Selena Rosa - la marche vers l'inconnu [1]
Chapitre 22
Desiderata
La chambre était bien évidemment plongée dans une obscurité saisissante. Je me déplaçai donc totalement à l’aveuglette. Je me pris les pieds vraisemblablement dans une chaise, car je me retrouvai les quatre fers en l’air. Gémissant de douleur, je me relevai péniblement et trouvai le lit. Le longeant sans toucher mon ami, je trouvai un interrupteur censé allumer une lampe sur la table de chevet. La lumière qui emplit la pièce était faible, mais suffisante pour que je puisse voir le corps de Cyriel, étendu là sur le lit telle une poupée de chiffon. Une nouvelle fois mes yeux s’embuèrent. Et une larme roula sur ma joue. Je fermai alors les paupières pour tenter de reprendre mes esprits.
Oui, Cyriel comptait bien plus pour moi que je ne voulais bien l’admettre.
La larme dépassa ma mâchoire et dut se perdre sur le lit, toute proche de lui. Soudain, alors que d’autres larmes venaient remplacer la petite perle perdue, une main glacée vint se poser sur ma joue. Je sursautai, mais me calmai rapidement, sachant à qui elle appartenait. J’étais consciente qu’il devait encore dormir paisiblement, mais j’avais besoin de sentir son contact, allant jusqu’à me l’imaginer, tout contre moi. Mes larmes redoublaient d’intensité alors que sa voix retentit dans la pièce :
— Pourquoi pleures-tu, ma belle Selena ?
Je sursautai violemment.
Il était là, face à moi, assis sur le lit, sa main posée sur ma joue trempée de larmes. Il avait sur son visage un air étrange, un air que je ne lui avais jamais vu. Oh ! Comme il était beau. Son contact sur ma peau me faisait énormément de bien. Pourtant la position n’était pas des plus agréables pour moi, désireuse de garder ce contact, je me penchai en avant.
Il me tira doucement vers lui, et m’attira contre son torse nu. Son torse de pierre. Je m’étais attendue à un contact douloureux, dur. Mais ce fut si différent de ce dont j’avais rêvé. Ces rêves que j’avais tentés de refouler ces derniers temps, ces rêves qui m’étaient revenus un instant auparavant et avaient déclenché ce torrent de tristesse. Contre son corps, son cœur silencieux, je me laissai aller et perdis le compte du temps. Il resta là à me tenir dans ses bras et à me chuchoter que tout allait bien.
Lorsqu’enfin je sortis de ma torpeur, je relevai la tête vers lui et l’observai. Nous restâmes un moment comme cela, à nous regarder l’un l’autre. Il sembla plonger au plus profond de moi. Mon cœur accéléra sa danse, mon corps se mit à bouillir. Je me trouvais dans ses bras, et la tête relevée vers ses yeux… vers ses lèvres. Ses magnifiques lèvres écarlates.
Il commença doucement à dessiner des arabesques sur mon bras, faisant, peut-être inconsciemment, monter le désir en moi. Oui, il était désormais question de désir. Les joues toujours trempées de larmes, je le désirais. Je ne pleurais plus, la tristesse avait disparu. Il était vivant contre moi et je ne sentais qu’une seule chose : mon besoin de lui. Je voulais qu’il me touche. Je voulais sentir ses lèvres sur moi, sentir l’odeur de sa peau.
Je ne voulais plus que lui, encore et encore.
Il dut voir au fond de mes yeux que mon regard avait changé, que mes désirs n’étaient plus ceux d’une amie, car imperceptiblement ses lèvres s’avancèrent. Millimètre par millimètre. Je le vis se rapprocher de moi. J’aurais aimé sentir son baiser dans l’instant, mais sa progression était lente, trop lente. Son visage approchait, et son souffle se répercutait sur moi. Son haleine fraîche me fit frémir, littéralement. J’avais soif de ses lèvres. Je me serais damnée pour sentir leur contact sur les miennes, sur ma peau, sur chaque parcelle de mon être.
— Embrasse-moi ! Finis-je par lui lancer dans un souffle à peine perceptible.
