50 pratiques manageriales innovantes - L'innovation manageriale en action
34 Vis ma vie – Polyclinique de Limoges
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VIS MA VIE – Polyclinique de Limoges
Quand les collaborateurs peuvent
vivre la vie de leurs collègues
France – 920 salariés
Médecine, chirurgie, obstétrique
LA PRATIQUE
Sa genèse
La polyclinique de Limoges est l’une des plus grosses cliniques privées en France. Elle est née au 1er janvier 2015 de la fusion de trois établissements qui ont décidé de se regrouper pour faire face à la baisse des tarifs imposés par la Sécurité sociale. Du jour au lendemain, leurs personnels, autrefois concurrents, sont devenus collègues. L’opération « Vis ma vie » découle du besoin de faire taire les vieilles rancœurs et de créer du lien entre ces collaborateurs venus d’horizons très différents.
Elle a vu le jour dans le cadre des négociations sur la qualité de vie au travail (QVT), grâce à la réflexion menée par un petit groupe d’une dizaine de salariés représentatifs des différents métiers de la clinique (personnel soignant, administratif, technique…). Convaincus que la QVT, c’est aussi comprendre le métier de l’autre en amont et en aval, ils ont eu l’idée d’offrir à tous la possibilité de découvrir un autre métier au sein de l’organisation.
La première édition de l’opération « Vis ma vie » s’est déroulée en 2017 dans le cadre de la semaine de la QVT avec 70 participants. L’année suivante, elle réunissait 130 collaborateurs et a remporté le prix du meilleur projet 2018 au Trophée de la fédération hospitalière privée, dans la catégorie « clinique socialement responsable ».
Présentation
1. Préparation. 3 mois avant la semaine de la QVT, la direction des ressources humaines fait circuler des bulletins de participation à l’opération. Chacun est invité à y apposer son nom et l’intitulé du poste qu’il ou elle souhaiterait découvrir dans le cadre de l’opération, sachant que cette démarche repose sur le volontariat.
Ces informations sont ensuite compilées dans un document et accessible à tous de manière à ce que chacun puisse voir qui souhaite découvrir quel métier.
Bien que les services les plus demandés soient la maternité, les urgences, le bloc opératoire et la chirurgie ambulatoire, tous les postes sont ouverts à l’échange : pharmacie, cuisine, informatique, RH, comptabilité, etc. Il n’y a pas que les cadres qui « descendent » sur le terrain : l’opération se veut avant tout horizontale, de pair à pair.
2. Déroulé. Durant la période de la QVT, les salariés découvrent, pendant une demi-journée au maximum par personne, le métier pour lequel ils se sont inscrits. Une aide-soignante est ainsi partie en cuisine, des facturières au bloc maternité, la DRH s’est initiée au poste de brancardier, le directeur des soins à celui d’agent de stérilisation, la directrice générale a fait le ménage en tant qu’ASH (agent de service hospitalier) tandis qu’une hôtesse d’accueil est venue découvrir l’univers de la direction générale.
Pendant cette demi-journée, les personnes peuvent soit prendre en charge certaines activités, soit, compte tenu du niveau de complexité des missions, observer les professionnels du métier choisi.
Les collaborateurs qui ont choisi un métier du soin (aide-soignant, brancardier, puéricultrice…) peuvent assister leurs collègues dans la réalisation de leurs missions (faire une toilette, un shampoing…), partager leur quotidien, ce qui permet aux collaborateurs de mieux prendre conscience des réalités du terrain, au-delà de la fiche de poste.
Pour les métiers administratifs, compte tenu du niveau de connaissance requis pour réaliser les activités (ressources humaines, comptabilité, informatique…) la demi-journée est avant tout une démarche d’observation et d’échanges avec les professionnels qui permet aux personnels soignants de mieux comprendre les raisons des demandes administratives qui leur sont faites.
