Selena Rosa - la marche vers l'inconnu [1]
Chapitre 3
Et le début d'une autre
Trois mois, déjà, que ma mère était morte. En trois mois, beaucoup de choses avaient changé.
La première fut qu’Alejandro emménagea définitivement chez nous, nous permettant ainsi de vivre tel un petit couple bien rôdé.
La seconde : mon père s’absentait bien souvent. Nous nous étions éloignés l’un de l’autre depuis le décès de ma mère, plus que je ne l’aurais pensé d’ailleurs.
La troisième fut que j’obtins ma première année de psycho haut la main. Je souhaitais devenir psychologue pour enfants. Et d’après mes professeurs, malgré ce que je venais de vivre, j’avais de quoi être fière de moi. J’étais la meilleure de ma promotion.
Grisée par ce regain d’énergie positive, je décidai, un soir, qu’il était temps de faire un peu de rangement dans les affaires abandonnées par ma mère. Je grimpai alors vers son bureau, au deuxième étage de la villa. J’arrivai rapidement face à la porte de la pièce, fermée depuis son départ, et posai délicatement la main sur la poignée. Il me fallut attendre et respirer un petit instant avant de pouvoir l’ouvrir et entrer dans cet espace qui n’avait accueilli personne depuis de longs mois.
Ma mère était avocate. Son bureau était un véritable temple du rangement même si, à mon avis, cette pièce ressemblait plus à un musée qu’à une pièce à vivre.
Ici, on pouvait encore sentir la présence de Laura, et ce fut l’endroit que je choisis pour y installer mes quartiers. J’avais redouté la conversation avec mon père à ce sujet, mais profitant d’un (court !) séjour chez nous pour lui poser la question, il m’avait longtemps regardée et avait fini par répondre d’une voix dénuée d’expression :
— Oui, Selena, vas-y, mets les affaires qui te gênent dans des cartons et apporte le tout au grenier. Je ferai le tri une autre fois.
Peu de temps après, il était allé se coucher et le lendemain à mon réveil, il était déjà reparti en voyage d’affaires, ne me laissant qu’un rapide et froid message sur le réfrigérateur.
J’étais enfin prête à investir l’ancien sanctuaire de ma mère. Un endroit où j’avais appris, gamine, à ne pas entrer et, où, dans mon souvenir, mon père n’entrait jamais lui-même. Ce fut donc pour moi une première.
La pièce était spacieuse, plusieurs bibliothèques tapissaient la moindre parcelle de mur.
Pourtant, ce qui m’étonna le plus fut que ces rayonnages de livres ne comportaient pas seulement des livres juridiques ou de criminologie. Non, ma mère possédait aussi une collection impressionnante de romans en tous genres, dont une bonne partie dédiée à la Pléiade.
Je me perdis un instant en conjectures, laissant ma main glisser distraitement sur chaque tranche des ouvrages, entassés là depuis des siècles, pour certains. Cette maison avait appartenu à ma grand-mère maternelle, qui en avait elle-même hérité de sa mère, ainsi de suite. La villa était donc dans la famille depuis le XVIe siècle, elle avait survécu à deux incendies et une tornade.
La pièce intimait le respect.
Je m’imposai le silence tandis que, hormis Alejandro posté au rez-de-chaussée devant un match de football, j’étais toute seule dans la maison.
En face de l’entrée trônait un grand et somptueux bureau en acajou sculpté sur quatre pieds divinement ornementés. Avançant doucement dans sa direction, je passai derrière et m’installai dans le fauteuil qui avait été celui de ma mère autant qu’il avait dû être celui de sa mère avant elle, ou peut-être celui de son père. Elle n’en parlait jamais.
Sur le bureau, je pouvais observer trois cadres sur pied. Le premier représentait une photo des trois femmes Rosa de ma famille : Carolina, Ingrid et Laura. Mon arrière-grand-mère, ma grand-mère encore jeune femme et ma mère alors enfant. Toutes décédées aujourd’hui. Je sentis mon cœur se serrer à cette pensée.
