Bons baisers d’Ibiza
Chapitre 21
Il ne reste plus du soleil qu’un demi-cercle ardent jetant une lumière orangée sur l’eau houleuse qui s’étend devant nous. Le ciel se colore d’un mélange de rouge et de jaune. Les oiseaux volant en direction du continent se laissent porter par une douce brise. Quelques battements d’ailes leur suffisent pour rester en l’air. Le bateau d’Elias est bercé par les flots qui déferlent sur le sable en murmurant.
Elias est assis si près de moi que je sens la chaleur de son corps s’infiltrer par tous les pores de ma peau. Un calme étourdissant s’empare de moi pendant que je contemple la vue magnifique.
— Je ne m’en lasserai jamais, chuchote-t-il.
— Jamais, ajouté-je doucement.
Tandis que l’énorme boule orange descend en dessous de l’horizon, Elias ouvre le sac qu’il a apporté, et en sort une baguette, de la tapenade, des olives et autres tapas, qui me mettent immédiatement l’eau à la bouche. Je mange une olive et le regarde avec surprise.
— Tes grands-parents possèdent-ils aussi une oliveraie ?
Elias tartine de la tapenade sur du pain.
— Non, elles viennent tout simplement du supermarché, répond-il en riant.
Il ouvre un tupperware qui contient du fouet catalan, du manchego, de l’omelette et des piments farcis de fromage blanc. C’est délicieux.
Quand nous avons terminé notre repas, les derniers rayons du soleil ont disparu, laissant la place à un ciel rose et violet qui s’assombrit de plus en plus. Le sable sous mes pieds a un peu refroidi, mais sa température reste agréable.
— As-tu envie d’un dessert ? m’interroge Elias.
Je me demande s’il dit ça pour blaguer, mais quand il sort réellement une salade de fruits de son sac, je pouffe. Lorsqu’il fait également apparaître une bombe de crème chantilly, je ris aux éclats.
— Tu as sorti le grand jeu, hein ?
Je le contemple avec tendresse tandis qu’il recouvre les fruits de volutes blanches.
Elias se tourne vers moi, les yeux pétillants.
— Bien sûr. Je ne voulais pas courir le risque de tout gâcher.
Les commissures de ses lèvres remontent et forment un sourire sexy lorsqu’il lève la bombe de chantilly.
— Et puis, comme ça, je peux te rendre la monnaie de ta pièce. C’est pour la peinture que j’ai dû ôter de ma joue avec de l’essence de térébenthine.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Je le regarde sans comprendre. Toutefois, ses intentions deviennent claires lorsqu’il s’élance vers moi et me barbouille de crème. Je n’en reviens pas. Miam, c’est de la bonne chantilly. Je la lèche en observant les yeux mi-clos d’Elias qui a pris un air malicieux.
— Ça, tu vas le regretter…, dis-je, en lui lançant un coup d’œil démoniaque et en lui sautant dessus.
Stupéfait, Elias s’esclaffe quand je me jette sur lui, lui arrache la bombe des mains et lui envoie à mon tour une giclée. Il enlève la crème avec les doigts avant de les fourrer dans sa bouche. Je le regarde et suis un instant déconcentrée, ce dont Elias tire immédiatement profit.
Il me couche sur le dos et s’allonge sur moi en saisissant la bombe que je tente de tenir hors de sa portée.
— Donne-moi ça, s’écrie-t-il en riant.
— Jamais de la vie !
Je lance la bombe d’une main dans l’autre, mais Elias parvient sans peine à l’attraper. Crotte. Il l’approche de moi.
— Non ! gloussé-je, en voyant son index se rapprocher de plus en plus du pulvérisateur. Pitié !
Elias rit et plonge ses yeux dans les miens. Son sourire s’efface lentement, et il devient plus sérieux. Je respire de plus en plus vite. Il déglutit.
— Comment se fait-il que dans ce genre de situation, nous en arrivions toujours à nous en mettre partout ? dit-il à voix haute en rapprochant son visage du mien.
