50 pratiques manageriales innovantes - L'innovation manageriale en action
29 La reconnaissance collaborative des soft skills – RTE
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LA RECONNAISSANCE COLLABORATIVE
DES SOFT SKILLS – RTE
Quand l’incarnation des valeurs est
valorisée entre collègues
France – Lille – 400 salariés
Gestion du réseau de transport
d’électricité en France
LA PRATIQUE
Sa genèse
RTE, Réseau de transport d’électricité, a pour mission d’assurer à tous l’accès à une alimentation électrique économique, sûre et propre. Fortement challengé par un écosystème en pleine transformation (énergies renouvelables, numérisation, véhicules électriques...), RTE doit contribuer à repenser le modèle énergétique des prochaines années. Pour ce faire, et parmi d’autres initiatives, l’entreprise a créé en 2017 l’Open Studio, un Lab intégrant une petite équipe de collaborateurs en charge d’impulser une dynamique d’innovation.
L’équipe fait rapidement le constat que la capacité d’innovation technologique peut être freinée par un style de management trop bureaucratique et qu’il est nécessaire de reconsidérer certaines pratiques managériales pour renforcer l’engagement des équipes à trouver de nouvelles idées.
En parallèle, les résultats d’une enquête sociale interne révèlent que 43 % des salariés ne se sentent pas reconnus, 33 % mal reconnus et 90 % des personnes sondées déclarent que la reconnaissance est un facteur clé de l’engagement.
Le lien est donc fait : pour impulser une dynamique d’innovation il importe de renforcer l’engagement et pour y parvenir il faut que les salariés se sentent davantage reconnus. Cependant, François Boulet, directeur du centre d’exploitation de Lille, s’étonne de ce manque de reconnaissance car il a le sentiment que les responsables hiérarchiques répondent à ce besoin.
Lors d’une séance de coconstruction avec les salariés du centre, la reconnaissance entre pairs émerge comme étant la source de reconnaissance la plus appréciée.
L’équipe Open Studio et la direction décident alors de confier à
Cocoworker 1 la mission de mettre en place une plateforme qui permet aux salariés de se valoriser entre eux sur le niveau d’incarnation de six « soft skills ».
Présentation
Le déploiement de la solution de reconnaissance collaborative s’est fait au démarrage par le biais de réunions de présentation.
Une fois cette rencontre terminée, les salariés reçoivent un mail d’inscription à la plateforme. Les personnes qui décident d’adhérer à la démarche s’inscrivent et disposent immédiatement de trois « kiff » par mois qu’elles peuvent attribuer quand elles le veulent, à qui elles veulent.
Pour se connecter à la plateforme, ils sont invités à se rendre sur
l’environnement « rte.cocoworker.com » puis de :
Sélectionner la personne qu’elles souhaitent reconnaître. Ce
peut être un collègue proche ou rencontré lors d’un groupe de
travail ou d’un projet mais aussi un manager, un cadre dirigeant,
voire le PDG.
Choisir une ou plusieurs soft skills, parmi les six qualités
associées au projet d’entreprise, à savoir :
Collectif : gagner en équipe, c’est fédérer, encourager, stimuler
pour assurer le succès et la performance de l’équipe.
Efficacité : capacité à être concret, à suivre et traiter les sujets
de bout en bout, à « prioriser » les tâches et ne pas perdre de
vue les objectifs à atteindre, à savoir gérer le stress et les
pressions extérieures.
Communication : capacité à adapter son discours selon la
situation et les personnes, à être prêt à partager l’information et
à en faire profiter les autres.
Adaptabilité : ouverture aux changements, capacité à s’intégrer
à de nouveaux environnements, à savoir adapter et faire
évoluer son travail, à accepter de remettre en question ses
connaissances et ses croyances, à être prêt à apprendre, à
savoir observer et écouter.
Leadership : capacité à guider, à influencer, à fédérer, à
mobiliser et à inspirer son entourage pour atteindre un but
commun.
Créativité : capacité à être proactif, à savoir générer de
nouveaux élans, de nouvelles perspectives, des idées originales
et à prendre du temps pour réfléchir à de nouvelles manières de
faire.
Préciser les qualités particulières appréciées en sélectionnant
parmi des sous-qualités propres à chaque soft skill : confiance
en soi, gestion de l’incertitude, réactivité, rigueur et fiabilité...