3. Feed-back. À l’issue de l’opération, un questionnaire est distribué aux participants afin de recueillir leurs impressions, leurs commentaires ainsi que d’éventuelles suggestions d’amélioration concernant le procédé.
SON APPROPRIATION
Face au manque d’engouement des personnes la première année, Béatrice Schmitt, directrice des ressources humaines, a demandé aux membres du Comex de s’inscrire à l’opération et aux cadres de proximité d’inciter leurs équipes à s’inscrire elles aussi, ce qui a permis d’avoir un nombre d’inscriptions suffisant pour pouvoir faire de cet événement un succès.
L’avantage, c’est que tout le monde comprend le concept de « Vis ma vie ». Popularisé par une émission télévisée, il se passe d’explications. De fait, l’accueil dans les services pendant les échanges a été excellent. Personne n’a fait de mauvais esprit, au contraire : les gens sont fiers et heureux qu’on s’intéresse à ce qu’ils font, c’est gratifiant et même parfois cocasse de voir un administratif débouler en blouse blanche au bloc.
Il est essentiel d’associer très étroitement les cadres de proximité au processus (cadres de santé, responsables de service, etc.) : sans eux, l’opération est impossible à mettre en œuvre, car ils ont non seulement la main sur les plannings et les équipes, mais aussi le pouvoir de rassurer et d’encourager à la fois les participants et les « accueillants ».
Si la majorité des collaborateurs effectuent l’échange sur leurs jours travaillés, certains soignants, pour des raisons de planning, viennent sur une journée de repos, rendue plus tard. L’une des difficultés de l’exercice consiste en effet à respecter les obligations légales de présence des effectifs dans les services. Afin que cela ne soit pas un frein pour le personnel soignant, la direction des RH comble les « trous » laissés par l’échange en recourant à son pool d’infirmiers et d’aides-soignants intérimaires.
La première année, tous les « Vis ma vie » se sont déroulés durant la semaine de la QVT, du lundi au dimanche. « Cela a créé un effet événementiel formidable et soulevé un vent de bonne humeur dans toute la clinique », remarque la DRH. La deuxième année, nombre de participants grandissant oblige, les échanges se sont étalés sur trois semaines.
Du fait de leur statut de libéral et dans la mesure où ils ne font pas partie des effectifs, les médecins n’ont pas participé à cette semaine QVT. Néanmoins, rien n’empêche ceux qui en exprimeraient le souhait de participer à la prochaine opération « Vis ma vie ».
LES BÉNÉFICES
Bonne humeur, cohésion, qualité des soins, perspectives d’évolutions en interne : l’opération a plusieurs effets positifs.
D’abord, elle permet de favoriser les échanges et de créer des liens entre des catégories de personnel très différentes. Elle est source de respect et d’entraide : dans un monde de plus en plus individualiste, c’est un moyen de prendre conscience qu’autour de soi, il y a un collectif impacté par les actions de tout un chacun, et que derrière tout système, il y a des hommes et des femmes en chair et en os.
L’opération peut mener à des avancées très concrètes : les équipes soignantes de nuit ont ainsi découvert lors d’un échange avec un personnel administratif qu’il leur suffisait de cocher une case dans tel formulaire pour faciliter la prise en charge des actes médicaux par la Sécu.
Dépasser ses peurs, explorer ses envies… « Vis ma vie » peut contribuer à explorer des perspectives d’évolution en interne. L’infirmier qui découvre le bloc alors qu’il n’osait pas y aller avant, l’aide-soignante tentée de se reconvertir dans la puériculture après un passage au service maternité… À l’issue de l’échange, certains participants ont demandé s’il leur serait possible d’être formés sur de nouveaux métiers.
Cerise sur le gâteau : la deuxième édition de « Vis ma vie » s’est révélé une excellente opération de communication. Elle a fait le tour des réseaux sociaux et a déclenché une impressionnante vague de retombées médiatiques renforçant ainsi la notoriété de cet établissement.
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