Sous sa barbe, je vois une minuscule cicatrice. Ses longs cils touchent presque ses pommettes quand il regarde mes lèvres. Mon cœur bat la chamade.
— Quel genre de situa…
Mais avant que je puisse terminer ma question, il me répond en pressant ses lèvres sur les miennes.
Elles sont d’abord douces et tendres. Il effleure ma lèvre inférieure. Ses doigts jouent avec mes boucles marron foncé. L’air iodé de la mer se mêle à l’après-rasage musqué d’Elias. Je gémis légèrement en le serrant encore plus fort dans mes bras . Je le veux tout contre moi.
Je sens le coton râpeux de la serviette de plage contre mon dos pendant qu’il m’embrasse encore plus ardemment. Il a le goût sucré de la chantilly et de la fraise qu’il a glissée dans sa bouche lorsqu’il préparait notre dessert.
Ses doigts mêlés à mes cheveux se referment et tirent doucement sur mes mèches. Ils glissent ensuite vers le premier bouton de ma robe, qu’ils déboutonnent lentement, sans détacher sa bouche de la mienne. Un frisson me parcourt quand Elias caresse mon sein avec l’index.
J’entoure sa taille de mes jambes et l’attire vers moi. Un léger gémissement s’échappe de ses lèvres tandis qu’il appuie ses hanches tout contre moi.
Ses lèvres quittent les miennes et embrassent mon cou et mon épaule, en léchant la chantilly. D’un doigt, il repousse le bonnet de mon soutien-gorge et embrasse mon sein. D’abord tendrement, puis intensément. Sa langue explore chaque centimètre de ma peau.
Creusant le dos, je murmure son nom.
Les couleurs chaudes du ciel ont disparu, laissant la place à une multitude d’étoiles qui brillent au firmament. La brise tiède du soir caresse ma peau nue. Je ferme les yeux. Ma poitrine se soulève rapidement.
Je suis presque certaine que le dernier bouton de ma robe a sauté lorsqu’il a terminé de me l’arracher, mais je m’en moque complètement.
Chaque cellule de mon corps répond à ses caresses, qui descendent de plus en plus bas. Il me regarde droit dans les yeux en défaisant avec précaution les liens de mon bas de maillot. Ses lèvres s’entrouvrent, et sa respiration s’accélère. Ses pupilles sont si dilatées que ses iris marron foncé ont presque disparu. Quand l’étoffe glisse le long de mes cuisses, la respiration me manque.
Nous ne nous contrôlons plus. Elias m’embrasse encore plus intensément. D’un geste souple, il fait passer mon haut de maillot par-dessus ma tête.
Je caresse ses épaules, la pente de son dos musclé et ses hanches, avant de le tirer d’une main encore plus près de moi. De l’autre, j’essaie de baisser son maillot de bain. Je veux le sentir sur moi, en moi, partout.
Je pousse un cri de triomphe après avoir réussi à lui ôter son maillot. Elias rit de mon enthousiasme, puis redevient sérieux.
La lune qui éclaire l’obscurité projette une lueur argentée sur son visage. Il me regarde avec émerveillement.
— Je me sens si bien quand je suis avec toi, murmure-t-il en ôtant quelques mèches de mon visage. Avec toi, je n’ai pas besoin… je n’ai pas besoin de faire semblant.
Son regard est franc et fragile, et à ce moment-là, je me rends compte que je ressens pour Elias beaucoup plus que je pensais – ou plutôt que j’espérais. Cela me fait l’effet d’une bombe ! Il n’est pas une « distraction agréable ». Cet amour est bien réel. Je jette les bras autour de son cou et l’embrasse passionnément en entourant sa taille de mes jambes. Je ne veux plus jamais le lâcher.
Nous prenons ensemble une grande inspiration lorsqu’il me pénètre. Je caresse ses joues rugueuses et conduis sa tête vers la mienne tandis qu’il commence à bouger rythmiquement.
