L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)

Doodlebug

dernier court-métrage.

 

DOODLEBUG

 

La famille Nolan quitte finalement le Royaume-Uni pour s’installer dans

le Nouveau-Monde, plus précisément à Chicago. Étudiant, le jeune

Christopher ne perd pas sa soif de cinéma malgré le changement et se met

au travail en compagnie des frères Belic, avec qui il collaborera jusqu’en

1999, notamment sur le documentaire musical Genghis Blue . Traitant du

voyage d’un bluesman aveugle partant d’Amérique pour finir en Asie,

celui-ci sera nommé à l’Oscar du meilleur court-métrage documentaire en

2000. Mais c’est en 1997 qu’il va réaliser son troisième et dernier film

court, Doodlebug , avec pour unique personnage un jeune homme incarné

par Jeremy Theobald, prisonnier d’un monde en noir et blanc, dépourvu de

dialogues. Le fait de filmer pendant trois minutes un personnage masculin

seul à l’écran est relativement révélateur des sujets de fascination nolaniens

à venir, étant donné que le cinéaste va passer sa carrière à filmer des

hommes cloisonnés dans leurs obsessions et leurs culpabilités, qu’ils soient

pères, amants, ou les deux à la fois. Plus encore, l’absence de dialogue

permet l’internationalité du film au niveau de sa distribution :

consciemment ou non, Nolan pense déjà à la diffusion de son œuvre à

grande échelle.

Doodlebug commence sur un fond noir avec une incrustation du titre en

lettrage typique d’une machine à écrire : les deux O sont en réalité les yeux

d’un personnage anonyme, seul en scène jusqu’au générique de fin. Par ce

plan d’ouverture, Nolan cristallise tout le sel de son cinéma : l’image,

symbolisée par le regard, et l’écriture, symbolisée par la typographie. Le

fond et la forme sont liés sur un même photogramme et représentent déjà

ses désirs de mener un récit tout en l’enrobant d’une mise en scène précise,

pour le transmettre avec davantage de force. En plus d’être un formaliste,

Nolan est un amoureux du cinéma, discipline sur laquelle il a beaucoup de

choses à dire, notamment en filigrane. La musique de David Julyan et

David Lloyd rappelle typiquement les compositions pour thrillers

classiques, voire claustrophobiques, et impose d’emblée une ambiance

angoissante, alors que se dessine un jeune homme armé d’une chaussure, en

proie à l’effroi de ne pas trouver l’insecte qu’il veut abattre. En ce sens, Doodlebug est presque parodique : le personnage campé par Theobald n’est