Selena Rosa - la marche vers l'inconnu [1]

Westley D. Northman · Chapitre 36 sur 37

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Selena Rosa - la marche vers l'inconnu [1]

Chapitre 35

 

L’Arche de la Paix

 

Les quinze jours qui suivirent passèrent rapidement alors que la Couronne de l’Ombre reprenait son aspect d’antan. Isabel de l’Ombre, son titre officiel depuis qu’elle avait repris le trône, transforma la Forteresse de façon significative. Elle lui redonna la lumière qui la caractérisait tant. Redonnant vie aux pièces, aux corridors. C’en était fini des espaces sombres et sans lumière. Avec Isabel, il n’était question que de clarté. Toutes les torches étaient allumées, toutes les sources lumineuses rayonnaient et des centaines de milliers de bougies et chandeliers étaient disséminés dans la forteresse. Les lieux resplendissaient de beauté et de majesté.

D’ailleurs, je trouvai amusant que le titre officiel d’Isabel corresponde en fait si peu à la vraie personnalité de la souveraine. Elle qui était l’exact contraire de l’ombre.

Mais ce titre existait depuis des millénaires et elle était ravie de le porter à nouveau.

La veille de notre départ, il fut donné un bal en notre honneur et en l’honneur du retour d’Isabel. Il avait fallu plusieurs jours pour que la nouvelle traverse les océans et se répande sur les continents. Isabel redeviendrait, à ce moment-là, officiellement la Couronne de l’Ombre. Elle récupérerait toute la légitimité de son rang, de sa position et de son pouvoir auprès des vampires du monde entier.

 

Alors que Cyriel et moi nous préparions pour le bal, une des servantes de la forteresse frappa à la porte et passa la tête dans l’embrasure :

— Sa Majesté m’a demandé de venir voir si Selena la Bénie avait besoin de toilettes pour l’occasion.

On m’avait effectivement surnommée ainsi depuis la grande bataille. Je n’avais jamais vraiment compris. On me remerciait souvent d’avoir jeté le pieu à Isabel, ce qui avait permis d’évincer l’usurpatrice. Tarja était morte, mais j’avais perdu mon père dans tout cela, alors, loin de moi l’idée de me sentir bénie. Certes, j’avais trouvé l’amour et l’amitié durant ma quête, mais j’avais aussi beaucoup perdu. Et rien ne viendrait combler le vide qui était en moi. Ma mère m’avait quittée, puis mon père, j’avais également appris que Shalimar et Lauri étaient morts en héros lors de la bataille qui avait rendu son trône à la reine. J’avais longtemps cherché à savoir si les vampires avaient eux aussi un Paradis comme les humains. Mais personne n’avait d’avis tranché sur la question. Tout tournait autour de l’âme dont certains pensaient que nous étions dépourvus.

Le petit voyage que j’avais fait quelques semaines auparavant et où j’avais vu ma mère et ma grand-mère ne pouvait me laisser croire une telle chose. Non ! Nous avions une âme et alors, à notre… mort, elle devait très certainement trouver refuge quelque part. Personne, pas même Cyriel, ne me donna une réponse qui me convint ou me réconforta. J’avais le brûlant besoin de penser que maintenant, Laura et William étaient de nouveau réunis, veillant ensemble sur moi.

— Non, merci, Sandrina. Tout va bien, j’ai tout ce qu’il me faut.

Ce n’était pas tout à fait vrai, mais qu’importe.

La jeune servante s’inclina et referma doucement la porte. Ce fut comme si elle n’était jamais venue.

Cyriel sortit de la salle de bains, vêtu d’un costume sombre et bien taillé. À son doigt, la chevalière d’Isabel attirait l’œil. Il était beau. Sa peau claire et diaphane contrastait avec la couleur sombre de sa veste. Seule sa chemise blanche s’accordait parfaitement avec son teint de marbre magnifique. Il perçut mes pensées, car il me répondit :

— Tu n’es pas si mal non plus, mon amour. Une vraie déesse.