Un humain n’aurait rien entendu, juste un souffle, un soupir, mais Cyriel l’entendit. Son visage avait perdu la douleur, avait perdu ce petit sourire en coin qui faisait son charme. Il était sérieux, grave, douloureux.
Et enfin, elles entrèrent en contact. Enfin !
Ses lèvres. Elles étaient encore plus douces que je ne l’aurais cru possible. Il me donna d’abord un baiser tendre, léger, se tenant presque prêt à fuir.
Mes mains vinrent se placer de chaque côté de son visage, caressant ses joues, puis passèrent dans ses cheveux alors que ses baisers devenaient plus fougueux. Mes mains caressaient sa chevelure tandis que mes lèvres s’ouvraient lentement, laissant son haleine se mêler à la mienne. Nos langues se touchèrent bientôt pour entamer une danse d’abord lente et voluptueuse. Mais ce que je voulais c’était son corps, je voulais sentir son désir me heurter. Je voulais sentir sa fougue. Si bien que je me mis à genoux sur le lit brisant temporairement notre étreinte. Son visage se ferma quelques secondes, puis comprenant mes pensées il me sourit de nouveau. Je m’assis à califourchon sur lui, mes jambes dans son dos. Nous étions toujours assis sur le lit, mais nos corps étaient, ainsi, encore plus proches.
Oh comme son contact était excitant et douloureux à la fois. Douloureux parce que je voulais le sentir en moi, je désirais qu’il se fonde en moi dans l’instant. Mais nos baisers étaient encore chastes, à peine fougueux.
Mon corps se mit à onduler sur lui, lentement au rythme de ses baisers. Sous mon assaut, ses lèvres se firent encore plus puissantes et ses baisers brutaux. Pour mon plus grand plaisir. C’était si bon de l’avoir ainsi, nos lèvres scellées dans un baiser si puissant que mon cerveau peinait à suivre.
Mes ongles commencèrent à griffer son dos, doucement, puis plus férocement. Il le sentit sans aucun doute, car il me fit basculer sur le lit. Je me retrouvai cette fois sous lui. Je pus sans peine observer son corps, son torse si finement dessiné. J’aurais tout le temps pour l’observer à loisir. Pour le moment, le mien brûlait d’impatience. À mon contact, sa peau, elle aussi, se fit plus tempérée, plus chaude.
Je repris ses lèvres, m’arc-boutant pour lui voler un baiser, puis un autre, et encore un autre. Je le sentis sourire contre moi puis l’entendis dire :
— Ne sois pas si impatiente, Selena.
Dans un soupir de frustration, je me laissai tomber sur le lit. Mais il me rattrapa, et d’un bras, me serra contre lui. Je lâchai un autre soupir, de surprise et d’envie cette fois. Il entreprit alors de me retirer mon chemisier, mais sembla faire durer le plaisir, car à chacun des boutons défaits il me donnait un baiser. Ils étaient de plus en plus longs, de plus en plus passionnés. Lorsque je me retrouvai en soutien-gorge face à lui, je tremblai. De désir. Et d’impatience.
Il se leva sur le lit et retira le pantalon qu’il portait, dévoilant à mes yeux sa nudité. Autant je me serais damnée sans aucune hésitation pour ses baisers, autant là je me serais damnée dans l’instant pour avoir son corps à côté du mien pour l’éternité.
Cyriel n’avait rien à envier à personne.
Lorsqu’il se coucha de nouveau sur moi, s’appuyant sur ses coudes pour ne pas m’écraser sous son poids il m’embrassa. Chacun de ses baisers m’indiqua que jamais plus je ne pourrais vivre sans eux. Goûtant à ses lèvres, je ne pus que confirmer cette pensée. Jamais plus sans elles.
Je retirai alors mon pantalon et le jetai dans la chambre, au loin. Je ne l’entendis même pas retomber au sol, car déjà je croulai sous les assauts de Cyriel. Lentement il quitta mes lèvres pour descendre peu à peu vers ma mâchoire. Donnant de petits baisers tendres le long de celle-ci, il descendit ensuite à mon cou nu. Ne pouvant réprimer un frisson de plaisir, je l’entendis gémir.
