Sorcière pour l'èchafaud

Kim Harrison · Chapitre 3 sur 32

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Sorcière pour l'èchafaud

Chapitre 3 · — Mon Dieu, geignis-je à mi-voix. Faites…

— Mon Dieu, geignis-je à mi-voix. Faites que je ne sois pas malade. Pas ici.

Je serrai les paupières quelques secondes, avec l’espoir que la lumière ne me ferait plus aussi mal quand je les rouvrirais. J’étais dans mon box, au vingt-cinquième étage de la tour du SO. Le soleil de l’après-midi s’infiltrait dans la pièce, mais il ne m’atteindrait jamais. Mon bureau était situé vers le milieu du labyrinthe.

Quelqu’un avait amené des beignets, et l’arôme du glaçage me soulevait l’estomac. Tout ce dont j’avais envie, c’était rentrer chez moi et dormir.

J’ouvris le tiroir du haut pour y chercher une amulette contre la douleur, et gémis en constatant que je les avais toutes utilisées.

Mon front cogna contre le bord du bureau métallique. À travers une masse de cheveux frisottés, je contemplai mes bottes, sous l’ourlet de mon jean. J’avais mis une tenue classique par respect pour ma démission : une chemise de lin rouge rentrée dans mon pantalon. J’allais éviter les cuirs moulants quelque temps.

La nuit dernière avait été une erreur. Il avait fallu beaucoup trop de verres pour que je devienne assez stupide pour donner officiellement mes souhaits restants à Ivy et Jenks. J’avais vraiment compté dessus. Tous ceux qui s’y connaissent un peu en souhaits savent qu’on ne peut pas faire le vœu d’en avoir davantage. C’est pareil pour la richesse. L’argent n’apparaît pas comme ça. Il faut qu’il vienne de quelque part, et à moins de faire le souhait de ne pas être pris, on finit toujours par se faire avoir pour vol. Les souhaits ne sont pas simples à gérer, ce qui explique pourquoi les Outres ont toujours œuvré pour qu’ils aillent par trois. En y repensant, je ne m’étais pas trop mal débrouillée. Avoir souhaité ne pas me faire prendre pour avoir laissé partir la leprechaun aurait au moins l’avantage de me laisser sortir du SO

avec un dossier vierge. Si Ivy avait raison, s’ils essayaient quand même de m’avoir pour rupture de contrat, il faudrait qu’ils se débrouillent pour que ça ait l’air d’un accident. Mais qu’est-ce qu’ils en avaient à faire ? Les menaces de mort revenaient cher, et ils voulaient me voir dehors.

Ivy avait voulu un jeton pour profiter de son souhait plus tard.

Il ressemblait à une vieille pièce avec un trou au milieu. Elle l’avait passé sur une cordelette violette et accroché à son cou. Quant à Jenks, il avait dépensé son souhait avant de quitter le bar, s’envolant ensuite en bourdonnant pour annoncer la nouvelle à sa femme. J’aurais dû partir en même temps que lui, mais Ivy n’avait pas semblé avoir envie de s’en aller. Ça faisait longtemps que je n’avais pas passé une soirée entre filles, et je m’étais dit que je trouverais peut-être au fond d’un verre le courage de dire à mon patron que je me tirais. Ça n’avait pas marché.

Au bout de cinq secondes de mon discours soigneusement répété, Denon avait ouvert une enveloppe kraft, en avait sorti mon contrat et l’avait déchiré, me donnant une demi-heure pour quitter les lieux. Mon badge et les menottes fournies par le SO étaient dans le tiroir de son bureau. Les charmes qui les avaient décorés étaient dans ma poche.

Les sept années passées au SO m’avaient laissé tout un fatras de bimbeloterie et de mémos périmés. Je tendis des doigts tremblants vers un vase bon marché qui n’avait pas vu une fleur depuis des mois. Il finit dans la poubelle, comme le crétin qui me l’avait offert. Mon bol de dissolution alla dans la caisse à mes pieds. La céramique bleue incrustée de sel frotta bruyamment sur le carton. Le bol était sec depuis la semaine dernière, et la bordure de sel laissée par l’évaporation partait en poussière.

Un petit bâton de séquoia le rejoignit. Trop épais pour en tirer une baguette, et de toute façon, je n’étais pas assez douée pour en fabriquer une. J’avais acheté le bâton pour en faire un jeu d’amulettes détectrices de mensonges, mais je n’avais jamais été au bout. C’était plus simple de les acheter. Je m’étirai et attrapai ma liste de contacts. Un bref coup d’œil pour vérifier que personne ne me regardait, et je l’enfonçai hors de vue, à côté de mon bol de dissolution, mon lecteur de CD et mes écouteurs par-dessus.

J’avais quelques livres de référence à rendre à Joyce, de l’autre côté de l’allée. La boîte à sel qui les calait avait appartenu à mon père. Je le rangeai dans la caisse, me demandant ce qu’il aurait pensé de mon départ.