Le second représentait un homme que je connaissais fort bien, entourant le ventre rond de ma mère. Adrian, mon père, et Laura, attendant avec une joie qui se lisait sur leur visage ma venue au monde. Le dernier était plus étrange, en effet, il représentait un homme, qui n’était pas mon père. Cette fois, je ne pus reconnaître la personne sur la photo : un homme d’une admirable beauté. Il ne souriait pas cependant, figé sur cette photo, il émanait de lui un charme déroutant. Ses cheveux d’un noir de jais encadraient un visage fin et anguleux, d’une extrême sensualité. Sa peau de nacre contrastait sérieusement avec la couleur ébène de ses cheveux. Ses lèvres étaient fines et délicates, d’un rouge éclatant. Dans ses yeux, je pouvais lire un sourire, un sourire absent. J’étais certaine de ne pas connaître cet homme. Je ne l’avais même jamais vu. Mais à la vue de ce visage, si parfait, si attirant, mon corps eut un vertige…
J’étais prise de vertige pour une photo, cela me sembla un peu pathétique.
Reprenant l’observation du bureau qui se dévoilait pour la première fois aux yeux de la fille obéissante que j’avais toujours été, je constatai que tout était parfaitement bien rangé. Comme si chaque chose avait eu une place exacte et que rien ne bougeait jamais. Sur le côté gauche étaient empilés des dossiers d’affaires en cours lors de sa mort. Je pris un carton et les fourrai à l’intérieur. Je devrais les apporter au cabinet de ma mère le lendemain.
À part des stylos, des blocs-notes et des dossiers, je ne trouvai rien d’aussi intéressant que cette photo.
Je me perdis de nouveau dans la contemplation du jeune inconnu. Lorsqu’enfin je sortis de ma rêverie passagère, je m’aperçus qu’une fois la porte fermée il était impossible de percevoir le moindre bruit provenant de la villa ou des alentours. Cela avait dû être un véritable havre de paix pour ma mère. Repenser ainsi à elle me prît de nouveau au cœur, une larme, puis deux coulèrent sur mes joues. Elle me manquait tellement.
Rejetant légèrement le siège en arrière, je commençai l’exploration des tiroirs de ce magnifique bureau. Le premier me résista… Armée d’une lime à ongles et de ciseaux trouvés dans la pièce, je fis sauter la serrure. À l’intérieur, je trouvai un ensemble de photos, plus ou moins anciennes, ainsi qu’une bougie. Ma mère aimait-elle l’effet reposant de la flamme vacillante ? Je n’en savais rien. Je la connaissais en fin de compte si peu !
Ouvrant les autres tiroirs, je ne trouvai rien. Du moins rien d’intéressant. Si bien que je fourrai tous les dossiers dans des cartons. Je gardai pourtant le contenu du premier tiroir, me promettant de passer plus de temps à étudier les visages, à jamais fixés sur le papier glacé.
Je me relevai. Je venais d’empaqueter une partie de la vie de ma mère.
Alors que j’observais l’immense bibliothèque autour de la pièce, j’aperçus un morceau de tissu coincé entre deux étagères. Je fis glisser mon doigt sur les cinquante centimètres qui semblaient amovibles. J’appuyai légèrement au-dessus du morceau de tissu mauve, ce qui laissa apparaître un compartiment secret de cinquante centimètres de profondeur et d’une hauteur équivalente à celle de l’étagère. Je fus surprise par son contenu, si bien qu’il me fallut quelques secondes pour réaliser l’ampleur de ma trouvaille. Empilés les uns sur les autres, se trouvaient une vingtaine de cahiers violines contenant chacun un marque-page en tissu de la même couleur. Attrapant le premier, je l’ouvris à la première page et lus :
Livre des Miroirs
Appartenant à Laura Rosa
« 7 juillet 1983
Voilà, comme me l’a conseillé Maman, ou plutôt je devrais dire, la Grande Prêtresse Ingrid Rosa, qui est aussi ma mère, je dois ouvrir mon Livre des Miroirs. Ici, je dois coucher mes pensées de jeune sorcière. J’ai été baptisée la nuit dernière alors que la Sainte Lune était à son zénith.