— Tu es si belle, Selena. Si belle…
La suite se perdit. Je ne pus me concentrer sur rien d’autre que ses baisers. Il descendit à mes seins. Arrachant le soutien-gorge d’une main, sans douleur. Je me retrouvai quasiment nue, soumise à mon tour à son regard. Il continua de m’embrasser, partout. Mon corps n’était plus que brûlure. Désir et sensibilité.
Descendant encore, il finit par embrasser un point si sensible que je m’arquai sous la vague de plaisir. De ma bouche ouverte, haletante, je ne pus retenir les gémissements de plaisir qui me submergeaient.
Sa langue que j’avais déjà jugée experte le fut d’autant plus. Mes mains sur les draps auraient presque pu les déchirer sous le plaisir. Mon corps n’était que puissance. En moi se répercutaient chacune de ses caresses, chacun de ses baisers, son souffle. Puis il remonta, lentement, continuant d’embrasser mon corps qui lui appartenait entièrement. Il suçota longuement mon cou et chuchota à mon oreille. Sa proposition me sembla venir si tardivement que je lui répondis presque aussitôt. Oh oui, j’en avais envie. Je ne désirais d’ailleurs que ça.
Je voulais le sentir en moi.
Il se plaça sur mon corps, écartant mes jambes, et embrassa longuement mes lèvres alors que je le sentis s’enfouir en moi en un soupir de contentement. Jamais je n’avais ressenti un tel plaisir. Cette sensation glacée si délicieuse m’empêcha de penser, d’agir. Nos baisers, accompagnés des mouvements de son bassin, me comblaient autant qu’une femme pouvait l’être. Je perdis alors le contrôle de mon esprit et de mon corps. Ne faisant plus qu’un avec Cyriel, je ne désirais que le sentir se fondre en moi, encore, pour l’éternité.
Il me demanda tant de choses, auxquelles je ne pus répondre. Je n’avais le contrôle de rien. Ma langue n’était faite que pour lui plaire, pour le sentir, le goûter. J’étais avide de lui. C’était comme si je n’avais vécu que pour cet instant. Comme si chacune des secondes de ma vie avait eu pour unique but de me mener à lui, à cette union.
La chaleur se répandit encore plus en moi, augmentant mon plaisir. Lui aussi semblait s’approcher encore de ce point de non-retour… Il me prit par la taille pour me rapprocher davantage de lui et je poussai un grognement puissant, qui venait du plus profond de mon être, si fort que je craignis que les occupants de la chambre voisine ne viennent se plaindre. Cette réflexion s’insinua aussi vite en moi qu’elle s’en échappa, car déjà je sentais les prémices de l’orgasme arriver. Cyriel me chuchota alors :
— Regarde-moi, Selena ! Regarde-moi, mon amour.
Je plongeai mon regard en lui, jusqu’à cet ultime moment où ensemble nous vînmes. Mon regard encré à ses iris perle, je lui susurrai :
— Mords-moi.
Il hésita un instant comme son corps gémissait encore sous l’orgasme qui prenait possession de lui. Alors que je voyais traverser sur son visage diverses émotions, je sentis de mon côté cette vague de chaleur et d’engourdissement qui prit à son tour possession de moi. J’avais déjà oublié ma dernière supplique. Lui, non.
Je m’arquai soudainement, non pas sous la douleur, mais sous le plaisir ultime. Cyriel venait de plonger ses crocs en moi. Je sentis ses canines dans mon cou et mon sang qui s’en échappait. Un cri étouffé s’échappa de mes lèvres. Il ne ressemblait pas au cri que je pensais pousser sous l’effet d’une morsure de vampire. Non, c’était un cri de plaisir, un cri délicieux, l’intimant à poursuivre. La pression s’adoucit pour ne finir par n’être qu’un simple et doux baiser.
Il s’effondra à côté de moi, tremblant encore, son corps trempé de sueur, reprenant lentement sa respiration. Non, les vampires ne respirent pas… et pourtant, Cyriel respirait bruyamment. Il ne me lâchait pas du regard, un sourire tendre sur le visage. Alors que j’aurais pensé voir du sang sur ses lèvres, je ne vis rien. Juste ses magnifiques lèvres rouges qui me souriaient inlassablement.
