Bons baisers d’Ibiza
Épilogue
Ibiza, deux ans plus tard
Me retenant de bondir d’enthousiasme, je m’exclame :
— Oh, mon Dieu, Mia ! C’est Ed de Vries !
— Ed de qui ? demande Mia en suivant mon regard, fixé sur l’homme qui a pris place dans le coin lounge avec vue sur la mer.
Il porte des lunettes avec une grosse monture noire. Son bras est nonchalamment posé sur le dossier du canapé. Purrito, qui désormais ne ressemble plus à un chaton famélique, roule sur le dos à côté de lui. Chaque fois qu’Ed caresse l’énorme ventre du félin, ce dernier émet un vrombissement digne d’un moteur de Harley-Davidson : un son beaucoup plus fort qu’auparavant, vu que la taille de sa caisse de résonance a considérablement augmenté. Ed découvre ses dents blanches dans un sourire qui fait battre plus vite le cœur de bon nombre de femmes.
Je répète :
— Ed de Vries. Tu sais bien, ce musicien de rue qui a gagné un télécrochet aux Pays-Bas, il y a quelques années. Mais si, je t’ai fait écouter ses chansons. Rappelle-toi : « Walking Home », « Touch de Moon »…
Le visage de Mia s’éclaire.
— Oh ! C’est Ed !
J’opine de la tête en riant. Même si les morceaux du chanteur passent régulièrement à la radio, ici, il n’est toujours pas aussi connu qu’aux Pays-Bas.
— OK, je pense que tu es une plus grande fan que moi. Je te laisse prendre sa commande, déclare Mia.
Elle me donne une tape sur l’épaule et va servir d’autres clients.
Je rajuste mon tablier et m’avance vers Ed en prenant l’air le plus professionnel possible, comme si nous avions tous les jours des VIP sur la terrasse.
— Bonjour, avez-vous fait votre choix ? dis-je avec une voix tremblant d’enthousiasme.
Ed me rend mon sourire.
— Bonjour à vous. Que me conseillez-vous ? demande-t-il avec une voix reconnaissable entre mille.
— Mon smoothie préféré est le One in a Melon. Mais si vous avez faim, je peux vous recommander le Purrito Bowl ou le You Make Miso Happy. Cette dernière salade est végétarienne.
Ed tapote la carte d’un air circonspect.
— Hum, je veux bien le smoothie et une You Make Miso Happy, s’il vous plaît.
Il pose la carte et regarde autour de lui, pendant que j’entre sa commande dans un appareil qui l’envoie automatiquement au bar et à la cuisine.
— Votre paillote est magnifique, me complimente-t-il. Vous travaillez ici depuis longtemps ?
Je réponds avec fierté :
— Merci. Ma cousine et moi, nous avons repris l’affaire cet été. Le restaurant était à mes grands-parents, qui sont à présent à la retraite.
— Oh, alors vous vivez toute l’année à Ibiza, déclare-t-il joyeusement. J’adorerais ça ! Je suis ici quelques jours pour le travail, mais je vais certainement revenir avec ma femme pour les vacances.
Je réponds avec un clin d’œil :
— C’est une excellente idée ! Tout le monde aime Ibiza.
Je me retourne et vais chercher au bar les boissons qu’Emilia a préparées. En cuisine, Karel a repris le flambeau. Il a été si bien formé par mamy qu’il n’y a plus aucune différence entre leurs tapas. Même si personne n’oserait l’avouer à ma grand-mère !
Nous n’avons pas une minute à nous, mais j’en suis heureuse. J’adore m’affairer, bavarder avec les clients et rire avec mes collègues.
Cependant, le moment de la journée que je préfère, c’est celui où je rentre chez moi. Même une rencontre avec Ed de Vries ne peut rivaliser avec ça.
Lorsque je gare ma Jeep dans l’allée, je vois la Land Rover d’Elias en dessous de l’énorme palmier qui pousse à côté de la maison. Dès que j’entre, de délicieux effluves me chatouillent les narines. Je ferme les yeux et inspire profondément, puis je me faufile dans la cuisine et, par-derrière, je glisse mes bras autour de la taille d’Elias.
— ¡ Ola ! dis-je en embrassant son dos.
Elias se retourne dans mes bras et me regarde en souriant.
— ¡ Ola ! répond-il, avant de m’embrasser. Tu veux bien mettre la table dehors ? Le dîner est prêt.
Je le précède sur l’immense balcon qui offre une vue imprenable sur les frondaisons verdoyantes couvrant le versant de la montagne. Au loin, la mer cristalline scintille, tandis que le soleil se pare de couleurs orangées. Une légère brise joue avec mes cheveux quand je pose les assiettes sur la table. Elias a déjà sorti le vin.
Il apporte un énorme plat de pâtes et débouche la bouteille que ses grands-parents nous ont offerte à Noël.
Il nous sert, et je lui demande :
— Comment s’est passée ta journée ?
— Super ! Aujourd’hui, j’ai eu un groupe de neuf plongeurs expérimentés. Ils ont adoré découvrir l’épave du Don Pedro .
Elias est toujours rayonnant lorsqu’il parle de son travail. Bien sûr, il se passe aussi des choses moins agréables, mais c’est le cas dans tous les métiers. Lorsqu’il y a un an, il a expliqué à son père qu’il ne voulait plus travailler pour Los Castillos, ce dernier a réagi d’une manière totalement différente de celle qu’Elias redoutait. Il l’a même encouragé à monter sa propre école de plongée.
Andrés a eu plus de mal avec ce changement. Accordant beaucoup d’importance à l’entreprise familiale, il a trouvé compliqué de laisser partir son petit frère, une opinion qu’il a clairement exprimée en se saoulant passablement lors du repas de Noël de l’hiver dernier. Mais bon, il n’a rien pu changer à la décision d’Elias, même si je pense qu’Andrés ne l’acceptera jamais tout à fait.
Quand Elias me demande si ma journée s’est bien passée, je lui raconte bien sûr par le menu ma rencontre avec Ed de Vries en personne. Quand j’ai fini de parler, il prend un air amusé.
— Pouh, ai-je de la concurrence ? plaisante-t-il en levant son verre.
Je suis son exemple et fais tinter mon verre contre le sien. Je lui lance un coup d’œil espiègle et l’embrasse. Un baiser qui dure beaucoup plus longtemps que je l’avais prévu, parce qu’avec ses lèvres, Elias est capable de choses que je n’aurais jamais crues possibles. Légèrement hors d’haleine, je me rassois sur ma chaise et le regarde. Une agréable chaleur se diffuse à travers ma poitrine et je lui réponds :
— Jamais de la vie !
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Iris Visser
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