— Il aurait été ravi, soufflai-je en serrant les dents face à la gueule de bois.

Je relevai la tête et jetai un coup d’œil par-dessus l’affreuse cloison jaune. Mes yeux s’étrécirent quand je constatai que mes collègues s’empressaient de regarder ailleurs. Ils avaient formé de petits groupes et bavassaient avec un air affairé. Leurs murmures étouffés me portaient sur les nerfs. J’avalai lentement une grande goulée d’air et tendis la main vers ma photo de Watson, Crick, et celle qui avait été à l’origine de tout, Rosalind Franklin. Ils posaient devant leur maquette d’ADN, et le sourire de Rosalind recelait le même humour caché que celui de Mona Lisa. On aurait pu croire qu’elle savait ce qui allait arriver. Je me demandai si elle avait été une Outre. Un paquet de gens en avaient été. Je gardais la photo pour me rappeler combien le monde tourne sur des détails qui échappent à certains.

Ça faisait presque quarante ans qu’un quart de l’humanité était mort d’un virus mutant, l’Ange. Et, malgré les affirmations contraires des évangélistes de la télé, ça n’avait pas été notre faute.

Du début à la fin, il n’y avait eu que la bonne vieille paranoïa humaine.

Dans les années cinquante, Watson, Crick et Franklin avaient mis leurs neurones en commun et résolu l’énigme de l’ADN en six mois. Les choses auraient pu en rester là, mais ceux qui étaient à l’époque les Soviets avaient mis la main sur la technologie. Fouetté par la peur de la guerre, l’argent s’était engouffré dans cette science en plein boum. Au début des années soixante, on eut de l’insuline produite à partir de bactéries. Ensuite, tout un tas de drogues sorties de l’ingénierie biologique déboulèrent, envahissant le marché avec des sous-produits issus des recherches secrètes menées par les États-Unis sur les armes biologiques.

Nous n’atteignîmes jamais la lune, retournant la science vers l’intérieur plutôt que l’extérieur pour nous éliminer nous-mêmes.

Et à la fin de la décennie, quelqu’un fit une bourde. Le grand débat sur qui des Américains ou des Soviets est sans intérêt.

Quelque part dans les labos glacés de l’Arctique, une chaîne d’ADN mortelle se fit la malle. Elle laissa une modeste piste de mort jusqu’à Rio, identifiée et traitée sans que la majorité de la population en soit informée. Mais tandis que les scientifiques couchaient leurs conclusions dans leurs rapports et rangeaient déjà ceux-ci dans les archives, le virus muta.

Il s’incrusta dans une tomate issue de cultures génétiquement modifiées, via une faille dans son ADN bricolé. Une faille que les chercheurs avaient jugée trop infime pour s’y attarder. La tomate était identifiée officiellement sous le nom de tomate Ange T4 –

l’étiquette donnée par les labos – et c’est de là qu’est venu le nom du virus, l’Ange.

Personne ne se doutant que le virus utilisait la tomate Ange comme vecteur, il fut véhiculé le long des lignes aériennes. Seize heures plus tard, il était déjà trop tard. Les pays du tiers-monde furent décimés en trois semaines d’horreur, et les États-Unis se refermèrent sur eux-mêmes au bout de quatre. Les militaires bloquèrent les frontières, et une politique gouvernementale du type « désolés, on peut rien faire pour vous » fut instaurée. Même avec ça, les gens souffrirent et moururent, mais, comparé au charnier que devint le reste du monde, ce fut du gâteau.

Pourtant, la raison principale pour laquelle la civilisation resta intacte fut la résistance au virus Ange de la plupart des espèces d’Outres. Les sorciers, les morts-vivants, et toutes les petites espèces comme les trolls, les pixies et les fées passèrent au travers comme un charme. Les garous, les vamps vivants et les leprechauns s’en tirèrent avec une grippe. Les elfes, par contre, disparurent complètement. On raconte que leur habitude de se mélanger avec les humains pour augmenter leur nombre se retourna contre eux, les rendant sensibles à l’Ange.

Quand la poussière retomba et que le virus eut été éradiqué, le nombre total de nos espèces combinées avait presque rejoint celui des humains. C’était une chance que nous nous empressâmes de saisir. Le Tournant, comme on le nomma, commença à midi avec un seul pixie. Il se termina à minuit avec une humanité cachée sous la table, essayant de se faire à l’idée qu’elle avait vécu à côté de sorciers, de vampires et de garous depuis bien avant les pyramides. La première idée des humains, venant de leurs tripes, fut de nous effacer complètement de la surface de la Terre. Elle fit long feu quand il leur fut mis sous le nez que nous avions maintenu les structures de la civilisation pendant que le reste du monde foutait le camp. Sans nous, le taux de mortalité aurait été bien plus élevé.