— Tu es si merveilleuse ! me murmura-t-il dans un souffle.
Je me penchai sur lui et l’embrassai. D’un baiser chaste, mais plein d’amour. Oui, c’était de l’amour que je ressentais pour Cyriel, j’en étais certaine désormais. J’avais souvent rêvé de lui, et cela avait commencé bien avant mon départ d’Oviedo. Toutes ces nuits, réveillée par ces yeux gris et ces éclairs de foudre. Tous ces rêves me menaient à cet instant.
— Je t’aime Cyriel, murmurai-je au creux de son oreille.
Il eut un mouvement brusque et se retrouva sur moi, prenant grand soin de ne pas m’écraser pour autant. Il était toujours nu, et ne prit pas la peine de cacher sa nudité et sa virilité à mes yeux, désormais familiers.
— Tu m’aimes ? Je veux dire, vraiment ?
— Tu en doutes ? Penses-tu que je pourrais coucher avec n’importe quel homme ? Et encore plus avec un vampire, si je ne l’aimais pas ?
Je me sentis presque blessée qu’il puisse en douter.
Il comprit qu’il m’avait froissée, car il se pencha et déposa un baiser sur mes lèvres, sur mon cou là où la morsure cicatrisait déjà, sur mon sein droit puis descendit et embrassa une petite zone sous mon nombril qui me fit frémir de nouveau. Retrouvant l’usage de la parole je continuai :
— Oui, je t’aime Cyriel.
— Pardonne-moi, je ne voulais pas te vexer. C’est juste que le jour où je t’ai vue, j’ai tout de suite compris que je ne pourrais jamais laisser personne te faire du mal. Lorsque je t’ai rencontrée c’était comme si mon cœur avait repris sa danse, comme si tu m’avais redonné naissance. Mais tu étais si distante, si réticente envers moi, envers ma race. Tout ce qui avait attrait aux vampires te rebutait. Certes tu as nourri un intérêt pour mon peuple ces dernières semaines, mais je pensais que c’était juste histoire de connaître ton père. Or, tu viens ici ce soir, et nous faisons l’amour. Tu me dis que tu m’aimes. Je suis juste surpris. Jamais je n’aurais pensé que mes prières seraient un jour exaucées.
Il me sourit et continua :
— Tu l’auras compris. Je t’aime aussi, et ce depuis le premier jour où tu es entrée dans ma vie. Tu es ma nouvelle vie, celle que je veux construire. Je te mènerai là où tu le désireras, je ne t’abandonnerai que le jour où tu te seras lassée de moi. J’ai l’éternité à t’offrir.
Je déposai un baiser sur ses lèvres et me blottis contre lui alors que son « Je t’aime » résonnait encore à mes oreilles.
— Dois-je partir ? Lui demandai-je d’une voix tendue.
Le jour s’apprêtait à se lever et je ne savais comment agir.
— C’est à toi de décider, Selena. Tu peux rester et dormir un peu et partir quand tu voudras ou rester jusqu’à demain. Mais il faut que tu manges et que tu racontes tout ça à Raïza, ajouta-t-il avec un grand sourire.
— Tu as raison, j’ai une faim de loup. Est-ce que ça va, toi ? Lui demandai-je, à nouveau inquiète, prenant pourtant soin de ne pas affirmer ou infirmer sa remarque concernant mon amie.
Il se leva brusquement et m’arracha un cri de stupeur. Il sauta sur le lit, complètement nu.
— À ton avis ? Ai-je l’air d’aller bien ?
— Cesse de faire le pitre et redescends avec moi, je me sens seule, lui dis-je niaisement.
Pour dire vrai, je voulais qu’il cache son corps nu si parfait de ma vue. Je n’étais pas certaine de pouvoir résister à un deuxième acte. J’étais certaine que lui non plus.
Il s’esclaffa et me retrouva en un instant, de nouveau blotti contre lui. C’était comme s’il ne s’était jamais levé.
— Je vais bien, mon amour. Tu peux filer. Et je te promets que demain quand nous arriverons enfin en Finlande, je serai toujours là, toujours le même, et je te donnerai tellement de baisers que tu me supplieras de te laisser tranquille.
