L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)
Le Clown prince du crime : le contre-pouvoir chaotique
cet héritage dont il a promis de se montrer digne.
Mais si le dernier des Wayne et son alter ego forment le cœur de la
trilogie nolanienne, qu’il lutte contre ses propres démons, son ancien
mentor ou son jumeau maléfique dans l’acte final, force est de constater
qu’un personnage, voire une entité, se situe au centre de l’intrigue des trois
longs-métrages pour opposer cette figure de justice en souffrance à la
somme de tout ce qu’il combat. Le chaos, l’absence de compassion, le refus
des origines, de l’héritage et de la famille sont synthétisés par la Némésis de
Batman incarnée par le regretté Heath Ledger, bien présent dans The Dark
Knight et hantant les deux autres films.
LE CLOWN PRINCE DU CRIME : LE CONTRE-POUVOIR
CHAOTIQUE
Dans le deuxième volet, le Joker raconte par deux fois les origines de ses
cicatrices, variant systématiquement d’anecdote. Mythomane ou identités
multiples ? Il semblerait que le clown prince du crime appartienne à la
seconde catégorie puisqu’en 2016, le 50e numéro de Justice League livre
un élément de réponse fondamental, supposé devenir canonique, à propos
de la Némésis de Batman : depuis ses débuts criminels, au moins trois
individus distincts se seraient glissés dans le costume du Joker. Le criminel
haut en couleur n’a pas de famille, mais il est une Trinité à lui tout seul, une
institution, se raccordant avec plus ou moins de précision au schéma
psychologique du personnage établi par Grant Morrison dans son arc
Batman R.I.P. , selon lequel le Joker posséderait un esprit surdéveloppé,
capable de s’adapter, de se transformer à volonté, lui donnant ainsi
l’impression de vivre plusieurs existences parallèles. L’intérêt premier de ce
super-vilain vient évidemment de sa nature antagoniste : il est l’ennemi juré
du chevalier noir et a été créé en opposition totale à ses codes graphiques et
comportementaux. À ce sujet, Morrison avoue avoir joué la carte de
l’antinomie maximale pour écrire son roman graphique Arkham Asylum : A
Serious House on Serious Earth paru en 1989 et illustré par les visions
cauchemardesques de Dave McKean, mélangeant allègrement crayonnés,
peinture à l’huile et collages photographiques : « Le Joker est aussi maladif,
miteux, coquet, et empreint d’une certaine décadence européenne que Bruce
Wayne est un Monsieur Muscle à l’américaine. Ma version du Joker est influencée par David Bowie dans le concept et Johnny Rotten d’un point de