Aurora

David Koepp · Chapitre 13 sur 38

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Aurora

10. Aurora

 

 

22 h 37

 

Il y avait encore du courant. Scott était toujours devant les actualités, mais Aubrey avait fini par se lasser du compte à rebours, de cet horizon qui ne cessait de se dérober, des explications incompréhensibles sur la météorologie solaire et sur les causes de la vitesse imprévisible du désastre imminent. De quatre heures de sursis on était passé à sept, car après les neuf initiales on avait eu droit à « Finalement on s’est peut-être trompés ». Sur l’écran, ça s’était traduit par une nouvelle série d’accusations vociférées à grand renfort d’index vengeurs pointés sur les experts invités. Un peu après minuit la jeune femme était montée prendre une longue douche bien chaude avant de se mettre au lit et d’éteindre la lumière.

Aubrey s’endormit enfin vers 2 heures, mais avant ça, elle rouvrit les yeux toutes les trois minutes pour allumer sa lampe de chevet, pour voir. Et ça marchait. Tous ces gens s’étaient peut-être trompés…

Et puis en fin de compte non.

En surgissant de la surface du Soleil pour se répandre dans le milieu interplanétaire, l’EMC créa un immense nuage magnétique contenant des faisceaux d’électrons « à contre-courant » – c’est-à-dire se déplaçant dans des directions opposées. Cet énorme nuage en expansion entra en contact avec la magnétopause de la Terre (la couche externe de la magnétosphère) à 3 h 37, heure de la zone centrale des États-Unis et du Canada. Normalement, le plasma contenu dans le vent solaire, dévié par la magnétosphère, suivait la « magnétoqueue » de celle-ci après avoir contourné la Terre et allait se perdre dans l’espace en restant inoffensif, ou se dispersait dans l’atmosphère sans causer de perturbations. Mais cette fois, rien ne pouvait s’opposer au volume énorme de masse coronale éjectée. Dix mille milliards de tonnes de particules chargées déferlèrent dans le champ magnétique de la Terre comme jadis les hordes mongoles, en cascadant vers les pôles. Là, elles rebondirent d’un « point miroir » à l’autre, provoquant l’apparition d’un flux électrique d’une virulence sans précédent qui se déchaîna à cent kilomètres d’altitude. Quand il pénétra dans l’atmosphère, le potentiel électrique produit dépassa toutes les valeurs connues, et cette formidable impulsion directe envahit les lignes électriques via leurs interconnexions souterraines.

Le site de production d’électricité d’Aurora, une centrale au gaz naturel à cycle simple, basée à la périphérie de la ville et intégrée au réseau dit de l’Upper Midwest, d’une puissance installée de huit cent soixante-dix-huit mégawatts, encaissa le choc dans les quatre-vingt-dix secondes qui suivirent l’impact aux pôles. De là, le super-pic de tension se propagea via les lignes électriques, souterraines ou aériennes, jusqu’aux comtés de DuPage, Kane et Kendall en faisant disjoncter tous les coupe-circuits ; les transformateurs sautèrent et toutes les lignes à haute tension fondirent dans un rayon de quatre-vingt-dix kilomètres.

Dans le salon d’Aubrey, le téléviseur géant émit un ultime clignotement et s’éteignit sans plus de cérémonie. Scott, qui s’était endormi sur le canapé, ne s’en aperçut pas.

De son côté, Aubrey fut réveillée par la lumière, moins intense qu’étrange. Son cerveau sentit qu’il se passait quelque chose d’anormal et la tira du sommeil. Elle battit des paupières. Les rideaux lui parurent flous. Elle n’aimait ni les stores ni les volets, préférant être réveillée le matin par la lumière naturelle. Sauf qu’il ne faisait pas encore jour et que la lumière en question était tout sauf naturelle.

Aubrey se redressa sur un coude en attendant que ses yeux s’habituent à la luminosité. Le ciel était clair ; normalement, c’est le signe qu’il était l’heure de se lever. Pourtant, son téléphone indiquait 4 h 11. Même pour un mois d’avril, c’était un peu tôt… Elle s’assit au bord de son lit et, à moitié endormie, découvrit par la fenêtre un ciel rouge sang. Elle dut revérifier l’heure sur son smartphone qui, remarqua-t-elle d’ailleurs, ne captait pas le réseau.