Mais, même comme ça, les premières années qui suivirent le Tournant furent un truc de dingues. Effrayés à l’idée de lutter contre nous, les humains mirent la recherche scientifique hors la loi, la désignant comme le démon derrière leurs malheurs. Les labos de biologie furent rasés, les chercheurs qui avaient échappé à l’épidémie furent jugés et éliminés dans ce qui ne fut guère plus que des meurtres légalisés. Il y eut une deuxième vague de décès, plus discrète, quand les sources des nouvelles médecines furent accidentellement détruites, en même temps que les biotechnologies.

Ce ne fut qu’une question de temps avant que l’humanité insiste sur une institution purement humaine pour contrôler les activités des Outres. Ainsi naquit le Bureau Fédéral de l’Outremonde, qui remplaça toutes les structures de maintien de l’ordre sur le territoire des États-Unis. Les membres des forces de l’ordre de l’Outremonde et les fédéraux réduits au chômage formèrent leur propre police, le SO. Encore aujourd’hui, la rivalité reste forte et sert à garder le couvercle bien fermé sur les plus agressifs des Outres.

Quatre étages de l’immeuble principal du BFO à Cincinnati sont consacrés à la recherche des labos bio illégaux restants. Des labos où, pour un certain prix, on peut encore se procurer de l’insuline propre et des médicaments pour lutter contre la leucémie. Le BFO des humains est aussi obsédé par la recherche de technologies interdites que le SO l’est par sa volonté de chasser des rues la drogue baptisée « Soufre », et d’arrêter sa destruction des cervelles.

Et tout ça a commencé quand Rosalind Franklin a remarqué que son crayon avait été déplacé et que quelqu’un était là où il n’aurait pas dû être , pensai-je en massant du bout des doigts mon front douloureux. Quelques petits indices. De vagues allusions.

C’est avec ça que le monde tourne. C’est ce qui faisait de moi une aussi bonne Coureuse. Avec un sourire à Rosalind, j’essuyai mes empreintes sur le cadre et le mis dans ma caisse.

Il y eut un éclat de rire nerveux derrière moi. J’ouvris brutalement le tiroir suivant et farfouillai parmi les vieux Post-it et les trombones. Ma brosse était à la même place que d’habitude, et un nœud d’angoisse s’estompa quand je la jetai dans la caisse. Les cheveux peuvent servir à créer des sorts ciblés. Si Denon s’apprêtait à coller un contrat sur ma tête, il aurait été intéressé.

Mes doigts butèrent sur la masse lisse de la montre de mon père. Rien d’autre n’était à moi, et je refermai le tiroir avec force, me raidissant au moment où ma tête me donna l’impression d’exploser. Les aiguilles de la montre étaient figées sur minuit moins sept. Il me taquinait toujours en affirmant qu’elles s’étaient arrêtées la nuit de ma conception. Me renfonçant dans mon siège, je glissai la montre dans ma poche. Je pouvais presque voir mon père dans l’embrasure de la porte de la cuisine, ses yeux allant de la montre à l’horloge au-dessus de l’évier, un sourire barrant son long visage tandis qu’il se demandait où étaient passés tous ces moments perdus.

Je mis M. Poisson, le Bêta-en-bulle que j’avais eu au Noël du bureau précédent, dans mon bol de dissolution, m’en remettant à la chance pour que l’eau et le poisson restent ensemble. La boîte de flocons pour poisson alla le rejoindre dans la caisse. Un bruit sourd attira mon attention vers l’autre bout de la pièce, au-delà des cloisons, du côté de la porte fermée du bureau de Denon. Son hurlement étouffé me parvint :

— Tamwood, tu ne feras pas trois pas au-delà de cette porte.

Les conversations se turent. Apparemment, Ivy venait de démissionner.

— J’ai un contrat. Tu travailles pour moi et pas le contraire !

Tu pars et... (Il y eut un fracas derrière la porte fermée.) Sainte Merde... il y a combien là-dedans ?

Sa voix avait baissé d’un cran.

— Assez pour rembourser mon contrat. (La voix d’Ivy était glaciale.) Assez pour vous et les macchabées du sous-sol. Nous nous comprenons ?

— Ouais, dit-il avec un fort relent d’avidité comblée. Ouais. T’es virée.

J’avais l’impression que ma tête était pleine de coton. Je la posai sur mes mains jointes. Ivy avait de l’argent ? Pourquoi n’en avait-elle pas parlé la nuit dernière ?

— Allez vous faire Tourner, Denon, dit Ivy brisant un silence absolu. Je démissionne. Vous ne m’avez pas virée. Vous pouvez avoir mon fric, mais vous n’achèterez jamais les sang-noble. Vous êtes un seconde zone, et aucune somme ne pourra jamais changer ça. S’il faut que je vive sur le trottoir en me nourrissant de rats, je serai encore au-dessus de vous, et ça vous tue que je n’aie plus à suivre vos ordres.