Je ne pouvais plus rougir… Et pourtant !

Je me tournai vers le grand miroir de la chambre et y observai, une nouvelle fois, mon reflet. Je portais une robe rouge qui aux chevilles. Chaussée d’escarpins à lanières de la même couleur, je gagnais sans peine cinq centimètres. Il était étrange de s’apercevoir que mon équilibre avait évolué, dans le bon sens, depuis ma transformation. Humaine, je n’avais jamais pu porter ce genre de chaussures. Maintenant, juchée sur des talons hauts, bien trop hauts pour moi habituellement, j’avais la sensation de porter mes vieilles baskets. Cependant que j’étais, il fallait le dire, ravissante. La robe, décolletée, laissait apparaître la Pierre d’Alvina. Elle était fendue depuis mes chevilles jusqu’en haut de la cuisse droite. Mes cheveux quant à eux, étaient remontés, laissant ma nuque visible. Quelques mèches ici et là, donnaient un visuel intéressant. Pas une coiffure élaborée, juste simple, mais travaillée.

 

On frappa à la porte au moment même où je me détournais du miroir. Raïza.

Je sentis son odeur à travers la porte. Une odeur d’herbe et… de vent frais. Cyriel lui ouvrit.

Elle l’embrassa sur les deux joues, comme lui, quelques temps auparavant, et se dirigea vers moi. Je ne pus m’empêcher de remarquer une nouvelle fois que mon amie était tout simplement magnifique. Sa chevelure blonde était elle aussi remontée sur sa tête, mais dans une coiffure plus complexe que la mienne. Elle avait rajouté dans ses boucles quelques fleurs bleues.

— Des petites fleurs des champs, me dit-elle les en indiquant.

Sa robe était bleue, elle aussi. Et à peu près de la même longueur que la mienne. Moins décolleté peut-être, notai-je. Mais elle lui allait à merveille et mon amie resplendissait.

— Tu es superbe dans cette robe, Raïza, la complimenta mon homme.

Elle fit mine de se cacher le visage et répondit en gloussant entre ses mains un vague remerciement.

— Si vous êtes prêtes, les filles, nous allons pouvoir y aller. Nous devons arriver avant Isabel.

Nous sortîmes alors de la chambre.

Arrivés devant la Grande Porte quelques minutes plus tard, nous prîmes toutes les deux le bras de Cyriel qui, largement bien accompagné, nous entraîna dans la salle.

À notre entrée, le silence se fit. Les sujets de la Couronne se turent et nous observèrent. Curieux pour ceux qui n’avaient pas assisté à la chute de L’Usurpatrice, fiers pour ceux qui avaient tout vu. Il y avait tellement de monde ce soir-là, que je n’étais pas sûre d’avoir vu tout le monde. Mon regard ne se posa que sur quelques visages et le reste se perdit dans la foule.

À l’instant, où nous arrivâmes à la place qui nous était réservée, près du trône d’Isabel, des trompettes résonnèrent devant la Grande Porte. Et là, elle apparut, tel un mirage.

Isabel, la Couronne de l’Ombre, accompagnée à son bras de Lydvack, son consort.

Ils n’étaient pas mariés, mais elle avait fait de lui le plus Grand. Il n’était plus simplement son Général, il était aussi son soutien, son amant, son appui, son plus fidèle lieutenant et l’amour de son Éternité.

Tout sourire, ils s’approchèrent. Lorsqu’ils passèrent à côté de nous, Isabel laissa presque apparaître un petit sourire, mais se ravisa à temps, Lydvack quant à lui, nous fit un rapide clin d’œil. Ce qui fit réagir Raïza, qui pouffa silencieusement.

Isabel s’installa sur son trône tandis que Lydvack restait debout derrière elle. Cette dernière attendit quelques instants avant de se relever pour prononcer son discours. Il fut non loin de ressembler à celui du jour de la chute de Tarja, mais tout le monde l’acclama avec plus de vigueur encore. Elle insista sur la Paix universelle avec les Hommes et avec les Sorcières, elle insista sur l’échange entre nos peuples, et sur l’entente cordiale qui devait en résulter. Et elle mit l’accent sur les pertes que notre peuple avait subies ces derniers siècles et qu’il fallait agir en faveur du repeuplement vampirique.