Alarmée, elle voulut allumer sa lampe de chevet mais, cette fois, sans résultat. Nouvelle tentative : toujours rien. Un coup d’œil à la veilleuse énervante de sa télé murale. Pour une fois, elle était éteinte.

« Scott, réveille-toi ! »

Le gamin se retourna sur le canapé où il s’était assoupi et ouvrit péniblement les yeux, mais déjà Aubrey s’éloignait. Habillée avec ce qui lui était tombé sous la main, elle se dirigeait vers la porte d’entrée. Le salon baignait dans une lumière rougeâtre. Lorsque la jeune femme ouvrit le battant, d’autres couleurs vinrent strier le plancher. C’était et ce n’était pas la nuit.

Scott vint la rejoindre. Elle s’avança dans l’allée et leva la tête. Le ciel immense, insolite, offrait aux regards une demi-douzaine de majestueuses zébrures de couleurs vives – des rouges, des bleus et des volutes tournoyantes d’un vert électrique surnaturel comme il n’en avait jamais vu. Des aurores boréales décrivaient de part et d’autre de la voûte céleste de grands arcs aux contours adoucis qui, par endroits, s’enflaient comme des nuages laissant voir les étoiles. De grandes rayures ondulaient, tantôt claires tantôt foncées, de plus en plus lumineuses, et se déployaient en hauteur, de plus en plus intenses. Le ciel tout entier était en proie à un immense bouillonnement mouvant et coloré.

Scott s’immobilisa à côté d’Aubrey sur le trottoir. Tous deux fixaient sur le spectacle un regard incrédule. Entendant des voix toutes proches, Aubrey vit qu’une activité ni tout à fait diurne ni tout à fait nocturne régnait dans la rue. Les voisins aussi s’aventuraient dehors et sortaient de sous les arbres pour mieux contempler le ciel. Seuls Mme Chen et ses fils restaient craintivement sur le pas de leur porte. On voyait aussi derrière les fenêtres des visages ébahis, éclairés par les reflets bariolés des vitres. Tous les voisins contemplaient le ciel, fascinés, puis se consultaient mutuellement comme pour s’assurer qu’ils ne rêvaient pas. Scott s’approcha de Phil, le quadra fumeur de weed d’en face. Ils échangèrent quelques mots à voix basse. Aubrey n’appréciait pas qu’ils se fréquentent, mais pour le moment, elle avait d’autres sujets de préoccupation.

Quant à Norman Levy, il se tenait au milieu de la rue, en pantalon de toile troué, chemise de flanelle et grosses bottes de randonnée qu’il n’avait pas pris le temps de lacer. Les mains sur les hanches, il admirait le spectacle avec un sourire enfantin.

« Ça va ? » lui demanda-t-elle quand elle l’eut rejoint.

Le vieux monsieur chercha ses mots. Il se borna à indiquer le ciel comme pour dire Vous avez vu ça ? puis reporta son attention sur le phénomène.

« Norman, vous êtes sûr que ça va aller ? »

Cette fois-ci il répondit sans la regarder : « Franchement, je ne sais pas. Mais bon sang, qu’est-ce que c’est beau ! »

Aubrey scruta la rue dans les deux sens. Pas une seule fenêtre éclairée, pas une porte qui laisse sortir de la lumière, pas un seul réverbère allumé.

Aurora, Illinois, s’était éteinte.

À mille deux cents kilomètres de là, Perry St. John contemplait le même ciel sur le parking du siège de la NOAA avec ses collègues de la station d’observation solaire. Sur la côte est, il était un peu plus de 5 heures et il y avait bientôt vingt-quatre heures qu’il était sur place ; c’était à la fois le jour le plus long, le plus effrayant et le plus excitant de sa carrière.