— Ne crois pas que tu vas t’en tirer comme ça, rugit le patron, et je pus presque voir la grosse veine prête à péter dans son cou.

Les accidents arrivent autour d’elle. Reste trop proche et tu pourrais te réveiller morte.

La porte de Denon s’ouvrit à la volée, et Ivy sortit en trombe, la renvoyant tellement fort que les lumières vacillèrent. Ses traits étaient tendus, et je pense quelle ne me vit même pas quand elle passa près de mon box. Entre le moment où elle m’avait quittée et maintenant, elle avait enfilé une blouse en soie qui lui descendait jusqu’aux mollets. Je suis assez sûre de mes préférences sexuelles pour avouer qu’elle la portait vraiment bien. Le bas voletait au-dessus du plancher au rythme de ses pas meurtriers. Des taches de colère coloraient ses joues pâles. Sa tension était palpable et lui faisait une aura presque visible.

Elle ne cédait pas au vampirisme, elle était simplement folle furieuse. Mais même comme ça, elle laissait derrière elle des remous glacés que le soleil qui pénétrait à flots ne pouvait pas réchauffer. Un sac en toile vide pendait à son épaule, et son souhait était encore autour de son cou. Bonne fille, pensai-je,

garde-le pour les jours pluvieux. Elle prit l’escalier et je dus fermer les yeux sous la douleur quand la porte métallique heurta le mur.

Jenks se précipita dans mon box, vrombissant autour de mon crâne comme un papillon de nuit en folie pour bien me faire remarquer le rafistolage de son aile.

— Salut Rach’, jeta-t-il en en faisant un peu trop dans le joyeux. Ça boume ?

— Pas si fort, murmurai-je.

J’aurais donné n’importe quoi pour une tasse de café, mais je n’étais pas certaine que les vingt pas jusqu’au distributeur la valaient. Jenks était en habits de ville, portant des couleurs criardes et non assorties. Le violet ne va pas très bien avec le jaune. Ça n’a jamais été le cas et ça ne le sera jamais. Mon Dieu, le collant sur son aile lui aussi est violet.

— Tu n’as jamais la gueule de bois ? soufflai-je.

Il se percha sur le bord de mon pot à crayons et sourit.

— Non. Le métabolisme des pixies est trop rapide. L’alcool est immédiatement transformé en sucre. C’est chouette, non ?

— Super.

J’enveloppai soigneusement une photo de Maman et moi dans un chiffon et la glissai à côté de Rosalind. Je nourris un instant l’idée de dire à ma mère que je n’avais plus de travail, puis décidai de m’en abstenir pour des raisons évidentes. J’attendrais d’en avoir trouvé un autre.

— Ivy va bien ? demandai-je.

— Ouais. Ça ira. (Jenks vola jusqu’à mon pot de laurier.) Elle est seulement un peu énervée d’avoir dû donner tout ce qu’elle avait pour acheter sa sortie et protéger ses fesses.

J’acquiesçai, heureuse qu’ils aient voulu se débarrasser de moi. Les choses seraient plus simples si nous n’avions ni l’une ni l’autre un contrat sur la tête.

— Tu savais qu’elle avait de l’argent ?

Jenks épousseta une feuille et s’y assit. Il eut un regard condescendant, ce qui est difficile à réussir quand vous faites dix centimètres et êtes habillé comme un papillon enragé.

— Ben, ouais... Elle est la dernière vivante de son sang. A ta place, je lui donnerais un peu d’air pendant quelques jours. Elle est aussi énervée qu’une guêpe mouillée. Elle y a laissé sa maison de campagne, ses terres, ses actions. Tout ce qui lui reste, c’est le manoir en ville près de la rivière, et c’est sa mère qui l’a.

Je m’installai à l’aise dans mon siège, déballai ma dernière plaquette de chewing-gum à la cannelle et la mis dans ma bouche.

Il y eut un tintement quand Jenks s’engouffra dans ma caisse en carton et commença à y farfouiller.

— Ah, et Ivy a dit qu’elle avait déjà loué un truc. J’ai l’adresse.

— Sors de mes affaires !

Je lui envoyai une pichenette et il repartit vers le laurier. Il se percha sur la plus haute branche pour regarder les autres papoter.

Mes tempes se remirent à battre quand je me penchai pour vider le tiroir du bas. Pourquoi Ivy a-t-elle donné tout ce quelle avait à Denon ? Pourquoi ne pas avoir utilisé son souhait ?

— Accroche-toi, dit Jenks en se glissant le long de la branche pour se planquer au milieu des feuilles. Il arrive.

Je me redressai et vis Denon déjà à mi-chemin de mon bureau. Francis, le lèche-cul, le mouchard cireur de pompes du service, lâcha un groupe et lui emboîta le pas. Les yeux de mon ex-patron se posèrent sur moi par-dessus la cloison de mon box. Je m’étouffai brusquement, en avalant mon chewing-gum.

