50 pratiques manageriales innovantes - L'innovation manageriale en action
De l’instruction à la coconstruction
Le management traditionnel part du principe qu’une seule et même personne peut jouer ces trois rôles, mais c’est relativement rare. C’est la raison pour laquelle certaines pratiques managériales innovantes intègrent sous forme de rôles des responsabilités effectives et psychologiques.
Par exemple, si un manager ne peut pas se positionner sur une nouvelle idée, par méconnaissance ou crainte de prendre la mauvaise décision, la sélection de l’idée peut être du ressort des salariés via un système de vote telle que la « boîte à idées digitale » instaurée chez Mazars. Dans ce cas, il n’y a pas de suppression du leader responsable du point de vue officiel, mais un transfert du rôle de leader effectif au niveau des collaborateurs.
L’innovation managériale propose de redistribuer autrement les rôles et de les exprimer sous des formes différentes (soit par un individu, soit par un groupe), comme l’instauration d’un référent chez Proginov ou d’une plateforme de « déclaration des humeurs » chez EDF – entité de la DSIT, dans le cas où le manager ne parviendrait pas à lui seul à incarner les rôles de leader effectif et psychologique.
Contrairement aux fonctions qui sont attribuées de manière statutaire par l’autorité hiérarchique supérieure, les rôles, qui ont rarement un caractère officiel, sont souvent attribués sur la base du volontariat.
L’innovation managériale permet d’attribuer de nouveaux rôles a-hiérarchiques aux salariés qui le souhaitent.
De l’instruction à la coconstruction
Objectif
Associer le plus grand nombre d’acteurs internes et externes dans la concrétisation de la vision pour bénéficier de la diversité des intelligences.
Le management traditionnel est fortement marqué par la pensée hiérarchique qui sous-tend que seuls les managers sont capables de savoir ce qui est bon pour l’entreprise et les salariés.
Cette croyance devient de plus en plus controversée depuis que les entreprises sont confrontées à des environnements extrêmement changeants, incertains et complexes. Ce ne sont plus seulement l’expérience et les compétences techniques qui comptent, mais la capacité à imaginer et à construire le futur.
C’est la raison pour laquelle l’entreprise a besoin de libérer toutes les énergies, de mobiliser toutes les formes d’intelligence, aussi bien internes qu’externes pour trouver de nouvelles idées et faire les meilleurs choix possibles pour concrétiser sa vision.
Miser sur toutes les formes d’intelligence permet d’augmenter la capacité d’innovation et de valoriser les talents individuels
Qu’entend-on par intelligence ? Initialement, l’intelligence correspondait au raisonnement et à la culture, c’est la raison pour laquelle la première forme d’intelligence reconnue est d’ordre
cognitif 15. Mais avoir des connaissances et de la culture ne suffit pas pour évoluer dans un environnement VUCA. L’entreprise doit instaurer de nouvelles pratiques qui permettent de valoriser trois autres formes d’intelligence :
L’intelligence émotionnelle : proposée en 1990 par les
psychologues Peter Salovey et John Mayer, l’intelligence
émotionnelle est la capacité pour une personne de reconnaître,
de comprendre et de composer avec ses émotions, ainsi
qu’avec celles des autres. Elle est indispensable pour bien
fonctionner en équipe, mais aussi pour faire évoluer l’offre de
manière à ce qu’elle soit la mieux adaptée aux émotions et aux
ressentis des clients.
L’intelligence situationnelle : cette forme d’intelligence repose
sur la capacité des personnes à comprendre une situation dans
ses différentes dimensions et dans sa complexité pour s’y
adapter et y apporter une réponse appropriée.
L’intelligence relationnelle : l’être humain est un animal social.
Cette forme d’intelligence comprend des aptitudes à créer des
relations harmonieuses, constructives et socialement durables
mais aussi à composer avec les autres et à valoriser leurs
capacités.
Illustration des 4 formes d’intelligence
L’innovation managériale a pour ambition de valoriser toutes les formes d’intelligence pour créer de nouvelles richesses issues de leurs interactions.