Enfin bref, j’ai pour “ordre” de tenir ce livre comme un journal intime. Il paraît que c’est pour que mon âme ne soit pas pleine de pensées qui obscurciraient son état de pureté. Je ne comprends pas trop tout ceci. Je sais que le jour où j’ai eu mes règles, maman a répondu d’une voix bizarre “Il est temps, ma fille !”. Sur le coup j’avoue ne pas avoir saisi grand-chose, mais après elle a passé plein de coups de fil. Et me voilà baptisée et officiellement membre du Coven d’Oviedo.
Enfin, voilà, je ne vois pas trop ce que je pourrais dire ici, mais bon... Cela viendra peut-être… »
Je n’y comprenais rien. Pourquoi ma propre mère parlait-elle de « sorcière », de « Grande Prêtresse » en parlant de grand-mère Ingrid ? Tout ceci était étrange. De plus, ayant déjà vu l’écriture de ma mère à l’adolescence, je savais pertinemment que cela provenait effectivement de sa main. Soit elle avait l’habitude de s’inventer une vie fantastique, soit elle était complètement givrée !
J’entrepris alors de prendre un autre journal… Cette fois ce fut quelque peu différent, l’écriture avait changé et l’année n’était pas la même.
« 8 mars 1986
Aujourd’hui, ce fut la pire journée de toute ma vie !!! Du moins jusqu’alors. J’étais en mission, après le lycée, ma mère m’a envoyée sur la piste d’une sorte de découpeur d’âmes. J’ai mis un certain temps à comprendre de quoi il retournait. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait d’un “suppôt du Diable” qui pousse ses victimes à commettre un acte désespéré avant de se donner la mort. L’agent du diable appelé chez nous “ IrBurfoth” emprisonnerait l’âme de sa victime avant de la lui remettre de façon décousue. Ainsi l’homme serait désorienté et Satan lui-même pourrait sans se déplacer prendre possession du pauvre homme en s’insinuant dans les espaces vides de l’âme. C’est un nouveau principe de possession qu’il aurait trouvé et aurait envoyé une quinzaine d’“ IrBurfoth” dans notre monde afin de contaminer des sujets. Alors on m’a envoyée sur le front, et je ne suis pas de retour totalement intact, bien entendu ! Même mes pouvoirs n’ont servi à rien. Saleté de pourriture démoniaque ! J’ai sauvé l’homme, mais je n’ai pas anéanti l’IB. Demain la Grande Prêtresse va me passer un savon je crois ! »
De mieux en mieux ! Je ne comprenais pas un mot de tout ceci ! Ma mère était une sorcière ? Elle avait mentionné des pouvoirs. Et elle semblait s’être battue avec un… un démon au nom imprononçable. Cela faisait beaucoup de choses en une seule fois. Sorcière, démon, Satan, Grande Prêtresse.
Ma mère ne pouvait certainement pas avoir imaginé un tel monde à dix-huit ans.
Non ! Elle était trop vieille pour ce genre de jeu. Il n'y avait qu’une seule explication… pas la plus rationnelle de toutes, d’ailleurs. Si ma grand-mère avait bel et bien été une sorcière et que ma mère en avait été une, cela voulait dire que je… Non ! Non ! Je n’avais pas été baptisée sorcière de toute façon, le seul baptême que j’avais reçu c’était celui du Père Dolpigo, lorsque j’eus atteint les six mois. J’avais même les photos dans un des nombreux albums dans un placard du salon. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il se passait.
Je contemplai tous les autres journaux intimes encore présents dans le compartiment avec des yeux presque apeurés, cela prendrait des semaines entières pour tout lire. Je décidai donc d’en sauter quelques-uns et en repris un autre, en plein milieu de la dernière pile.
« 6 janvier 1987
C’est bientôt mon dix-neuvième anniversaire. Maman est tout énervée en ce moment par un évènement d’ordre démoniaque (encore et toujours ceux-là !!). Pour être honnête, désormais les chasser m’essouffle. Je veux dire par là que cela ne m’intéresse plus autant qu’au début. Certes c’est grisant de sauver des gens, mais le sacrifice qui en découle est énorme. Je n’arrête pas de bassiner ma chère mère, mais je n’en tire rien. Je tente par tous les moyens, possibles et imaginables, de lui faire comprendre que je veux être avocate et que pour y arriver je dois bosser dur !! Mais non, elle est tellement têtue que seule sa magie compte ! Pourtant pour réussir il me faut bien un minimum d’heures de “buchage”. Mais non !! Elle m’envoie faire ceci et cela. Hier soir encore elle m’a envoyée faire une course alors que je m’apprêtais à commencer un chapitre important de criminologie.