Pour expliquer : mon patron avait tout d’un lutteur professionnel avec un doctorat en suavité ; grand, les muscles épais, un teint acajou parfait. Je pense qu’il avait été rocher dans une vie précédente. À la différence d’Ivy, il était né humain et avait été contaminé. Cela le rangeait parmi les sang-bas, une sorte de deuxième classe dans le monde vamp.

Mais même comme ça, Denon était une puissance avec laquelle compter ; il avait travaillé dur pour sortir de son ignoble condition de départ. Sa surabondance de muscles n’était pas là que pour faire joli, elle lui permettait de survivre quand il était avec les forts de sa race d’adoption. Il avait cet aspect sans âge de celui qui se nourrit régulièrement auprès d’un vrai mort-vivant.

Seuls les morts-vivants pouvaient transformer des humains en vampires. Et à voir son excellente santé, Denon était clairement un favori. La moitié du plateau aurait voulu être son jouet sexuel.

Il fichait la trouille à l’autre moitié. J’étais fière d’avoir ma carte de membre de cette moitié-là.

Mes mains tremblaient quand je pris ma tasse de café de la veille et prétendis en boire une gorgée. Ses bras se déplaçaient comme des pistons. Sa chemise jaune faisait contraste avec son pantalon noir. Les plis en étaient parfaitement marqués et mettaient en évidence ses jambes musclées et sa taille étroite. Les gens se carapataient de son chemin. Quelques-uns quittèrent l’étage. Que Dieu me vienne en aide si j’avais foiré mon seul souhait et que je me fasse prendre.

Il y eut un gémissement de plastique quand il s’appuya sur le haut de ma cloison d’un mètre vingt. Je ne le regardai pas, préférant me concentrer sur les traces qu’avaient laissées mes punaises dans la toile des panneaux. Mes bras s’étaient couverts de chair de poule comme si Denon m’avait touchée. Sa présence sembla tourbillonner autour de moi, renvoyée par les cloisons de mon box et s’élevant de toutes parts, jusqu’à ce que j’aie l’impression qu’il était aussi derrière moi. Mon cœur battit plus vite, et je me concentrai sur Francis.

Ce péteux s’était assis sur le bureau de Joyce et était en train de défaire le bouton de sa veste en polyester. Il souriait pour montrer ses dents parfaites et manifestement fausses. Il releva les manches sur ses bras maigres. Son visage triangulaire était encadré par des cheveux coupés à hauteur des oreilles qu’il passait son temps à écarter de ses yeux. Il croyait que cela lui donnait l’air d’un gamin charmeur. Pour moi, on aurait dit qu’il venait de se lever. Même s’il n’était que 15 heures, une barbe naissante lui noircissait les joues. Le col de sa chemise hawaïenne était volontairement remonté. Au bureau, la plaisanterie en vogue était qu’il essayait de ressembler à Sony Crockett, mais que ses yeux rapprochés louchaient et que son nez était trop long et trop étroit pour que ça marche. Consternant.

— Je sais où tu veux en venir, Morgan, dit Denon, ramenant mon attention sur lui.

Il avait une voix enrouée et basse que seuls les Noirs et les vampires ont le droit d’avoir. C’est une sorte de loi. Grave et douce. Câline. La promesse qu’elle recelait me glaça, et la peur me transperça.

— Je vous demande pardon ? demandai-je, fière que ma voix ne se brise pas.

Enhardie, je croisai son regard. Ma respiration s’emballa et je me raidis. Il essayait de me jeter une aura en plein après-midi.

Damnation.

Il se pencha par-dessus la cloison, laissant ses bras reposer sur le haut. Ses biceps se gonflèrent, les veines prenant du relief. Les cheveux de ma nuque s’étaient dressés et je luttai contre l’envie de regarder derrière moi.

— Tout le monde croit que tu te tires à cause des missions de peigne-cul que je te donne, dit-il, sa voix douce caressant les mots quand ils passaient entre ses lèvres. Ils ont raison.

Il se redressa et je sursautai quand le plastique craqua. Le marron de ses yeux avait presque complètement disparu derrière les pupilles qui s’agrandissaient. Double damnation.

— Ça fait deux ans que j’essaie de me débarrasser de toi. (Il sourit, me montrant ses dents humaines.) Tu n’as pas la poisse, tu m’as moi. Des coéquipiers débiles. Des instructions mal transmises, des fuites auprès de tes proies. Et quand j’arrive finalement à te faire partir, tu t’en vas avec ma meilleure Coureuse.

Son regard s’intensifia. Je forçai mes mains à se décrisper, mais cela attira son attention sur elles.

— Ce n’est pas bien, Morgan.

Ce n’était pas ma faute, pensai-je, ma peur refluant devant sa révélation. Ce n’était pas moi. Toutes ces erreurs n’étaient pas de mon fait. Mais soudain, Denon se propulsa jusqu’à l’ouverture qui servait de porte dans ma cloison.