Il y avait là Murtagh, Fitz et une dizaine d’autres chercheurs de son département, dont certains étaient déjà présents la veille, quand l’événement avait commencé, d’autres ayant débarqué au fil de la journée. Nul ne disait mot, pour la bonne raison qu’aucun d’entre eux n’aurait su décrire la beauté du ciel.

Il n’y avait pas de mots non plus pour exprimer l’ampleur de leur échec : ils avaient tiré toutes les sonnettes d’alarme, avec acharnement, appelé tous les élus et tous les fonctionnaires, à tous les niveaux de la hiérarchie, du simple responsable « Opérations et Maintenance » de la modeste centrale électrique de Christine, au Texas, jusqu’au chef de cabinet du président des États-Unis. Dans la grande majorité des cas, leurs supplications de plus en plus désespérées avaient suscité de l’incrédulité, de l’hostilité et une forte envie de leur raccrocher au nez. Rien de plus. L’échéance étant sans cesse repoussée, vu l’impossibilité de prédire avec précision l’instant de l’impact, leur scepticisme s’était mué en exaspération non feinte et les interlocuteurs attentifs s’étaient faits de plus en plus rares. Quand une toute petite station relais de Wichita avait accepté de se déconnecter du réseau, les ingénieurs de la NOAA avaient poussé des acclamations. La compagnie Ethos Energy avait promis de les rappeler et tenu parole : elle « envisageait sérieusement » de déconnecter tous ses transformateurs de Californie centrale. Nouveaux cris de joie, un peu moins frénétiques. Un directeur de centrale de Tallahassee avait immédiatement compris le danger et juré de rappeler « dans cinq minutes » ; mais quand ils avaient essayé de le recontacter, au bout de trois heures, ils avaient appris qu’on l’avait renvoyé dans ses foyers.

Quand l’EMC avait pénétré dans la magnétosphère terrestre, toute l’équipe avait baissé les bras. On se préparait au pire. L’alimentation de la NOAA avait été l’une des premières à être coupées – dans la minute qui avait suivi l’impact –, car elle était reliée à l’immense réseau desservant tout le littoral est. Sur les téléphones portables s’était affichée une succession de notifications signalant des incendies ou explosions au niveau de tous les pylônes de la côte. Ils avaient reçu des alertes et des ordres d’évacuation dont ils ne connaissaient même pas l’existence, puis les téléphones avaient cessé de fonctionner. Les cellules du réseau « tombaient » juste après la défaillance des pylônes. Les clients de l’opérateur Verizon avaient même eu droit à une alarme « Missile nucléaire en approche », promptement remplacée par un « Rappel de produit ». Puis plus rien.

Les écrans d’ordinateur étant noirs et les téléphones muets, portables et fixes, les chercheurs n’avaient plus qu’à sortir assister au spectacle. Le grand black-out avait commencé.

Sur le moment, Perry ne ressentit que de l’émerveillement. D’un seul coup, c’était le « minuit magnétique » au même moment partout sur Terre. Ses yeux scrutaient le ciel, son cerveau assimilait les informations. À très haute altitude les particules chargées qui se déplaçaient rapidement dans l’atmosphère raréfiée y répandaient une aura violet foncé en excitant les atomes d’hydrogène ; plus bas, les collisions plus fréquentes gommaient les teintes rouges et laissaient dominer l’azote, ce qui donnait une vive tonalité verte. Encore plus bas, l’azote en cours d’ionisation rapide irradiait sur de multiples longueurs d’onde, répandant dans tout le ciel des éclaboussures rouges, bleues, violettes… Perry ferma les yeux – au prix d’un gros effort de volonté – et tendit l’oreille. Soixante mètres au-dessus de sa tête, il percevait le « bruit auroral », le bruissement crépitant émis par les particules chargées de la couche d’inversion qui se dissipaient dans le ciel nocturne.

Tout cela correspondait parfaitement aux prévisions des dernières heures.