J’ouvre les bras, et je sens le sable fin et frais entre mes doigts. Elias embrasse l’ovale de mon visage, mon cou. Je fixe les cieux, où de plus en plus de lumières se mettent à briller.
Tandis que j’approche de l’orgasme, j’entends le murmure de la mer et la respiration rapide d’Elias. L’eau bruit de plus en plus fort. Plus intensément.
Quand Elias heurte une dernière fois mon bassin avec ses hanches, nous cherchons tous les deux notre respiration. Des fourmillements s’étendent de mon bas-ventre jusque dans mes orteils, suivis par une intense satisfaction.
Je n’ai aucune idée du temps durant lequel nous restons là, allongés. Enlacés et sans nous préoccuper de l’heure. Cependant, quand Elias se laisse rouler à côté de moi, la lune est encore plus claire et il y a bien plus d’étoiles. Étrange tous les détails que l’on peut voir dans le ciel lorsqu’il n’est pas pollué par les lumières de la ville.
Elias m’attire tout contre lui et embrasse ma joue.
— Waouh, murmuré-je en passant les doigts sur son bras tatoué.
Pendant un bref instant, le silence s’installe.
— Comme tu dis, répond-il enfin d’une voix émerveillée.
Je suis réveillée par un vacarme assourdissant, qui ressemble étrangement à celui émis par un groupe d’ouvriers du bâtiment plus occupés à mater la jupe d’une passante qui se soulève qu’à construire un mur.
Les rayons du soleil sont brûlants, et je cligne des yeux devant tant de lumière.
J’entends un fluiiiit , puis le bruit tonitruant d’un klaxon.
Les yeux mi-clos, la première chose que je vois, ce sont de hautes falaises rouges et du sable blanc. Merde. Nous nous sommes endormis. Et il faut que j’aille travailler. Le bras chaud d’Elias entoure ma taille nue. Il a dormi cette nuit si près de moi que je n’ai pas eu besoin de couette pour me réchauffer.
Il est toujours lové contre moi, mais il semble lui aussi sortir de sa torpeur, réveillé par des bruits dont j’ignore la provenance.
— Ohé !
Je me redresse, engourdie. Les acclamations et les sifflements redoublent. Lorsque je regarde vers la mer, la respiration me manque, et mes yeux s’agrandissent.
— Elias, réveille-toi ! dis-je d’une voix stridente en le secouant.
— Quoi ? demande-t-il à moitié endormi.
Cependant, quand le bateau sur lequel il est écrit en grand « Parcourez les mers à la découverte des lieux secrets d’Ibiza » se met de nouveau à klaxonner, il se lève d’un bond. Le pont est bondé de touristes : aussi bien des seniors venus profiter de leur retraite que des fêtards sans doute montés sur le bateau directement en sortant d’un bar. Quelques-uns sifflent et font des signes de la main. Un jeune lève le pouce d’un air entendu, et d’autres décident de donner à cette scène gênante encore plus de cachet en formant des cœurs avec leurs mains et en riant à gorge déployée.
Je sens mes joues s’empourprer. Plus rouges qu’elles n’ont jamais été. Et ce n’est pas peu dire, parce que j’ai souvent les joues d’un malade de la scarlatine.
Elias me pousse vite sur le sol et tire la serviette à nous, de façon à nous cacher des adolescents blagueurs et autres retraités brandissant des appareils photo jetables.
Je me demande ce que le guide leur a dit en nous trouvant là.
Et à gauche, vous pouvez voir ce qui arrive quand vous remettez à neuf le restaurant de vos grands-parents, traitez le créancier de salaud d’agent immobilier, avant de tomber follement amoureuse de lui. N’essayez pas de faire de même à la maison, les amis.
Lorsque le brouhaha du bateau a enfin cessé, nous osons regarder par-dessus le bord de la serviette. Nous avons de nouveau vue sur le ciel azur qui se reflète dans la mer étincelante.
Je regarde Elias, qui se retient de pouffer.
Puis nous éclatons de rire tous les deux.
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