Je me retrouvai debout et plaquée contre mon bureau dans un grand bruit de métal et de plastique. Des papiers crissèrent, la souris tomba et se balança au bout de son câble. Les yeux de Denon étaient complètement noirs. Mon cœur tambourinait.

— Je ne t’aime pas, Morgan, dit-il dans un souffle qui passa sur moi comme une lingette poisseuse. Je ne t’ai jamais aimée. Tes méthodes sont débiles et hasardeuses, comme l’étaient celles de ton père. Être incapable de ramener cette leprechaun est proprement incroyable.

Son regard se fit distant et je m’aperçus que je retenais ma respiration. La compréhension semblait danser juste hors de sa portée. S’il te plaît, fonctionne, pensai-je, désespérée. Cher souhait, pourrais-tu marcher ? Denon se pencha vers moi et j’enfonçai mes ongles dans la paume de mes mains pour mempêcher de reculer. Je me forçai à respirer.

— Incroyable, répéta-t-il, en faisant mine de chercher à comprendre, mais il secoua la tête, comme s’il compatissait.

Mon souffle revint quand il se redressa. Ses yeux quittèrent les miens, se posèrent sur mon cou, où je savais que mon pouls battait. Ma main remonta pour aller le cacher et il sourit comme un amant pour sa chère et tendre. Il n’avait qu’une seule cicatrice sur son cou magnifique. Je me demandai où étaient les autres.

— Dès que tu es dehors, souffla-t-il, la chasse est ouverte.

Le choc se mêla à l’inquiétude dans un magma vomitif. Il allait mettre un prix sur ma tête.

— Vous ne pouvez pas, bredouillai-je. Vous vouliez que je parte.

Il ne bougea pas. Son immobilité même fit monter ma peur.

Mes yeux s’élargirent devant sa respiration lente et profonde, ses lèvres qui rougissaient et gonflaient.

— Rachel, quelqu’un va mourir pour ça, murmura-t-il, et la façon dont il prononça mon prénom transforma mon visage en glaçon. Je ne peux pas tuer Tamwood. Alors c’est toi qui serviras de bouc émissaire. Félicitations.

Il me fixait de sous ses sourcils. Ma main quitta mon cou tandis qu’il sortait du box. Ses mouvements n’étaient pas aussi fluides que ceux d’Ivy. C’était la différence entre sang-noble et sang-bus ; ceux qui étaient nés vamps et ceux qui étaient nés humains et avaient été transformés. Une fois dans l’allée, la menace disparut de ses yeux. Denon tira une enveloppe de sa poche arrière et la jeta sur mon bureau.

— Profite de ton dernier chèque, dit-il à haute voix, plus pour les autres que pour moi.

Puis il fit demi-tour et s’éloigna.

— Mais vous vouliez que je parte...

Mon murmure ne l’atteignit pas, et il disparut dans l’ascenseur. Les portes se fermèrent, la petite flèche rouge indiquant la descente s’éclaira. Il devait aller faire son rapport à son propre patron. Il plaisantait sûrement. Il ne mettrait pas Une récompense sur ma tête pour un truc aussi ridicule qu’Ivy partant avec moi. Il ne le ferait pas ?

— Rachel, tu as été parfaite.

Ma tête se redressa brutalement sous l’effet de la voix nasillarde. J’avais oublié Francis. Il se laissa glisser du bureau de Joyce et s’appuya contre mon mur. Après avoir vu Denon faire la même chose, le résultat était risible. Lentement, je me rassis sur mon siège pivotant.

— Ça fait six mois que j’attends que la pression te soit assez montée au cerveau pour que tu démissionnes, dit-il. J’aurais dû savoir qu’il suffirait que tu te soûles.

Une vague de colère fit s’évanouir le reste de ma peur et je repris mon rangement. Mes doigts étaient glacés et je les massai pour essayer de les réchauffer. Jenks sortit de sa cachette et revint en volant vers le faîte de ma plante.

Francis remonta les manches de sa veste au-dessus de ses coudes. Repoussant mon chèque d’un doigt, il s’assit sur mon bureau, un pied par terre.

— Ça a pris plus longtemps que j’aurais cru, se moqua-t-il. Tu es vraiment obstinée ou bien vraiment stupide. Dans tous les cas, tu es morte.

Il renifla, produisant un bruit de crécelle à travers son nez étroit.

Je refermai violemment un tiroir, ratant de peu ses doigts.

— Tu veux prouver quelque chose, Francis ?

— C’est Frank, dit-il, essayant de prendre un air supérieur mais réussissant seulement à faire croire qu’il avait un rhume. Et ne prends pas la peine de supprimer tes fichiers, ils sont à moi, comme ton bureau.