— Peut-être que tu seras celui qui demandera de l’air ? Lui lançai-je, mystérieuse.
— Oh que j’aimerais !
Je lui donnai une claque sur le torse qui faillit me casser deux ou trois phalanges.
— Fais attention à toi, Selena, la première fois ne t’a pas suffi ?
Le souvenir s’insinua en moi et je ne pus m’empêcher de rire.
— À force ça finira par rentrer, lui dis-je avec un sourire malicieux.
Nous restâmes quelques instants silencieux puis, dans un ultime effort, je me levai, embrassai son torse glacé et cherchai mes vêtements… que je ne trouvai pas.
Cyriel me regardait, comme satisfait. Il arborait un air si… humain, m’arrachant de nouveau un sourire d’admiration.
— Prends ma chemise, je crois que ton chemisier est quelque part dans la pénombre.
Levant les yeux au ciel je m’exécutai. Après tout, à cette heure, je ne risquais pas de croiser grand monde dans les couloirs. Il me demanda de tourner sur moi-même pour juger de la tenue et mima un 10 avec ses doigts. Prenant son jean, que je trouvai sur le sol, je le lui balançai en plein visage. Il s’ébroua tel un chien, ce qui eut le don de me faire rire, et se jeta sur moi. Dans un cri je me retrouvai sur le dos, le prédateur sur moi, m’emprisonnant dans ses bras musclés.
— Je t’aime Selena… me murmura-t-il tout bas.
L’embrassant, je lui répondis doucement :
— Je t’aime aussi Cyriel. On se voit dans quelques heures.
Il me libéra et m’aida à me lever.
Arrivés devant la porte, il m’attrapa de nouveau dans ses bras tandis que j’imitai une poupée de chiffon, incapable de réagir. Il me secoua et dit :
— Regarde-moi, que j’emporte ton regard.
Une seconde plus tard, il me donna un nouveau baiser puis ouvrit la porte.
— Fais attention à toi.
Je répondis d’un simple clin d’œil pendant que sa porte se refermait, mettant fin à cette nuit si parfaite.
Ce fut presque en dansant que je passai la porte de la chambre, espérant trouver Raïza prête à écouter mon compte rendu. Quelle surprise j’eus lorsque je vis Lydvack, assis les bras derrière la tête, les jambes étendues sur mon lit, et Raïza, assise en tailleur sur le sien.
Lorsqu’ils me virent entrer dans l’état second dans lequel je me trouvais, Raïza me sourit de toutes ses dents tandis que Lydvack, dans un sourire, se détourna pour m’éviter la gêne de ma tenue minimaliste.
— Lydvack, vous êtes toujours ici ? Le jour va se lever.
— Oui, Selena. J’attendais le dernier moment. Raïza est une conteuse fabuleuse.
Je ne comprenais pas de quoi il voulait parler et honnêtement je m’en fichais comme d’une guigne. Je devais rapidement raconter à mon amie la nuit que je venais de passer.
— Bon, bon ! dit-il, avec un sourire non dissimulé. C’est l’heure d’aller se coucher. Je crois qu’il vaut mieux que je dorme dans l’ancienne chambre de Cyriel… Je serai donc à côté.
D’ordinaire, sa remarque m’aurait fait rougir jusqu’à la racine des cheveux, ce matin-là, je n’en avais cure. Ce que je vivais ravissait tout mon être, et rien ne pouvait me faire retomber de mon petit nuage.
— Bonne nuit, Lady Raïza, et merci pour cette agréable fin de nuit. Lady Selena, reposez-vous bien.
Je le remerciai gentiment tandis qu’il me gratifiait d’un clin d’œil, accompagné d’un hochement de tête suggestif. Une nouvelle fois son manque de pudeur me surprit, mais cette fois cela m’amusa aussi. Alors, dans un accès de folie passagère, je criai à la cantonade :
— Oui, je suis amoureuse de Cyriel, vous n’aviez apparemment pas tort ! Voilà ! Bonne nuit, Lydvack.
Il me fit un grand sourire ravi et s’éclipsa.