra Super 8 de son père pour filmer ses propres jouets. Il

faut dire qu’à cet âge-là, en 1977, le cinéma réserve quelques surprises aux

petites têtes blondes avec l’arrivée impromptue de Star Wars sur les écrans,

qui va à la fois révolutionner le septième art, la science-fiction, et

l’industrie cinématographique dans tout ce qu’elle a de mercantile et culturel. Le concept de produits dérivés faisant vivre l’univers du film au-

delà des salles obscures est nouveau pour l’époque. Nolan regarde l’œuvre

en avant-première au cours de l’un de ses nombreux voyages à Chicago,

puis revient en Angleterre les yeux remplis d’étoiles. Il diffuse alors la

bonne parole et en met plein la vue à ses camarades britanniques qui n’ont

pas encore découvert le long-métrage de George Lucas. D’autant plus que

l’artiste en herbe n’est pas le plus mal loti en ce qui concerne l’espace infini

et ses représentations : son oncle travaillait à la NASA sur le système de

guidage des fusées et lui envoyait des vidéos de ses prototypes, que le jeune

Christopher s’amusait à remonter pour créer un récit. Il incorporait ensuite

ces images dans son projet de court-métrage en stop motion consacré à une

galaxie lointaine, très lointaine, et intitulé Space Wars . De la fanfiction

opératique dédiée à l’une des plus grandes licences de science-fantasy en

devenir, pour un futur réalisateur qui s’attachera à rendre les aventures

spatiales scientifiquement plausibles : Nolan est curieux et commence ses

expérimentations dès le plus jeune âge. En 2010, dans le cadre d’un

entretien avec Will Lawrence durant la promotion d’Inception , il déclare

avoir songé à une carrière de réalisateur dès l’âge de onze ans. Dans la

foulée, il synthétise face aux caméras des journalistes ses intentions en tant

que cinéaste : « Je pense que faire des films à grand spectacle est la raison

pour laquelle je suis devenu réalisateur. J’aime vraiment être assis là et

vivre l’expérience que je vivais enfant, voir quelque chose plus vrai que

nature qui nous plonge dans un tout autre monde. » La messe est dite :

Christopher Nolan veut retrouver ses sensations de jeune spectateur et les

partager avec le public. Si les découvertes liées à l’enfance semblent

déterminantes pour le futur réalisateur, sa scolarité va également jouer un

rôle décisif dans son évolution, puisque les contacts avec ses pairs vont

directement influencer les œuvres qu’on lui connaît aujourd’hui.

Le Haileybury and Imperial Service College est une institution

historique située à Hertford Heath, comté du Hertfordshire, dans le sud de

l’Angleterre. Cette école privée fut fondée en 1806 en tant qu’East India

College, un établissement scolaire d’entraînement pensé par les

administrateurs de la Compagnie des Indes, et s’est peu à peu transformé en

école pour garçons sous le gouvernement de la reine Victoria. Au sortir de

la prestigieuse institution, dont la devise n’est autre que « Fear God,

Honour the King » (« Craignez Dieu, honorez le roi »), Nolan part étudier

la littérature anglaise – une thématique que l’on peut aisément attribuer à sa mère – à la University College de Londres. Pour Robert Hospyan, le choix