Je jetai un coup d’œil à mon écran, avec son économiseur au gros crapaud à yeux de punaise. Périodiquement, il avalait une mouche qui avait le visage de Francis.

— Depuis quand les macchabées d’en bas laissent-ils un magicien s’occuper d’un cas ? demandai-je, mettant l’accent sur son rang.

Francis n’était pas assez bon pour mériter celui de sorcier. Il pouvait invoquer un sort, mais il n’avait pas assez de connaissances pour en fabriquer un. Moi si, même si, en général, j’achetais mes amulettes. C’était plus facile, et probablement plus sûr pour moi comme pour ma cible. Ce n’était pas ma faute si des milliers d’années d’images stéréotypées avaient classé les femmes chez les sorciers, et les hommes chez les magiciens. C’était visiblement ce qu’il avait voulu que je demande.

— Tu n’es pas la seule à savoir cuisiner, ma chère Rachel. J’ai eu ma licence la semaine dernière. (En se penchant, il prit un stylo dans ma caisse et le remit dans le pot à crayons.) J’aurais dû passer sorcier il y a longtemps. Mais j’hésitais à me salir les mains en apprenant à fabriquer un sort. Je n’aurais pas dû attendre si longtemps. C’est trop simple.

Je repris le stylo et le mis dans ma poche arrière.

— Contente pour toi.

Francis est passé au rang de sorcier ? pensai-je. Ils ont dû baisser la barre.

— Ouais, acquiesça-t-il, faisant le ménage sous ses ongles avec l’une de mes dagues en argent. J’ai ton bureau, tes enquêtes, et même ta voiture.

Lui arrachant le couteau de la main, je le jetai dans la caisse.

— Je n’ai pas de voiture de fonction.

— Moi, si.

Il tira sur le col de sa chemise couvert de petits palmiers, comme s’il était très content de lui-même. Je me jurai de ne plus ouvrir la bouche pour ne pas lui donner une autre chance de se vanter. Il eut un soupir satisfait.

— Et je vais en avoir besoin. Denon m’a planifié pour une interview du conseiller Trenton Kalamack lundi prochain. (Il renifla.) Pendant que tu ratais ton pauvre boulot d’attrape-couillon, j’ai conduit la chasse qui a ramené deux kilos de Soufre.

— Une belle affaire, dis-je, prête à l’étrangler.

— Ce n’est pas tant le montant. (Il rejeta ses cheveux en arrière.) C’est qui les transportait qui est important.

Je dressai l’oreille. Le nom de Trent relié à du Soufre ?

— Qui ? demandai-je.

Francis descendit du meuble. Il trébucha sur mes pantoufles de bureau roses et molletonnées et faillit tomber. En se rattrapant, il visa le long de son doigt, comme s’il s’était agi d’un pistolet.

— Regarde bien derrière toi, Morgan.

C’était trop. Le visage convulsé, je lançai mon pied, attrapant bien proprement le sien. Il s’effondra avec un glapissement satisfaisant. Mon genou était sur le dos de sa mocheté de veston en polyester avant qu’il ait touché le sol. Ma main alla vainement chercher les menottes sur ma hanche. Jenks applaudit en passant au-dessus de moi. Après un hoquet apeuré, il n’y avait plus eu un bruit sur le plateau. Personne n’interviendrait. Ils ne me regarderaient même pas.

— Je n’ai rien à perdre, mon chou ! grognai-je, me penchant jusqu’à ce que je sente sa sueur. Comme tu l’as dit, je suis déjà morte. Alors, la seule chose qui me retienne de t’arracher les paupières immédiatement, c’est la curiosité. Je vais te le redemander. Qui as-tu pris avec le Soufre ?

— Rachel, pleurnicha-t-il, capable de me renvoyer sur les fesses mais effrayé d’essayer. Tu aggraves ton cas... Aïe, aïe, hurla-t-il comme mes ongles s’enfonçaient dans le haut de sa paupière droite, Yolin. Yolin Bates !

— Le secrétaire de Trent Kalamack ? commenta Jenks qui planait au-dessus de mon épaule.

— Oui, dit Francis, son visage raclant la moquette quand il tourna la tête pour me regarder. Ou plutôt son ex-secrétaire. Mais bon dieu, Rachel. Lâche-moi.

— Il est mort ?

Je secouai la poussière de mon jean en me relevant. Francis se redressa, maussade. Mais il éprouvait un certain plaisir à me raconter ça, sinon il aurait déjà décampé.

— Elle, pas il, dit-il en rajustant son col pour le remettre droit.

Ils l’ont trouvée hier, défoncée à mort dans sa cellule du SO.

Littéralement. C’était une magicienne.

