L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)

Batman Begins

Batman, les précédents interprètes n’étant jugés crédibles que sur l’une des

deux facettes 5 .

 

BATMAN BEGINS

 

De nombreux comédiens seront pressentis pour le rôle-titre, parmi

lesquels un certain Keanu Reeves, dont la carrière est alors portée par

l’influence de son jeu dans la trilogie Matrix des Wachowski ; Guy Pearce,

déjà coutumier de l’œuvre de Nolan, ou encore Heath Ledger, qui rejoindra

la saga quelques années plus tard en offrant une vertigineuse interprétation

de la Némésis ultime du chevalier noir. Henry Cavill passera également par

la case auditions mais deviendra l’homologue solaire de l’homme chauve-

souris pour Zack Snyder en 2013, et David Duchovny, célèbre pour ses

incarnations d’agents du FBI dans X-Files (Fox, 1993-2018) et Twin Peaks

(ABC de 1990 à 1991 puis Showtime en 2017), fera lui aussi un bout

d’essai avant que Christian Bale ne soit finalement choisi. Le reste de la

distribution a de même fait l’objet de différentes propositions. Le rôle

d’Alfred Pennyworth fut refusé par Anthony Hopkins puis revint à Michael

Caine, qui signe ici la première de ses multiples collaborations avec Nolan.

Le personnage inédit de Rachel Dawes (qui n’apparaît pas dans les comics)

fut proposé à Natalie Portman (future Jane Foster du Thor de Kenneth

Branagh en 2011), à Amy Adams (future Lois Lane de Man of Steel ) ou

encore à Rachel McAdams (future Christine Palmer du Doctor Strange de

Scott Derrickson en 2016), pour finalement porter les traits de Katie

Holmes. Daniel Day-Lewis 6 et Viggo Mortensen 7 furent envisagés en

Henri Ducard/ Ra’s al Ghul avant Liam Neeson, et le rôle de Jonathan

Crane, alias l’Épouvantail, s’est vu proposé entre autres à Marilyn Manson,

avant d’échoir à Cillian Murphy pour la toute première apparition live

action du super-vilain. La partition de Lucius Fox, responsable de la

branche recherche et développement de Wayne Enterprises, à l’origine de

l’attirail de Batman, fut d’abord pensée pour Laurence Fishburne, puis la

sélection se porta sur Morgan Freeman pour interpréter cette autre figure

emblématique de la bande dessinée, mais encore inédite au cinéma.

Après une projection privée de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) pour

asseoir nettement ses références dans l’esprit de son équipe, Nolan se lance

dans la réalisation du film qui finira d’installer sa réputation d’auteur populaire à Hollywood. Désireux de ne pas avoir recours à une seconde

équipe de tournage une pratique qui permet de déléguer la production des

séquences moins importantes à des contremaîtres pour progresser plus

efficacement –, le cinéaste se balade essentiellement entre les États-Unis et

l’Europe pour mettre en boîte les images de Batman Begins . L’équipe passe

notamment par les glaciers islandais, qui rappellent ceux de l’ouverture

d’Insomnia , pour tourner les scènes de flashback montrant les

pérégrinations et l’entraînement d’un Bruce Wayne en plein voyage

initiatique, mais aussi par le Mentmore Towers, un château anglais du XIXe

siècle situé dans le Buckinghamshire, et qui devient pour l’occasion le

manoir de la famille Wayne après avoir été, entre autres, le théâtre d’orgies

aussi sectaires que sophistiquées en 1999 dans Eyes Wide Shut , l’ultime

long-métrage de Stanley Kubrick. Pour ce qui est de la postproduction, le

montage est confié à Lee Smith, futur collaborateur régulier de Christopher

Nolan (dont il signera tous les projets jusqu’à Interstellar ), au même titre

que le directeur de la photographie Nathan Crowley, et plusieurs sociétés

spécialisées dans les effets spéciaux se chargent de l’habillage numérique

du film. On compte parmi elles les Britanniques de Double Negative ayant

déjà œuvré sur le James Bond Meurs un autre jour (Lee Tamahori, 2002) ou

encore Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (Alfonso Cuarón, 2004),

ainsi que les Français de BUF Compagnie, coutumiers de David Fincher

(Fight Club en 1999, Panic Room en 2002), des Wachowski sur les

deuxième et troisième volets de Matrix , mais aussi de l’univers de Gotham

City puisqu’ils ont travaillé pour Schumacher sur Batman & Robin8. Enfin,

la bande originale est composée à quatre mains par James Newton Howard

et Hans Zimmer qui, lui aussi, signe là sa première collaboration avec

Nolan 9 .

Avec plus de 373 millions de dollars de recettes à travers le monde,

Batman Begins est un véritable succès, bien qu’il n’atteigne pas le score du

film de Tim Burton en 1989. La critique est majoritairement positive pour

ce retour sur grand écran du chevalier noir qui a comme la tradition l’exige

droit à son lot de produits dérivés, dont une adaptation en jeu vidéo

développée par Eurocom (le studio derrière Duke Nukem 64 en 1997) pour

les consoles de salon du moment – c’est-à-dire GameCube, PlayStation 2 et

Xbox –, Vicarious Visions pour la Game Boy Advance et Klear Games pour

la version mobile. Jeu d’action-infiltration particulièrement classique,

déviant parfois du scénario du long-métrage afin de ludifier davantage son récit, il est plutôt bien accueilli par la critique, notamment parce qu’il