Perry inspira profondément et s’obligea à revenir sur terre. Il consulta sa montre, un vieux modèle mécanique qui avait appartenu à son grand-père. Elle marchait toujours et indiquait 5 h 26. Après réflexion, il parvint à la conclusion qu’il n’y avait plus rien qu’il puisse faire à la NOAA. D’ailleurs, personne ne pouvait plus rien faire, nulle part. Prévoir, préparer, alerter… tout ça appartenait au passé. Désormais, il n’y avait plus que la survie et la reconstruction. Le couloir nord-est, de Boston à Washington en passant par New York, abritait cinquante millions de personnes. Perry savait que s’il ne fuyait pas cette mégalopole hyper urbanisée dans les trois heures, il avait de fortes chances d’y laisser sa peau.

Sans un mot d’adieu, il traversa rapidement le parking en cherchant ses clés de voiture dans sa poche.

Dans son salon, Thom Banning contemplait le light show surréaliste qui illuminait le désert sur des centaines de kilomètres dans toutes les directions. Il était un peu plus de 3 heures dans l’Utah, et il était le seul réveillé. Protégés par leurs stores occultants motorisés, Ann-Sophie et les enfants n’avaient pas été dérangés dans leur sommeil par l’événement coronal, bercés qu’ils étaient par le doux ronronnement des émetteurs de bruit blanc – un son apaisant de climatiseur, une pluie de printemps et un chuintement de vagues océanes, le tout mixé selon les instructions précises de Thom. Les autres résidents du Sanctuaire, tous arrivés dans la soirée, devaient dormir aussi dans leurs lits, en sous-sol, sans savoir ce qui se passait : les « fenêtres » à LED des appartements n’affichaient qu’une vue reposante pour leur coin couchage, sélectionnée dans l’éventail de personnalisations proposé.

Thom avait été réveillé par une vibration sourde six étages au-dessous de sa chambre. Il avait le sommeil naturellement léger, mais par ailleurs, il avait passé assez de nuits dans le silo au cours des phases de tests pour identifier le démarrage des générateurs diesel à refroidissement à eau. Il ne pouvait y avoir qu’une seule cause : comme prévu, les lignes électriques desservant le complexe depuis la centrale principale de Jericho avaient cessé de fonctionner, et le générateur du Sanctuaire prenait le relais, conformément au plan de Thom.

Aucun changement apparent, aucune interruption dans l’alimentation en courant. Il n’y aurait pas une seule horloge numérique à remettre à l’heure. Tout le site était passé sans heurt au plan de secours.

En regardant par la baie vitrée, Thom remarqua une petite tache sur ses lunettes. Il les essuya sur son tee-shirt, mais en fait, c’était une rayure. Sa dépendance à ses lunettes était une faiblesse, il le savait. Il s’était renseigné sur le Lasik, mais la forme de ses globes oculaires n’était pas compatible avec la chirurgie réfractive. Agaçant. Alors il s’était adapté. Il possédait douze paires de lunettes, bien rangées dans le deuxième tiroir de sa table de nuit, ici, au Sanctuaire – une idée puisée dans un vieil épisode de Twilight Zone. Il échangerait au matin cette paire rayée contre une intacte.

Il sourit de contentement. Tout était en ordre.

Sauf une chose. Un détail qu’il n’avait pas encore barré sur sa liste, comme un pli récalcitrant sous le fer à repasser. Sa sœur.

Il composa son numéro sur le téléphone-satellite posé sur la table. Il n’obtint même pas de sonnerie à l’autre bout. Elle ne s’était pas donné la peine d’allumer le sien.

Il contint une brève bouffée de colère face au stupide entêtement d’Aubrey puis réfléchit, sans lâcher l’appareil. Aubrey n’était pas prête. Aubrey avait refusé de se préparer malgré tout ce qu’il lui avait conseillé, tout ce qu’il avait fait pour elle. Et en un sens, c’était uniquement pour le contrarier. Pourtant elle devait être protégée. Remerciée pour ce qu’elle avait fait jadis. Il en avait toujours été ainsi entre eux, et la situation actuelle ne faisait pas exception ; elle exigeait simplement des mesures plus drastiques. Un congélateur, un téléphone, un gardien armé, un approvisionnement à vie en électricité… rien de tout cela n’apportait de véritable solution, et de toute manière, ce n’était pas réalisable en quelques jours, ni même en quelques semaines. Une seule chose allait compter pour tout un chacun dans ce monde nouveau, et cette chose, justement, Thom en avait beaucoup. Il composa un autre numéro de téléphone. Brady répondit dès la première sonnerie.