Un discours de Reine en somme.

Lorsqu’elle se rassit, la plupart de ses sujets passèrent lui rendre hommage. Tous s’agenouillèrent à ses pieds et lui souhaitèrent un bon retour parmi eux. Lorsque ce fut notre tour, nous courbâmes l’échine devant elle, comme tous les autres.

Plus tard dans la soirée, alors que la musique emplissait la salle, mes jambes ne me portèrent plus. Aussi dus-je m’assoir à une table non loin de la piste de danse quasi déserte. Il était de coutume d’attendre que la Reine et le Consort – quand Consort il y avait – ouvrent le bal avec la Première Danse. Cette coutume était tellement humaine, qu’un instant je me sentis, telle une invitée dans un mariage humain. Mais le sang qui emplissait certains verres et les canines qui pointaient ici et là me rappelèrent vite où je me trouvais… au Royaume des vampires, parmi mes semblables.

Lorsque la musique changea, Lydvack se matérialisa sur la piste de danse et tendit une main à Isabel, toujours assise sur son trône. Elle se leva, le sourire aux lèvres. Au moment où leurs deux mains se touchèrent, ils commencèrent à communier, l’un dans les bras de l’autre. La longue robe jaune de la Reine semblait flotter autour d’elle, au rythme de leur pas, lents et langoureux. Mon ami, quant à lui, semblait vouloir protéger sa compagne, sa reine, de tout. De ses bras forts, il l’entourait et la faisait virevolter, avec un amour palpable.

 

Quelques instants plus tard la piste de danse fut prise d’assaut par une dizaine de couples. Étonnée, je vis Raïza danser avec un vampire dont j’ignorais jusque là l’existence.

Mon vampire se leva.

— M’accorderiez-vous cette danse ?

Comment lui résister ? C’est alors, dans un bruissement agréable, que je me levai et pris la main de Cyriel. Il mena la danse comme un parfait gentleman. Nos yeux ne se lâchaient plus. Je ne voyais plus que lui et n’entendait plus que la musique. Nous étions ensemble et ce pour l’Éternité.

— Je t’aime, Selena, me murmura-t-il.

— Je t’aime aussi.

Nous tournoyâmes quelques minutes avant que mon corps ne réclame de nouveau du repos. Je n’étais pas complètement remise de ma transformation d’après Cyriel. Moi pourtant, je savais qu’il en allait tout autrement.

De retour sur ma chaise je vis Cyriel ravir Raïza des bras du vampire pour l’entraîner dans une valse effrénée. L’homme de ma vie et ma meilleure amie. Les deux personnes à qui je tenais le plus au monde en cet instant. Je les observai danser ensemble. Je vis Raïza pencher la tête en arrière dans un rire incontrôlé, mais n’entendit pas le sujet de son hilarité. Lorsque Cyriel tourna la tête vers moi, je vis qu’il s’inquiétait. Je lui fis un signe de tête pour l’encourager à s’amuser. Il m’envoya un baiser puis se tourna vers mon amie qui me fit un signe de la main.

J’étais bien, la perte de mon père était difficile à gérer, mais mes amis allaient tous bien, et c’était le plus important.

Plusieurs musiques passèrent et je restai là à les observer tous. Au bout d’un moment, Isabel commença à discuter avec un de ses conseillers, alors Lydvack me chercha du regard. Je le vis faire, et souris lorsqu’il me trouva enfin. En quelques secondes, il se tenait devant moi, me tendant la main.

— Tu te sens prête pour la meilleure danse de toute ta vie, Selena ?

