50 pratiques manageriales innovantes - L'innovation manageriale en action
6 Fail, learn, succeed – BlaBlaCar
6
FAIL, LEARN, SUCCEED – BlaBlaCar
Quand les échecs sont considérés
comme source de progrès et
partagés
France – 450 salariés Plateforme de
covoiturage
LA PRATIQUE
Sa genèse
Frédéric Mazzella, fondateur de BlaBlaCar, ayant effectué une partie de ses études à Stanford, a appris l’importance du droit à l’échec, qui plus est lorsque l’on évolue dans l’univers digital où tout est à inventer.
Si 94 % des Français estiment « qu’on apprend toujours de ses
échecs 1 », 75 % considèrent que l’on « dévalorise trop souvent les
personnes qui en vivent2 ». Considérant que les échecs sont positifs et sources d’apprentissage et que l’aventure BlaBlaCar ne pouvait se vivre sans accrocs, ce fondateur a souhaité ancrer la valorisation positive de l’échec dans l’ADN de l’entreprise en intitulant l’un des cinq principes qui guident les collaborateurs au quotidien « Fail, learn, succeed » (FLS).
Mais se contenter d’écrire des principes sans les traduire en pratiques professionnelles est plus qu’insuffisant pour que chacun se les approprie. C’est la raison pour laquelle ce principe est décliné en processus et ancré dans les pratiques collaboratives.
Présentation
Chez BlaBlaCar, les échecs sont non seulement valorisés, mais aussi partagés au sein des équipes de manière à éviter qu’ils se reproduisent et à ce que chacun puisse en tirer les enseignements, voire propose son aide dans la recherche de solutions.
Le rituel FLS se décline à trois niveaux :
1. Dans le cadre des réunions des « country managers ». Lors de leurs rencontres périodiques, chaque country manager intervient en présentant trois points :
Les « Updates », l’évocation de données chiffrées sur l’activité
de leur pays (nombre de membres, nombre de réservations…).
Un « Win », une réussite vécue, qui devient une bonne pratique,
qu’il a envie de partager.
Un « Fail » qu’il veut présenter. La présentation de l’échec se
fait en trois temps :
la description de l’échec vécu (l’origine, l’événement), le
« Fail » ;
les apprentissages, le « Learn » ;
les décisions prises suite à cet échec mais aussi les
préconisations dans le cas où l’événement se reproduirait, le
« Succeed ».
L’évocation du « Fail » permet à chaque country manager de prendre connaissance de l’échec vécu de manière à éviter de le reproduire mais aussi de bénéficier des enseignements et des solutions trouvées, étant donné qu’à ce jour les missions sont identiques pour chacun des pays.
2. Au quotidien. Il est fréquent de voir se réunir spontanément les membres d’une équipe autour d’une démarche FLS suite à une erreur ou un échec afin d’en partager les enseignements et de rechercher collectivement des solutions si besoin.
Selon la pertinence de l’enseignement et des bénéfices que pourraient avoir d’autres personnes à savoir ce qui s’est passé, les collaborateurs peuvent décider de communiquer l’information sous le format FLS soit par mail, soit via le wiki interne, soit dans le cadre des réunions BlaBlaTalk.
Lorsqu’un incident a impacté plusieurs collaborateurs, les équipes reçoivent un courriel intitulé « FLS » au sein duquel sont évoqués l’incident, son origine et la solution trouvée de manière à ce que chacun puisse disposer de l’information.
Lorsqu’un dysfonctionnement a eu un impact sur un plus grand nombre de collaborateurs ou sur l’entreprise dans son ensemble, comme une interruption momentanée de la plateforme, une communication de même nature est mentionnée dans le wiki interne, de sorte que tout le monde puisse y avoir accès, information qui est par ailleurs archivée pour en garder la mémoire.
3. Lors des BlaBlaTalk. Les échecs peuvent être également présentés lors de réunions bimensuelles intitulées « BlaBlaTalk ».
Les personnes qui le souhaitent peuvent présenter un échec vécu à l’ensemble de l’entreprise selon le processus FLS. Les fondateurs partagent également les FLS lorsqu’il s’agit de décisions stratégiques, comme la fermeture de certains pays en 2016 (Inde, Mexique et Turquie).
SON APPROPRIATION
Tous les collaborateurs de BlaBlaCar ont un rapport positif à l’erreur et l’échec. La culture digitale y est sans doute pour beaucoup mais le fait que la valorisation de l’échec soit l’un des quatre principes de l’entreprise et l’exemplarité dont font preuve les fondateurs qui n’hésitent pas à partager leurs « FLS » facilitent l’appropriation de cette démarche.
Le principal point de vigilance à avoir consiste à ne pas considérer la démarche FLS comme un mea culpa, ni un mot d’excuse mais comme un processus d’apprentissage. Il importe par ailleurs de veiller à ce qu’il n’y ait pas de recherche de coupable.
Il a fallu dissocier l’incitation à l’échec (l’idée n’est pas d’encourager les personnes à faire n’importe quoi) de l’autorisation d’avoir échoué (la non-dévalorisation ou punition d’une personne qui a vécu un échec).
LES BÉNÉFICES
La reconnaissance du droit à l’échec encourage l’audace et l’innovation. Les collaborateurs osent spontanément prendre des risques sans crainte de se voir sanctionnés en cas d’échec.
Les trois étapes du principe LFS sont des automatismes fortement ancrés dans les pratiques collaboratives qui permettent que les échecs soient bien vécus et leurs enseignements partagés et rapidement intégrés. Il ne viendrait pas à l’idée de cacher une erreur ou un échec car ce serait contraire à la culture d’entreprise et contreproductif.
Le fait d’être informé par mail des origines des événements qui ont perturbé l’activité renforce la confiance, l’authenticité dans les relations et permet d’éviter tout risque d’interprétation, de critique négative sur ses collègues, malheureusement trop habituel dans la plupart des entreprises.
La démarche FLS est un formidable levier de solidarité entre collaborateurs, notamment lors de l’étape de recherche de solutions. Chacun, quel que soit son rôle, a la possibilité de proposer spontanément son aide et de soumettre des idées qui sont accueillies avec bienveillance. Ce principe a également pour effet de renforcer l’implication, l’engagement, l’entraide et la fierté d’appartenance.
La partage des échecs vécus et des solutions adoptées permet d’éviter qu’ils se reproduisent dans d’autres pays et ainsi de gagner du temps.
VOUS APPRÉCIEREZ AUSSI
La Culture juste et les analyses « Just & Fair » – Air France
L’étude de Cassandre – Pfeiffer Vacuum
1. Sondage Ipsos Public Affairs, 2013.
2. Sondage Ipsos, 2014.
OceanofPDF.com