L’œuvre de Christopher Nolan: Les théorèmes de l’illusion (French Edition)
Une trilogie américaine : entre obsessions nolaniennes et cohérence thématique
d’un autre médium. Il est important de noter que les trois scénaristes de la
trilogie n’ont puisé leurs inspirations que dans des mini-séries, des maxi-
séries ou des one shots . Cet intérêt tout particulier pour des récits fermés,
plus courts et plus condensés que la chronologie officielle publiée depuis la
naissance du personnage s’explique sans doute par cette volonté de
cohérence, ce désir de concordance entre les intrigues. Car celles-ci ne
s’étalent, finalement, que sur un peu plus de sept heures de film, trouvant
chacune une conclusion, sans se disperser vers des horizons que le format
cinématographique aurait eu le temps d’atteindre. Forte d’une publication
quasiment ininterrompue depuis sa première apparition, cette licence a su
créer, comme l’écrivait Henry Jenkins dans son ouvrage Convergence
Culture : Where Old and New Media Collide à propos de Matrix , « un
ensemble de textes si vaste qu’il crée un récit impossible à contenir dans un
seul médium ». Les Nolan et Goyer en ont retiré une partie de la
substantifique moelle pour créer une nouvelle itération sur grand écran.
L’héritage de la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan, bien qu’elle
n’en fasse pas partie d’un point de vue chronologique, est aujourd’hui l’une
des pierres angulaires du DC Extended Universe . Le désir d’ancrer le
personnage principal dans un univers plausible à la façon de Batman Begins
se fait d’ailleurs éminemment ressentir dans Man of Steel , coécrit et produit
par Christopher Nolan lui-même, dont la trame se concentre autour des
origines de Superman. Avec Batman v Superman 28en 2016, Zack Snyder
reprend le procédé des fragments de récits préexistants comme matériau de
base pour narrer la confrontation entre ces deux figures emblématiques de
DC Comics. Non seulement il adapte littéralement le dernier acte du Dark
Knight Returns dans lequel s’affrontent les deux héros, mais il parsème son
histoire d’indices sur le passé de Bruce Wayne avant les événements du
film, comme en témoigne le costume tagué d’un Robin supposément mort,
renvoyant à Un deuil dans la famille , one shot de Jim Starlin et Jim Aparo
paru en 1988, dans lequel le garçon prodige était assassiné par le Joker.
UNE TRILOGIE AMÉRICAINE : ENTRE OBSESSIONS
NOLANIENNES ET COHÉRENCE THÉMATIQUE
Si quelques grands récits bédéiques servent de base à l’œuvre de Nolan
et de ses compères, force est de constater que l’histoire éditoriale de Batman comporte de nombreux éléments adaptables au médium