L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)
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des études de lettres plutôt que de cinéma pur et dur découle d’une volonté
de Nolan de ne pas se figer dans un apprentissage stricto sensu du septième
art, mais bien de diversifier sa pensée, avoir un point de vue différent, voire
novateur, et ne pas être formaté par une discipline (« Christopher Nolan : Le
Nouveau Maître du temps à Hollywood », Dans la légende , Clique TV,
2020). Le jeune Christopher Nolan choisit cet établissement en raison de
ses infrastructures et de ses équipements consacrés au cinéma, comprenant
entre autres des caméras 16 mm, un banc de montage Steenbeck 2 et une
salle de projection. C’est durant ces années qu’il rencontre Emma Thomas,
sa future épouse et collaboratrice avec qui il fondera Syncopy, leur société
de production. Au sein de l’Union’s Film Society, dont Nolan est président,
ils empruntent le matériel de l’école pour projeter des films en 35 mm et
utilisent les recettes de ces séances cinéphiliques pour produire des courts-
métrages majoritairement en 16 mm : Tarantella en 1989 (en 8 mm) qui
sera diffusé par la chaîne Public Broadcasting Service (un réseau associatif
américain), puis Larceny en 1996, projeté lors du Festival du film de
Cambridge. Ne se contentant pas de vivre de cinéma, d’amour et d’eau
fraîche, Nolan travaille également sur des films industriels et des vidéos
d’entreprise, tout en peinant à percer dans un milieu très peu réceptif à ses
premières œuvres.
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Qu’on se le dise : à l’heure actuelle, ses deux premiers films officiels
sont littéralement introuvables, y compris sur le site du PBS ou celui du
Cambridge Film Festival. Il semblerait qu’ils n’aient jamais été numérisés
et ajoutés à une banque de données consultable, ou tout simplement sur le
Net. Rien d’étonnant lorsque l’on connaît l’aversion de l’artiste pour le
numérique, avec lequel il refuse de tourner. Pourtant, d’autres cinéastes tout
aussi réactionnaires, parfois à raison, concernant ces nouvelles technologies
ont réalisé des œuvres qui depuis circulent librement : on pense à My Best
Friend’s Birthday (1987), premier long-métrage à jamais incomplet de
Quentin Tarantino 3 , dont il subsiste une quarantaine de minutes, ou encore
The Big Shave (1967) de Martin Scorsese, qui métaphorise la guerre du
Vietnam et la dimension masochiste des États-Unis en seulement quelques
minutes de rasage imprécis.
Thomas Formell – coordinateur technique pour l’entreprise Image’ Est
basée à Épinal, qui possède entre autres les archives audiovisuelles liées au
patrimoine de la région Grand Est – organise la numérisation, le traitement,
le stockage, le tri et la revalorisation des fonds vidéo de l’association. Selon
lui, la numérisation de la pellicule s’est démocratisée car elle offre avant
tout une diffusion simplifiée des films, notamment d’un point de vue
purement géographique, puisqu’elle octroie un accès aux œuvres
directement depuis chez soi. Ce que la pellicule ne permet pas, à moins
d’être équipé d’une installation particulièrement onéreuse. En plus de cela
vient s’ajouter la multitude de canaux de diffusion : Internet, DVD, Blu-ray
ou tout bonnement les chaînes de télévision et de VOD qui jouissent de la
numérisation et proposent toutes sortes de programmes, parfois anciens,
mais heureusement passés au numérique, ce qui soustrait la charge
importante de sortir la pellicule de sa boîte plusieurs fois et de devoir
systématiquement la manipuler avant projection. En matière de
conservation pure et simple de l’œuvre, le numérique n’a pour l’heure pas
encore suffisamment fait ses preuves : qui peut affirmer que les copies
numériques n’ont pas de date de péremption ou que les effets du temps
puissent, à plus ou moins long terme, les faire dépérir, notamment au niveau
des banques de données physiques qui les contiennent ? Les pellicules, dans
d’excellentes conditions, peuvent durer plus ou moins un siècle selon
Formell, dont le métier consiste justement à numériser des films parfois très
anciens.
Concernant Tarantella et Larceny , deux œuvres qui ont tout juste une
trentaine d’années, à peine en existe-t-il quelques rares photogrammes en
noir et blanc sur Internet. Si le court-métrage de 1989 apparaît comme une
première tentative d’explorer les thématiques de Memento – un personnage
à la poursuite de ses souvenirs alors que sa mémoire ne semble pas au beau
fixe –, le second démontre un lien plus marqué à Following en narrant les
mésaventures d’un pickpocket poursuivi par ses victimes en plein cœur
d’une forêt. Peut-être que ces deux œuvres, en tant que coups d’essai, n’ont
plus de raison d’être partagées, vu qu’elles ont été reprises par leur propre
auteur pour donner des versions rallongées, améliorées et officiellement
distribuées en salles et ailleurs. Bien qu’ils puissent être perçus comme les
manifestes du cinéma de Christopher Nolan, force est de constater que ces
brouillons sont désormais oubliés, voire perdus, ou tout simplement jalousement gardés. Ce qui n’est pas le cas, en revanche, de son troisième et