Bon, il y a quand même un côté positif, j’ai eu la chance de rencontrer mon premier vampire. Il n’est pas du tout espagnol. Je me demande même comment il tient sous le soleil espagnol. Bien que l’on soit dans la partie la moins ensoleillée du pays. Il ne m’a pas vue, je crois. Je retourne voir s’il est toujours là demain. »
Je n’en croyais pas mes yeux, maintenant il était question de vampires ! Croire aux sorcières, c’était une chose. Mais les vampires ! Je décidai de lire la suite, encore plus inquiète.
« 7 janvier 1987
Ce soir, je suis retournée près du vieux village abandonné où j’étais partie faire une course pour ma mère, hier. Résultat, devine qui j’ai croisé ? Monsieur le vampire. Cette fois, je me suis arrêtée près de lui, oubliant à quel point cela pouvait être dangereux : “Je sais qui vous êtes”. Et là, il a retiré sa capuche et mon cœur a fait un bond incroyable dans ma poitrine. Je me souviens que ma respiration s’est accélérée tout à coup. Pas par peur, alors que j’aurais dû ! Il s’est tourné vers moi. Ses yeux d’un gris pénétrant m’ont regardée comme personne ne m’avait jamais regardée. C’était comme s’il avait plongé son regard en moi, au fond de mon âme. Je ne connais rien aux vampires, je l’avoue. Mais lui, il a une bouche si fine et rouge, ses lèvres me donneraient presque envie de les mordre. J’ai vu sa peau, si pâle, lorsque le vent a donné un mouvement à sa cape. Ses cheveux sont si noirs qu’il me fait penser au célèbre Dracula. J’en divague presque. Je crois que c’est le coup de foudre !! Mais là je suis bonne pour me faire enfermer par le Coven !! Mon clan ne permettra jamais que la future Grande Prêtresse convole avec un être du Mal. Une fois qu’il a compris ce que j’étais, lui et moi on s’est assis tout bêtement comme des amis. C’était surréaliste ! Il m’a révélé son prénom. Il s’appelle William. Et bien évidemment il n’est pas d’ici. (Ça ne m’étonne pas du tout. On n’a pas de si beaux spécimens par ici. D’autant plus que son accent très british ne laissait pas trop place aux doutes !) Il n’était, apparemment, même pas au courant qu’un clan de sorcières était installé dans la région. Je n’ai pas trop compris pourquoi il n’a pas tenté de me tuer, et bien sûr je n’ai pas osé le lui demander. J’avoue que j’étais carrément terrifiée… et totalement subjuguée. »
Au fur et à mesure que j’avançais dans les journaux intimes de ma mère, je perçus une modification de la vision du monde dans lequel je vivais. Je sentis un courant électrique parcourir mon corps en pensant à ce vampire si séduisant sur lequel semblait avoir craqué Laura. Soudain, je fis le parallèle entre la photo sur le bureau et la description que je venais de lire. Alors c’était un vampire que ma mère exposait aux yeux de tous ? Quoiqu’en fait elle n’exposait ce vampire qu’à ses propres yeux. Mais alors je compris que mon père, s’il avait appris cela, se serait senti trahi par sa femme. L’amour que j’avais vu entre eux était-il aussi fort que j’avais bien voulu le penser ?
Je cherchai le jour suivant, sur la page suivante…
« 30 janvier 1987
Cela fait un moment que je n’ai pas écrit. Il m’est arrivé des choses tellement incroyables ces derniers temps que je n’ai même pas eu le temps de venir tout poser par écrit ici. Je suis amoureuse !! C’est officiel. Et je peux affirmer que William m’aime également. Hier soir, nous nous sommes embrassés. C’était excitant et dangereux à la fois. Lorsque je suis avec lui, j’ai peur. Peur de mourir, peur de souffrir, peur de le perdre. Ce sont tant de peurs qui m’effraient d’autant plus !