Je gloussai, telle une adolescente lors de ses premiers émois. Il sembla apprécier le jeu. Je pris sa main et il m’emporta comme un fou sur la piste. Je ne pus m’empêcher de lâcher un rire lorsqu’il me porta presque pour que je puisse suivre la cadence de ses pas. Avec le plat de ma main je cognai son torse et lui dit :

— C’est une danse ou un marathon, m’sieur ?

Il rit et ralentit aussitôt l’allure.

— Est-ce plus à votre convenance ainsi, chère madame ? me demanda-t-il, l’air guindé.

Je lui répondis par une petite moue, qu’il décrypta aisément. Nos pas se firent plus lents et la danse fut agréable.

— Je voulais te remercier, Selena. Je n’ai pas eu le temps de le faire et je voulais que nous soyons tous les deux. Merci. Pour tout.

— Je t’en prie, Lydvack, non. C’était la chose à faire et nous le savons tous les deux.

— Oui, mais ce ne fut pas sans pertes, termina-t-il.

Nous savions tous les deux de qui il était question, mais nous n’avions ni la force ni le courage de prononcer son nom. Nous nous regardâmes un instant puis je détournai la tête, luttant contre les larmes.

Je sentis sa bouche près de mon oreille et il murmura :

— Merci encore, Selena. Merci.

Puis il s’écarta, embrassa ma main et disparut. Alors que je m’apprêtais à regagner ma place, Isabel se dirigea vers moi, accompagnée de Raïza.

— Je peux vous voir toutes les deux ?

J’acquiesçai d’un signe de tête et la suivis dans le couloir. Nous quittâmes rapidement le bal en direction de la Porte de la Forteresse.

Sur le chemin elle commença :

— Si je voulais vous parler, les filles, c’est parce que j’ai un projet.

— Un projet ? Répondis-je, dubitative.

Je n’avais pas envie de repartir à l’aventure. Pas avant un moment du moins.

Elle sembla comprendre ma réticence, car avec un petit rire elle ajouta :

— Oh, non ! Ne vous en faites pas. Il ne s’agit pas d’aller risquer votre vie encore dans des pays éloignés de chez vous. Juste un petit projet que j’ai pour la réunification de nos peuples.

Elle attisait notre curiosité, car déjà Raïza se penchait en avant, attentive. Avec un sourire, je fis de même.

— Voyez-vous, j’ai demandé à ce que l’on érige un monument à la gloire de notre collaboration. Et j’espérais qu’il pourrait devenir une sorte de repère, comme un pacte entre nous.

— Je trouve que c’est une excellente idée, Votre Majesté, s’écria Raïza, tout excitée.

—Isabel ! Rectifia la Reine avec un grand sourire. Le titre officiel, c’est en public. Lorsque l’on est entre nous, mon prénom suffit.

Raïza pouffa et rectifia :

— Pardon. J’oublie toujours. Donc Isabel, je trouve que c’est une excellente idée.

Isabel éclata de son rire habituel et lui dit :

— Oui, je pensais bien avoir compris la première fois.

Rouge de honte, Raïza plongea son attention dans l’examen de ses ongles.

— Et toi, Selena, qu’en dis-tu ?

Un monument à la gloire de notre collaboration me paraissait être une idée formidable.

— N’oublie pas, Selen’, que c’est ta décision qui fera jugement définitif. Tu es la Grande Prêtresse en chef, si je puis dire, ricana mon amie.

— Oui, Raïza, j’en suis bien consciente. C’est pour cela que je prends bien le temps de répondre. Pas comme certaines impulsives.

— Alors qu’en penses-tu honnêtement ? me demanda Isabel.

— Je trouve que c’est une idée géniale ! Avouai-je.

Le visage de la Reine s’illumina telle la surface de l’eau sous les reflets de la lune. C’était la réponse qu’elle attendait.

— Parfait. Alors allons le voir.

— Déjà ?

— Oui, il vient d’être achevé en début de soirée, me répondit-elle, tout sourire.

Isabel nous conduisit sans attendre dans la cour extérieure de la Forteresse. À l’endroit même où étaient morts nos amis, nos frères, tentant de venir en aide à Isabel, se trouvait désormais une arche. Une sublime arche de marbre avec des gravures peintes de noir.