Il avait dit ces derniers mots avec un ton condescendant, et je lui renvoyai un sourire aigre. Comme il est facile d’afficher du mépris pour la condition qui était la vôtre seulement une semaine auparavant. Trent, pensai-je, mon regard se perdant dans le vague. Si je pouvais prouver qu’il trafiquait dans le Soufre et le livrer au SO sur un plateau d’argent, Denon serait bien forcé de me lâcher. Le SO le pistait depuis des années, depuis que le réseau du Soufre ne cessait de s’élargir. Personne ne savait s’il était humain ou Outre.

— Bon sang, Rachel, pleurnicha Francis en se tamponnant le dessus de la lèvre, tu m’as explosé le nez.

Mes pensées se libérèrent et je lui jetai un regard moqueur.

— Tu es un sorcier, va donc te fabriquer un sort.

Je savais qu’il n’était pas encore assez bon pour ça. Il faudrait qu’il en emprunte un, comme le magicien qu’il avait été, et je savais que ça l’irritait. Je rayonnai quand il ouvrit la bouche pour répondre. Mais il se reprit, pinça ses narines pour arrêter le sang et fit demi-tour.

Je sentis un tiraillement quand Jenks atterrit sur ma boucle d’oreille. Francis s’enfuyait dans l’allée, la tête penchée selon un angle curieux. L’ourlet de son veston de sport oscillait au rythme de sa démarche empruntée, et je ne pus retenir un ricanement quand Jenks chantonna le thème de Deux Flics à Miami.

— Quelle chiffe molle, dit le pixie tandis que je me tournais de nouveau vers mon bureau.

Je casai mon plant de laurier dans ma caisse, et mon froncement de sourcils revint. J’avais mal à la tête, et envie de rentrer chez moi et de faire un somme. Un dernier regard à mon bureau, et je ramassai mes pantoufles et les laissai tomber sur le reste de mes affaires. Les livres de Joyce atterrirent sur son siège avec un petit mot pour lui dire que je l’appellerais plus tard. Et tu vas prendre mon ordinateur, hein ? pensai-je en m’arrêtant pour ouvrir un fichier. Trois clics suffirent à rendre impossible tout changement de l’économiseur d’écran sans vautrer tout le système.

— Jenks, je rentre chez moi, soufflai-je tout en jetant un coup d’œil à la pendule murale.

15 h 30. Je n’étais là que depuis une demi-heure. Ça semblait des siècles. Un dernier regard au plateau ne me montra que des têtes baissées et des dos tournés. C’était comme si je n’existais plus. Qui a besoin d’eux ? pensai-je, en arrachant ma veste du dossier de mon siège et en tendant la main vers le chèque.

— Hé, criai-je quand Jenks me pinça l’oreille. Merde, arrête ça !

— C’est le chèque, beugla-t-il. Bon Dieu, ma fille, il a ensorcelé le chèque !

Je me figeai. Laissant tomber ma veste dans la caisse, je me penchai sur l’enveloppe apparemment inoffensive. Les yeux fermés, j’inhalai profondément, cherchant l’odeur de séquoia. Puis je testai le fond de ma gorge pour un relent de sulfure qui traînait toujours lorsqu’il y avait de la magie noire.

— Je ne sens rien.

Jenks eut un rire bref.

— Moi, si. Ça ne peut être que le chèque. C’est tout ce que Denon ta donné. Et fais gaffe, Rachel, c’est noir.

J’eus envie de vomir. Denon ne pouvait pas être sérieux.

C’était impossible.

Je regardai de nouveau autour de moi, mais sans y trouver d’aide. Inquiète, je sortis mon vase de la poubelle. Un peu de l’eau de M. Poisson y atterrit. J’y ajoutai une dose de sel, plongeai mon doigt pour goûter, et en mis, un peu plus. Quand je jugeai que la salinité était équivalente à celle de l’océan, je répandis le tout sur le chèque. S’il avait été ensorcelé, le sel briserait le sort.

Un soupçon de fumée jaune s’éleva au-dessus de l’enveloppe.

— Ah, merde, soufflai-je, soudain effrayée. Gaffe à ton nez, Jenks.

Et je plongeai sous le bureau.

Avec un pschitt brutal, le sort se décomposa. De la fumée jaune pleine de sulfure s’éleva vers les bouches d’aération et y fut aspirée. Des cris de déception et de dégoût s’élevèrent avec elle. Il y eut un bruit de cavalcade quand tout le monde se précipita vers les portes. Même si je m’y attendais, l’odeur d’œuf pourri me piqua les yeux. Ce sort était une vraie saleté, fait sur mesure puisque Denon et Francis avaient pu toucher l’enveloppe. Ç’avait dû coûter un max.

Secouée, je sortis de sous mon bureau. Le plateau était désert.

— Est-ce que c’est bon maintenant ? demandai-je en toussant.

(Ma boucle d’oreille bougea quand le pixie acquiesça.) Merci, Jenks.

L’estomac en pleine tempête, je posai le chèque trempé sur la caisse et me mis en marche le long des boxes vides. Il semblait bien que Denon était sérieux avec sa menace. Fabuleux.