L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)
Le magicien et le scientifique
les limites de la réalisation et de la technologie, sans pour autant avoir
recours à l’imagerie de synthèse. Interstellar propose une réflexion sur
notre rapport au temps et à ses embranchements en se posant en héritier de
2001, l’Odyssée de l’espace (1968) ; Dunkerque installe trois temporalités
parallèles au cours d’un conflit et se présente comme une lettre d’amour à
l’école soviétique du cinéma et surtout à Sergueï Eisenstein (Le Cuirassé
Potemkine , 1926), et Tenet est un film d’espionnage visiblement très
inspiré de la saga 007 et mâtiné de voyages temporels. Une fois de plus,
Nolan se pose en postmoderne total dans sa volonté d’apprendre du passé
pour lui rendre hommage.
LE MAGICIEN ET LE SCIENTIFIQUE
Cinéaste inventif ayant amplement gagné sa place au soleil en
s’inscrivant dans la grande histoire du cinéma et, plus largement, de la pop
culture, Christopher Nolan s’est également imposé comme une pierre
angulaire de l’un des plus gros projets des années 2010 en devenant
producteur du Man of Steel de Zack Snyder sorti en 2013. Le long-métrage,
scénarisé par son acolyte sur la trilogie Dark Knight David S. Goyer, est le
premier film du DC Extended Universe . La résurrection de Batman par
Nolan est restée dans les esprits, et son style parfois naturaliste a fait des
émules chez l’éditeur de bandes dessinées et Warner Bros., au point de lui
confier ce qui devait être, à l’époque, le principal concurrent du désormais
plus que rentable Marvel Cinematic Universe. Scénariste, réalisateur et
producteur de films mettant en scène des icônes de la culture populaire –
allant même jusqu’à les faire s’affronter en 2016 avec Batman v Superman :
L’Aube de la justice –, l’auteur anglo-américain a réussi son propre casse
dans le monde du septième art. Cinéaste d’une époque, peut-être d’une
génération, Nolan ne s’est pourtant pas transformé du jour au lendemain en
celui dont le simple nom appelle à tout un imaginaire.
Philippe Druillet – icône française de l’imagerie science-fictionnelle et
pilier des revues Pilote et Métal hurlant – a déclaré à plusieurs reprises que
la science-fiction n’avait obtenu ses lettres de noblesse auprès des critiques
intellectuelles (auxquelles il adjoint l’adjectif « culs serrés ») qu’en 1969
avec 2001, l’Odyssée de l’espace , parce qu’il leur était impossible de dire
du mal de Stanley Kubrick. La ressortie à la fin des années 1970 de cette adaptation d’Arthur C. Clarke est en partie due au succès de Star Wars , les