Rédiger un commentaire sur ce qui a été apprécié.
L’argumentation est optionnelle, même si l’usage démontre qu’il
est quasiment systématique puisque 98 % des reconnaissances
sont assorties d’un commentaire.
L’intéressé reçoit ensuite un mail d’information de l’attribution d’un « kiff » mentionnant un lien qui lui permet d’accéder à la reconnaissance d’un de ses collègues. Visibles de tous, les « kiff » sont actualisés en temps réel et alimentent le classement des « 5 Top donneurs » (les personnes qui ont attribué le plus de « kiff ») ainsi que des « 5 Top receveurs » (les personnes qui ont reçu le plus de « kiff »).
Ces classements sont également visibles par tous les salariés. L’objectif de ce « leaderboard » est de mettre en lumière des personnes qui n’auraient pas été remarquées avec des systèmes de reconnaissance classiques et de contribuer à créer des modèles de réussite accessibles et poussés par le collectif.
Illustration de suivi d’attribution de « kiff » par soft skill
Si les collaborateurs ont accès à l’historique de leurs « kiff », l’entreprise a fait le choix de ne pas avoir accès aux données individuelles. Elle peut néanmoins consulter les soft skills qui ont été globalement les plus valorisées, ce qui lui permet d’identifier d’éventuelles actions de renforcement de l’appropriation.
SON APPROPRIATION
Beaucoup de questions ont été posées sur l’utilisation des « kiff ». L’entreprise s’est voulue rassurante en rappelant que cette démarche était avant tout collaborative et qu’il n’était pas prévu d’intégrer ces informations dans le cadre de l’entretien annuel ou des mesures d’évolution salariale. Cette précision a été l’occasion de différencier la notion de reconnaissance hiérarchique et collaborative.
Certains managers se sont interrogés sur le nombre limité de « kiff » dont ils bénéficiaient pour reconnaître leurs collaborateurs. Disposer de seulement trois « kiff » par mois alors que l’on peut animer une équipe de dizaines de personnes peut générer de la frustration ou de la jalousie de la part de ceux qui ne s’en verraient pas attribuer par leur manager. C’est la raison pour laquelle les managers ont été invités à attribuer leurs « kiff » à d’autres personnes que leurs collaborateurs directs, la reconnaissance de leurs équipes faisant partie de leurs attributions au quotidien.
L’ambition ne doit pas être le taux d’utilisation mais la simple possibilité offerte aux collaborateurs de se faire des feed-back constructifs et positifs entre eux, de se faire du bien, tout simplement.
LES BÉNÉFICES
La formalisation de la reconnaissance a permis de faire évoluer les comportements et de développer la culture du feed-back. Les personnes prennent à présent le temps d’exprimer ce qu’elles apprécient, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. Cette nouvelle approche a sans aucun doute amené les personnes à se montrer plus attentionnées et bienveillantes entre elles.
Ce nouveau dispositif permet de renforcer l’appropriation des aptitudes clés dont a besoin l’entreprise pour s’engager dans sa transformation. Le nombre de « kiff » par soft skill permet à l’entreprise d’avoir une meilleure idée de celles qui sont les plus incarnées et d’initier des actions pour celles qui le sont moins.
L’expression de sa reconnaissance par le biais d’une solution informatique a renforcé l’acculturation des équipes aux applications digitales qui sont de plus en plus utilisées dans le cadre des relations professionnelles.
La possibilité de pouvoir valoriser la personne de son choix, quels que soient son statut, son métier ou son entité a eu pour effet de renforcer la convivialité entre entités et de décloisonner les relations.
Après 10 mois d’utilisation, 61 % des salariés ont activé leur compte, 42 % ont envoyé au moins un kiff, 100 % se sont connectés au moins une fois et 73 % des personnes ont reçu au moins un kiff.
François Boulet explique qu’il apprécie particulièrement la transparence de la démarche et ajoute : « Je suis convaincu que se reconnaître entre pairs c’est une source d’épanouissement au travail. » La démarche a d’ailleurs été soutenue par la direction CARE, qui a en charge la RSE de l’entreprise qui inclut la santé, la sécurité et la qualité de vie au travail.
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1. https://www.cocoworker.com
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