Impliquer les acteurs externes permet de bénéficier de regards différents et d’associer toutes les parties prenantes à la concrétisation de la vision
Il se peut que les salariés, du fait de leurs habitudes et de leur expérience, peinent à imaginer de nouvelles idées. C’est pourquoi de nombreuses pratiques managériales innovantes ont été conçues pour ouvrir l’exploration d’idées à l’extérieur de l’entreprise.
Popularisée en 2003 par Henry Chesbrough, l’innovation ouverte est une démarche qui vise, pour une entreprise, à associer des acteurs externes (clients, fournisseurs, partenaires, institutions…) au processus d’exploration de nouvelles idées d’offres et de produits.
Cette approche permet de stimuler la créativité par la sollicitation d’idées de personnes qui apportent un regard différent de celui qu’ont les salariés de l’entreprise, de bénéficier de points de vue, de connaissances et d’idées de parties prenantes externes.
Elle a par ailleurs comme bénéfice de nouer de nouveaux liens avec les acteurs de l’écosystème de l’entreprise.
Mobiliser l’intelligence des foules permet de prendre des décisions plus pertinentes
Si la mobilisation du plus grand nombre est intéressante pour trouver de nouvelles idées, le choix de celles qui seront sources de création de nouvelles valeurs peut s’avérer compliqué.
Le management traditionnel a pour principe de confier la décision à l’autorité hiérarchique mais l’expérience démontre qu’elle n’est pas toujours la plus apte à faire les meilleurs choix. C’est pourquoi de nouvelles pratiques managériales confient la décision au plus grand nombre.
Selon James Surowiecki, la foule fait de meilleurs choix que les experts mais pour que cela fonctionne, il importe de respecter quatre critères :
les mieux placés pour comprendre ce qui se passe sont ceux
qui sont sur le terrain ;
l’indépendance d’esprit est indispensable pour éviter les pièges
du conformisme et des certitudes ;
la diversité des points de vue est la meilleure manière de
contrer la subjectivité et les lacunes de chacun ;
les choix doivent être opérés selon une méthode objective (vote
à la majorité, critères de priorisation, moyenne arithmétique,
algorithme…) pour éviter le consensus mou.
Illustration des principes de la sagesse des foules
La coconstruction suppose cependant de respecter quelques principes :
La mobilisation des individus se fait toujours sur la base d’un
cadre prédéfini qui peut être la vision, des valeurs, un projet ou
un objectif.
La coconstruction se fait généralement par des séquences
d’expressions individuelles puis d’échanges et de validation du
collectif. L’expression individuelle est facilitée par des
méthodologies qui favorisent l’inclusion16, de manière à offrir la
possibilité à des personnes réservées ou timides de s’exprimer,
car ce ne sont pas toujours ceux qui parlent le plus qui ont les
meilleures idées.
Les décisions se font en mode « bottom up » selon un
processus itératif de propositions du groupe et de validation de
l’autorité (hiérarchique, fonctionnelle) de manière à ajuster et
adapter la construction et à veiller à ce que les propositions
soient conformes au cadre prédéfini.
Toutes les opinions sont respectées, qu’elles soient favorables
ou défavorables, du moment qu’elles sont constructives. Il est
même conseillé d’exprimer volontairement des critiques pour
éviter de tomber dans les travers de la pensée positive.
La sélection des idées se fait généralement à la majorité. Les
décisions sont soumises au vote du collectif ou d’instances de
représentation du collectif.
L’importance du négatif dans la décision
Une expérience réalisée en 2015 par le centre d’intelligence collectif du MIT
démontre qu’il est plus facile d’éliminer que de choisir lorsqu’on propose trop de
choses, d’où l’importance du négatif dans les concours d’idéation.
Les chercheurs ont comparé la qualité des estimations obtenues de trois façons
différentes :
à l’aide de quelques jetons, les participants ont parié sur les idées ayant le plus de chances d’être choisies par un comité d’experts ;
à l’aide de quelques jetons, les participants ont parié sur les idées ayant le moins de chances d’être retenues ;
les participants ont été invités à évaluer les chances de gagner de chaque idée par le biais de l’attribution d’une note de 1 à 5 à chaque idée sur la base.
Les paris négatifs ont été plus proches des jugements des experts que les paris
positifs.
Cette expérience démontre la pertinence de faire exprimer le négatif dans une société
fortement marquée par la valorisation de la pensée positive. Faire exprimer le négatif