Je relativise en me disant que jamais il ne me fera de mal, il me l’a promis. Et j’ai toute confiance en lui. Je suis une sorcière amoureuse d’un vampire. »
— La dégringolade ! Me dis-je tout bas.
Je pris un autre journal intime, pensant que l’amourette de ma mère ne regardait qu’elle.
Je fus surprise alors de lire ceci :
« 21 décembre 1988
Comme tu le sais, notre histoire dure depuis maintenant presque deux ans. William a été accepté par la plupart des sorcières du clan, maman, quant à elle, a plus de mal. Nous avons même fait le traditionnel “ HandFasting” et sommes donc enfin unis. Cependant, ce matin, je me suis rendu compte de quelque chose : je suis enceinte. Bien sûr je suis enceinte de William, puisque c’est le seul avec qui j’ai fait l’amour. Mais comment dois-je annoncer ça à mes parents ? Et encore plus désespérant, comment dois-je annoncer ça à William ?
De plus je me vois mal élever l’enfant d’un vampire. Lorsqu’il s’absente des jours entiers c’est très certainement pour chasser. Il m’a clairement fait comprendre qu’il ne tuait jamais d’humains pour se nourrir, c’est une de ses règles apparemment. Et maintenant je suis enceinte de lui. Et à tous les coups, ma progéniture préfèrera le sang au lait…
Quelle poisse ! Est-ce qu’il faut que je le garde ?
Je suis dans un pétrin fou ! Et je ne sais pas le moins du monde comment m’en tirer !!!
Je vais le perdre, j’en suis certaine. Il va m’abandonner avec l’enfant sur les bras !! En ce moment, ce n’est pas la joie, pourtant c’était son idée le mariage magique. Bref, on verra. C’est la pagaille dans ma vie, c’en est désespérant !! Je l’aime. »
J’étais totalement déboussolée. Soit l’enfant dont elle parlait c’était moi, soit j’avais quelque part un frère ou une sœur. Il me fallait absolument connaître le fin mot de l’histoire alors je pris le journal suivant.
« 2 janvier 1989
Et voilà ! William s’en est allé, me laissant là avec un bébé vampire dans le ventre. Ma mère et tout le Coven s’inquiètent énormément pour l’enfant à naitre et pour moi. Ils se demandent constamment si je vais survivre à la grossesse ou si je vais mourir lors de l’accouchement. Or tout ça c’est pour dans huit mois !! Le temps ne passe pas si vite !! On peut être patient et faire preuve d’optimisme, non ? C’est trop demander ?! Saleté de clan ! Plus le temps passe et plus je m’en éloigne de toute façon. Un jour j’espère réussir à le quitter totalement. Je ne suis guère intéressée pour suivre les traces de mes aïeules et devenir moi aussi Grande Prêtresse. Et au diable la prophétie ! J’ai une vie en dehors du Coven et bientôt un bébé à m’occuper. Et puis cette chasse aux démons ne m’intéresse plus du tout ! Surtout depuis que j’ai passé quasiment deux ans à aimer un de ceux que nous chassons. Je ne sais pas trop si je suis triste ou non de l’avoir vu me quitter. J’imagine qu’inconsciemment je le savais et que je m’y étais préparée. Mais maintenant me voici toute seule dans ma chambre d’adolescente avec un ventre qui s’arrondit de jour en jour et des besoins qui vont certainement changer. Quelle vie ! J’ai peur… »
Je ne pouvais plus m’arrêter de lire, voyant les pages du journal défiler, me menant vers la fin des mémoires de ma mère.
« 6 février 1989
J’ai rencontré un homme. Un vrai ! Et je crois bien que je lui plais. Je ne peux en dire plus, si ce n’est qu’Adrian est extrêmement sexy et qu’il est américain.
Il me faut faire une croix sur William, jamais plus je ne le reverrai et ce n’est pas avec lui que je vivrai, je le sais. Alors je continue ma vie, pour moi et mon bébé. En plus, Adrian accepte ma grossesse, et sait tout !
Au fait, j’ai quitté le Coven ce matin, dans les cris et les larmes de ma mère, je lui ai balancé son fichu collier. J’arrête donc d’écrire dans ce journal.
J’ai choisi le prénom pour mon enfant, ce sera Dorian si c’est un garçon et Selena si c’est une fille.
Adieu.