— Raïza, Selena, en tant que Reine des vampires, je vous présente l’Arche de Paix. Symbole de la nouvelle entente entre nos peuples.

Je restai sans voix. Raïza, une fois n’était pas coutume, fut réduite au silence également. Cette arche était si belle, si majestueuse que je me sentis flattée d’y être associée.

— Elle vous plaît ? demanda Isabel, inquiète par notre manque de réaction.

— Vous rigolez ? Lâchai-je. Elle est merveilleuse !

Elle sembla ravie, car elle me prit dans ses bras.

— Selena, tu es ici chez toi. Ton père a demeuré dans cette forteresse durant seulement quelques années, mais il y a trouvé une famille et s’est battu pour la protéger. Je sais que tu pars demain, mais je voulais que tu voies ceci et que tu saches que ma demeure t’est à jamais ouverte.

Elle qui d’apparence était plus jeune que moi, trouvait toujours les mots pour me soulager. Elle m’offrait une place dans son monde. Mais Raïza, Cyriel et moi avions encore un bout de chemin à parcourir avant de pouvoir, enfin, nous poser.

— Merci, Isabel. Je reviendrai, prochainement. Mais avant, Raïza doit retrouver son clan, et moi, le mien. Nous devons faire passer nos nouvelles idées, nos nouvelles lois. Il faut que nos peuples s’accordent comme nous avons su le faire toutes les trois. C’est primordial.

— Tu parles comme une digne dirigeante. La place de Cyriel parmi mes Généraux lui reste réservée pour l'éternité également. Si un jour vous voulez tester la vie à la Cour auprès de Lydvack et moi, n’hésitez pas. J’espère vous revoir très vite, me dit-elle en posant une main sur mon ventre. Comme l’avait fait ma mère, dans un geste si maternel que les larmes me montèrent immédiatement aux yeux.

— Merci.

Ce fut la seule réponse qui me vint à l’esprit.

 

Isabel remercia longuement Raïza pour sa collaboration et pour son amitié, et l’invita à revenir si un jour elle le désirait. Mais Raïza avait d’autres projets, je le savais, car je les avais lus en elle. Après ces aventures, mon amie ne désirait qu’une chose : retrouver la vie paisible au sein de son village. Et retrouver Joshua. Je ne m’en étais pas rendu compte, trop obnubilée par mes propres problèmes, mais mon jeune ami lui manquait terriblement et les sentiments qu’elle entretenait pour lui, depuis leur enfance, n’étaient pas de l’amitié. Je ne lui révélai jamais rien sur la réciprocité de cet amour, sachant pertinemment que Josh saurait agir à son retour.

Aussi le départ fut maintenu au lendemain, et les adieux furent déchirants. Lydvack que j’avais apprécié immédiatement était celui qui me manquerait le plus, j’en étais certaine. Mais ce n’était pas un adieu comme il me le répéta plusieurs fois. J’avais désormais devant moi l’Éternité, et je le reverrai très certainement.

— Plus tôt que tu le penses, ma belle Selena, termina Isabel au moment de partir.

Ce fut à regret que Cyriel et moi quittâmes l’Archipel de Svalbard, mais nous en avions longuement discuté, j’avais une mission ailleurs, et quelques petites choses à régler dans mon ancienne vie.

Nous avions accompli beaucoup de choses depuis notre départ, et beaucoup de choses avaient changé. Je m’étais faite aux changements, il ne me restait donc plus qu’à dire adieu à la vie que j’avais eue, et en embrasser une nouvelle. Une Éternelle.

Dans le bateau qui nous ramenait en Pologne, nous nous retrouvâmes dans cette chambre. Celle qui avait été témoin nos premières déclarations d’amour, nos premiers ébats. Dans cette chambre qui avait tout changé. Là, sous les draps alors que nos deux corps nus attendaient que la nuit reprenne ses droits je lui annonçai d’une voix douce :

— Je suis enceinte.