« Tout va bien, patron ?

— Aucun problème. Le courant est coupé, chez vous ?

— Oui, depuis une dizaine de minutes. Je peux faire quelque chose pour vous ? »

Thom eut un petit sourire. Ce bon vieux Brady. Heureusement qu’il était là. Et célibataire, lui. « Oui, j’ai besoin de vous ici le plus vite possible. Il va falloir que je vous remette une certaine quantité d’argent en liquide et que vous alliez en voiture l’apporter à ma sœur à l’autre bout du pays ou presque. »

Un silence. « Là, tout de suite ?

— Oui, tout de suite. Partez cette nuit, si possible. Je me fais du souci pour elle.

— Il s’agirait de quelle somme ?

— Deux cent cinquante mille devraient suffire. »

Nouveau silence à l’autre bout du fil.

« Vous êtes toujours là ? s’enquit Thom.

— Je suis là.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Ça fait beaucoup de liquide à trimballer par les temps qui courent.

— Je sais bien, et je saurai me montrer reconnaissant. Dès que j’aurai confirmation qu’elle a reçu l’argent je virerai le double sur votre compte.

— Si je puis me permettre, comment allez-vous vous y prendre sans courant électrique, patron ? demanda l’autre non sans raison.

— Il y a des systèmes de secours. Ça ne posera pas de problème. Pourquoi ? On tient des comptes, vous et moi, maintenant ? Ça, c’est plutôt ma partie, vous savez. »

Si ça se veut drôle, c’est raté, songea Brady. Lui qui se définissait comme un solutionneur n’appréciait guère que les problèmes soient vus comme purement théoriques ou artificiels, ou qu’ils se posent dans l’urgence absolue. Et quelle urgence pouvait-il y avoir à convoyer si loin deux cent cinquante mille dollars au début d’un black-out mondial ? Contrairement à ce que croyait le boss, il avait une vie privée. Il la mit en balance, ainsi que ses inquiétudes, avec la valeur qu’il accordait à son job et la fierté qu’il lui inspirait, et se retint de dire à Banning de se calmer et d’aller se coucher.

Il répondit, sur un ton calme mais ferme : « Je ne pourrai pas être là demain. Mais je viendrai dès que possible. » Et il raccrocha.

Satisfait, Thom lança le téléphone sur le canapé et regarda de nouveau par la baie vitrée. Brady s’était un peu fait prier, mais il s’exécuterait. De fait, il se débrouillait toujours pour faire ce qu’on lui demandait, même à contrecœur. Brady était son homme de confiance, et cette fois encore, il réglerait le problème. Et là, Aubrey ne pourrait pas refuser son aide.

Il contempla le ciel grandiose ; à l’ouest il était éclairé comme en plein jour. Puis il reporta son regard sur la lampe Tiffany, sur une petite table toute proche. La pièce profitait amplement du magnifique light show extérieur, mais il actionna quand même l’interrupteur. L’ampoule dépolie s’alluma, mettant en valeur le vitrail coloré de l’abat-jour fait main.

Thom sourit.

Sa domination était intacte.

Dans le transat installé sur le trottoir devant chez lui, Rusty Wheeler inspecta le quartier plongé dans le noir. Il y avait des gens dehors qui hululaient, braillaient… bref, qui se rendaient ridicules.

Il but une longue goulée de bière directement à la canette (probablement sa dernière Pabst Blue Ribbon fraîche avant Dieu sait quand) et fit le point en regardant la double rangée de réverbères éteints, dans sa rue, comme dans tout le quartier, toute la ville, tout l’État d’Utah, tout le pays et peut-être dans le reste du monde. Si ce qu’on disait était vrai.

Bon, d’accord, il s’était trompé sur cette histoire d’éruption solaire. Mais il y avait quand même une chose dont il était sûr. Il y aurait des opportunités à saisir.

Quand plus rien ne marche, tout devient possible.

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